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Première Guerre mondiale : les Canadiens moins bien informés, dit une étude

Le cimetière militaire Brookside, à Winnipeg

Photo : Radio-Canada/Thibault Jourdan

Radio-Canada

Alors que le jour du Souvenir sera célébré partout au pays le vendredi 11 novembre, une étude indique que les Canadiens ont des connaissances plus approximatives sur la Première Guerre mondiale que les populations d'autres pays ayant pris part au conflit.

Un texte de Thibault JourdanTwitterCourriel

Seuls 66 % des Canadiens se rappellent avoir appris l'histoire du premier conflit mondial à l'école, ce qui est bien en dessous de la moyenne de tous les pays analysés, qui s'établit à 72 %. De même, les Canadiens ont tendance à largement surestimer, avec un écart de plus de 110 000, le nombre de soldats morts. En comparaison, les Américains avaient un écart de seulement 4370 en ce qui concernait le nombre de soldats canadiens morts.

Méthodologie :

L'enquête, réalisée par l'institut Ipsos pour la Fondation Vimy, interroge les résidents de la Belgique, du Canada, de la France, de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

Elle a été réalisée par l'entremise du système de panel en ligne d'Ipsos. Au total, 5521 personnes ont été interrogées entre le 23 septembre et le 7 octobre parmi des adultes âgés de 18 à 64 ans au Canada et aux États-Unis, et de 16 à 64 ans dans tous les autres pays. Environ 1000 personnes ont été interrogées par pays, sauf en Belgique, où l'échantillon est d'environ 500.

La marge d'erreur est de +/- 3,5 points de pourcentage pour le Canada, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis, et de +/- 5 points de pourcentage pour la Belgique.

Les données ont été pondérées afin de correspondre au profil des populations des pays.


Les Canadiens sont cependant loin devant en fait de connaissances sur la bataille de Vimy, avec 61 % d'entre eux ayant entendu parler de cette bataille. La France (17 %) et la Belgique (11 %) se trouvent parmi les derniers.


L'enquête s'intéresse aussi aux actions pour conserver et perpétuer la mémoire et, selon l'étude, seulement 5 % des Canadiens disent avoir assisté à un événement commémorant le premier conflit mondial au cours des 12 derniers mois. La moyenne de tous les pays est de 8 %.


Toujours est-il que près de la moitié des Canadiens trouvent que le pays n'en fait pas assez pour marquer le centenaire de la Première Guerre mondiale.


Des résultats pas surprenants

« Ces résultats démontrent une situation normale pour 2016, près de 100 ans après la fin de la Première Guerre mondiale », fait remarquer l'historien militaire Stéphane Guevremont.

Il souligne aussi qu'il est normal de voir un faible pourcentage de Canadiens qui disent vouloir se rendre aux commémorations de la bataille de Vimy en avril, du fait de la distance et du coût de déplacement.

Stéphane Guevremont est un historien militaire.

Stéphane Guevremont est un historien militaire.

Photo : Radio-Canada

Stéphane Guevremont met cependant en garde contre le fait que l'enseignement de l'histoire à l'école puisse être dilué parmi d'autres matières.

« Dans presque toutes les provinces du Canada, on a beaucoup diminué l'enseignement de l'histoire. Aujourd'hui, on fait des cours de géographie-citoyenneté-histoire intégrés à un seul cours. On a encore diminué la capacité des professeurs à enseigner de l'histoire pure », analyse l'historien militaire.

Il insiste, par conséquent, sur le rôle prépondérant qu'ont aujourd'hui les parents : « S'ils n'en parlent pas à la maison, les jeunes ne seront jamais éduqués à respecter l'histoire ou à s'y intéresser. »

C'est problématique pour l'avenir et ça me fait même peur. C'est vraiment le rôle de l'éducation des parents qui fait la différence.

Stéphane Guevremont, historien militaire

En ce qui concerne les meilleures connaissances des Américains par rapport aux Canadiens en matière de victimes du conflit, il soulève que nos voisins du sud ont plus facilement accès à la mémoire, notamment à travers les films d'Hollywood. « Les gens aux États-Unis connaissent presque toutes les grandes batailles américaines parce qu'on en parle souvent et à grande échelle. Au Canada, c'est plus difficile », décrit-il.

Rory Cory, conservateur du Musée militaire de Calgary

Rory Cory, conservateur du Musée militaire de Calgary

Photo : Radio-Canada

Le conservateur du Musée militaire de Calgary, Rory Cory, explique qu'il constate déjà les effets du manque de connaissances : « Les enfants qui viennent ont des niveaux très variés, mais certains ne savent pas ce que sont ni la Première Guerre mondiale ni la Seconde Guerre mondiale. »

C'est frustrant que l'école ne donne pas aux enfants les bases qui leur permettraient de développer un certain intérêt pour ces conflits.

Rory Cory, conservateur du Musée militaire de Calgary

« Tout cela affecte l'avenir. Que va-t-on faire des musées? Que va devenir le financement des musées? Comment va-t-on entretenir les monuments? Y aura-t-il encore des gens dans 50 ans qui feront des célébrations aux monuments de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale? Peut-être que tout cela va disparaître, on ne le sait pas », s'interroge pour sa part l'historien Stéphane Guevremont.

Ça va être un choix de société.

Stéphane Guevremont, historien militaire

Alberta

Histoire