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Élection de Trump : menaces pour la science

Donald Trump et sa femme Melania au Capitol, le 10 novembre
Donald Trump et sa femme Melania au Capitol, le 10 novembre Photo: La Presse canadienne / AP/Molly Riley

Avec l'élection d'un climatosceptique à la Maison-Blanche, accompagné d'un vice-président créationniste, Mike Pence, les milieux scientifiques américains ont de quoi s'inquiéter. Explications.

Un texte de Gildas MeneuTwitterCourriel

Dès le lendemain de l'élection, les magazines Nature et Science publient tour à tour un article exprimant leur désarroi face à l'élection de Donald Trump. « Trump sera le premier président antiscience que nous ayons jamais eu », déclare à Nature le directeur des affaires publiques de la Société américaine de physique Michael Lubell. « Les conséquences seront très très graves ».

Science souligne de son côté l'absence d'interaction entre la communauté scientifique et la campagne des 18 derniers mois. « Les résultats de l'élection confirment le statut d'outsider de la communauté », déplore le magazine.

Un électrochoc

Les avis sont cependant partagés. Au micro de l'émission Les années lumière, l'historien et sociologue Yves Gingras se montre optimiste. « En science, ce n'est pas le président qui contrôle tout. » Pour son collègue Jean-René Roy, un astronome qui a travaillé pour la National Science Foundation, c'est un « électrochoc » qui lui rappelle les élections de Nixon, de Reagan et de George Bush.

Le président ne contrôle pas tout, c'est un fait. Mais il a le pouvoir de nomination à la tête d'agences importantes, telles que l'Agence de protection de l'Environnement (EPA) et la National Science Foudation (NSF). Des agences bien implantées, reconnaît Jean-René Roy, auxquelles de nombreux membres du Congrès tiennent beaucoup et dont ils s'assureront du financement. « Le président propose, mais le Congrès dispose », rappelle l'astronome.

Le président américain dispose d'un conseiller scientifique, rappelle Yves Gingras. C'est une nomination hautement symbolique. « Est-ce que Donald Trump aura un conseiller scientifique? Qui? C'est un signal important. » Depuis 2009, le conseiller scientifique de Barack Obama, John Holdren, est un spécialiste des changements climatiques et des technologies énergétiques.

Inquiétude sur place

Aux États-Unis, la directrice du Département de communication des sciences de la vie de l'Université du Wisconsin, Dominique Brossard, se montre plus pessimiste. « Le monde scientifique est préoccupé par les propos tenus par Donald Trump pendant sa campagne et surtout sur son manque de clarté quant à ses positions sur le monde scientifique. »

Certains domaines de recherche lui tiennent particulièrement à coeur, notamment celui des cellules souches. « Nous avons peur que ces questions reviennent sur le tapis avec un effet néfaste sur les recherches de ce côté-là. »

La scientifique ne cache pas non plus une « crainte certaine » quant au financement de la recherche, élabore Mme Brossard. « Donald Trump a déjà dit qu'il n'a aucune confiance dans l'Institut national de Santé (NIH). Nous nous demandons quel sera l'impact sur le financement. La NSF aussi se repose entièrement sur des fonds fédéraux, avec un impact sur la recherche fondamentale. »

Dominique Brossard, qui a étudié en France, s'inquiète également du recrutement de chercheurs à l'étranger. « Il faut prendre en compte que 50 % des post-doctorants dans les matières scientifiques sont étrangers. Ils finissent par s'installer et publient dans des revues prestigieuses. Si nous avons un problème pour convaincre ces jeunes chercheurs de venir travailler avec nous, c'est préoccupant. »

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

Science