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Un autre génial programme de hockey scolaire au primaire signé Joé Juneau

Joé Juneau lors de l'entraînement de l'équipe du Nunavik

Joé Juneau lors de l'entraînement de l'équipe du Nunavik

Photo : ICI Radio-Canada

Martin Leclerc

BILLET - Alors qu'un peu tout le monde se perd en conjectures pour tenter de redéfinir le modèle et les valeurs du hockey québécois, Joé Juneau, sans trop faire de bruit, a une fois de plus visé dans le mille, cette fois dans sa région natale de Portneuf.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Dix ans après avoir mis sur pied un révolutionnaire programme de hockey scolaire dans la région du Nunavik, l'ex-hockeyeur de la LNH (et ingénieur en aéronautique, entre autres) a convaincu le ministère de l'Éducation de l'appuyer pour lancer un projet pilote fabuleux qui s'adresse aux enfants du primaire et qui donne des résultats clairs, tant en classe que sur la patinoire.

Au printemps 2015, Joé Juneau a senti que le temps était venu de contribuer à l'essor du hockey et de jouer un plus grand rôle social dans la municipalité de Pont-Rouge, d'où il est originaire.

Après l'avoir entendu faire son plaidoyer, la directrice de l'École Perce-Neige, le Service des loisirs et la Municipalité ont tout de suite embarqué. À la fois curieux et enthousiaste, le ministre de l'Éducation de l'époque, François Blais, a même allongé une petite subvention annuelle pour voir ce que cette expérience allait donner.

L'Association des joueurs de la LNH a fourni une grande quantité d'équipements complets (la Fondation Canadian Tire a fait de même cette année) et Hockey Canada a distribué des chandails, notamment.

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C'est ainsi que, l'an dernier, un programme de hockey entièrement gratuit a été offert à 52 élèves de deuxième et de troisième année de l'École Perce-Neige. Fait intéressant : la moitié de ces enfants n'avaient jamais pratiqué notre sport national. Le fait que le hockey soit de moins en moins abordable explique en partie pourquoi certains d'entre eux n'avaient jamais joué.

L'initiative a connu un tel succès que l'École Perce-Neige a ajouté cette année un nouveau groupe de hockey pour ses élèves de quatrième et de cinquième année. Le bouche-à-oreille a aussi fait son oeuvre dans la région, et les écoles primaires de trois autres municipalités (Donnacona, Saint-Raymond-de-Portneuf et Saint-Marc-des-Carrières) ont demandé à Joé Juneau de superviser leurs nouveaux programmes qui ont été lancés en septembre dernier.

« Des écoles de la Beauce et de Lotbinière nous ont contactés en vue de l'année prochaine. Elles ont entendu parler de ce que nous faisons et elles veulent qu'on les aide », raconte fièrement Juneau, en délaçant ses patins.

L'éducateur physique Yves Bertrand, qui a aidé Juneau à concrétiser le projet depuis le début, est catégorique : « Pour l'école, ce programme-là est un outil aussi utile que le sont les travailleurs en enseignement spécialisé [T.E.S.] ou les orthopédagogues. Les professeurs nous disent que c'est un très bel outil. »

Le programme de hockey de Joé Juneau rayonne dans Portneuf

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La recette de Juneau est à la fois simple et efficace. Le plaisir et la passion qu'éprouvent les enfants en pratiquant le hockey servent d'éléments motivateurs pour renforcer l'application en classe et le bon comportement.

Chaque semaine, l'éducateur physique qui chapeaute l'entraînement sur glace et les titulaires de classe évaluent dans un même rapport le comportement adopté par les élèves-hockeyeurs au cours de la semaine précédente. Si un ou une élève ne répond pas aux attentes, il ou elle reçoit un avertissement. Ou encore pire : on lui demande de passer une séance d'entraînement dans les gradins, à regarder jouer ses camarades.

Pierre Bertrand, qui gère le Centre récréatif (qui porte le nom de Juneau) depuis plus d'un quart de siècle, raconte l'histoire d'un petit garçon qui s'est fait bousculer dans la cour d'école l'an passé. Le père de l'enfant lui a demandé pourquoi il n'avait pas mis son poing sur le nez de celui qui l'avait un peu malmené.

De jeunes hockeyeurs du programme créé par Joé Juneau

De jeunes hockeyeurs du programme créé par Joé Juneau

Photo : Radio-Canada/Martin Leclerc

« Bien voyons, papa! Je ne peux pas faire ça. Je ne pourrai pas jouer au hockey si je frappe un autre élève. »

Joé Juneau et Yves Bertrand enchaînent avec l'histoire d'un garçon qui était incontrôlable en classe au début de la présente année scolaire.

« Il ne suivait pas ce qu'on enseignait en classe. Il se roulait par terre et débranchait les ordinateurs. Son enseignante était découragée par ses troubles de comportement. Elle avait même demandé que soit préparé un plan d'intervention, raconte Yves Bertrand.

« Nous avons admis ce garçon avec nous dans le programme de hockey. Et depuis la troisième semaine, il est méconnaissable. Il est concentré en classe et il fonctionne très bien. L'idée d'avoir recours à un plan d'intervention a été abandonnée parce qu'elle n'était plus nécessaire. »

« On voit toute la différence que fait le programme lorsqu'il prend fin [au mois de mars]. Les enfants se mettent alors à bouger davantage en classe. Il y a plus de conflits à régler et les devoirs sont moins faits. Il faut davantage pousser les élèves », déclarait récemment l'enseignante Julie Morin à nos collègues de Québec.

Travaillant auprès des élèves de troisième année, Mme Morin a vécu la première année du programme de Joé Juneau l'an passé.

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Les élèves inscrits à ce projet pilote participent à trois séances d'entraînement par semaine à compter du début de septembre jusqu'à la fin du mois de mars. En somme, cela signifie 83 séances de perfectionnement sur glace. C'est trois fois plus d'entraînements que ce à quoi ont droit les enfants inscrits dans les programmes de hockey civils traditionnels.

Joé Juneau et son assistant s'occupent des jeunes hockeyeurs

Joé Juneau et son assistant s'occupent des jeunes hockeyeurs

Photo : Radio-Canada/Martin Leclerc

D'un point de vue sportif, les résultats sont au moins aussi spectaculaires qu'en classe.

Lors de mon passage à Pont-Rouge cette semaine, des enfants de 9 ans qui n'avaient jamais pratiqué le hockey avant d'adhérer au programme l'année dernière exécutaient des gestes techniques complexes, comme des arrêts glissés, tout en maîtrisant une rondelle.

« En plus de se servir du hockey pour accrocher des enfants à l'école, il était important pour moi que ce nouveau programme puisse aider la structure du hockey mineur, parce qu'elle était déficiente. La plupart du temps, à tous les niveaux, les équipes de notre coin étaient dernières au classement. Et les parents venaient me parler de ça quand je venais disputer des matchs dans le coin avec mes équipes du Nunavik.

« Les parents bénévoles veulent bien faire, mais ils n'ont pas toujours les connaissances nécessaires pour bien enseigner le hockey. Et pour que les choses progressent, il faut avoir le courage de dire ces choses-là », explique l'ex-joueur du Canadien, des Bruins et des Capitals.

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Pont-Rouge commençait à manquer d'heures de glace pour accommoder toutes ses équipes de hockey mineur. Les équipes devaient la plupart du temps s'entraîner sur une demi-glace et partager leur unique heure d'entraînement hebdomadaire avec une autre formation.

Le programme de Joé Juneau a aussi réglé une partie de ce problème.

Les entraîneurs de l'association de hockey mineur appliquent désormais le même plan d'entraînement que Juneau et Yves Bertrand. Et quand deux équipes sont sur la patinoire en même temps, les entraîneurs doivent collaborer et utiliser toute la surface glacée.

Quant aux élèves du programme scolaire, on leur demande de ne pas s'entraîner le soir avec leur équipe civile. Cela permet aux autres de profiter d'un meilleur rapport joueurs-entraîneurs tout en bénéficiant d'un plus grand nombre de répétitions, parce qu'il y a moins de joueurs sur la patinoire.

« C'est un programme qui mise sur le développement humain par le hockey et sur la transmission de valeurs qui vont durer toute la vie. Tout comme Pierre Lavoie, je pense que les saines habitudes doivent être inculquées à un très jeune âge. Quant aux programmes sportifs de qualité, ils ne doivent pas s'adresser seulement aux élèves du secondaire, et pas seulement à ceux dont les parents ont les moyens de les inscrire dans un programme sport-études.

« C'est pourquoi je m'intéresse particulièrement à ce qui peut être fait au niveau primaire », souligne Joé Juneau.

Du hockey accessible à tous. Un programme s'adressant à des débutants qui ont la chance d'être supervisés par des professionnels. L'utilisation du sport pour améliorer le comportement et les résultats scolaires des élèves. La maximisation des heures disponibles à l'aréna local et une nette amélioration de l'encadrement offert aux jeunes membres de l'association de hockey mineur.

N'est-ce pas génial?

Chapeau à Joé Juneau et aux gens de Portneuf, qui ont été visionnaires en soutenant sa démarche. Et souhaitons que cette recette et ces valeurs se répandent le plus possible.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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