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Ce qu'on attend d'« Espaces autochtones »

Photo : ISTOCK/JOY FERA

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Changer l'image des Autochtones, leur donner la parole, montrer leurs contributions à la société canadienne, représenter la diversité culturelle de ces nations, illustrer les capacités renversantes de résilience qui les caractérisent, faire œuvre de pédagogie en raison d'une éducation déficiente des Canadiens sur le sujet.

Un texte de Guy Bois Courriel

Ce sont là les principaux défis lancés par les femmes et les hommes, Autochtones ou non-Autochtones, à qui nous avons demandé quelles étaient leurs attentes au sujet de ce nouveau site d'information intégré à radio-canada.ca.

On part de loin, comme l'explique l'anthropologue et humaniste – il insiste - Serge Bouchard.

Serge BouchardAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'animateur Serge Bouchard documente l'histoire du thé : une histoire jeune mais chargée.

Photo : Radio-Canada

« Vous savez, les Autochtones c'est intéressant. On va les passer en premier (dans un bulletin de nouvelles) seulement s'ils se mettent à casser tout, pis à bloquer la route, pis à assommer des policiers, pis à lancer des roches, pis à bloquer le pont Mercier. Le bel exemple que nous avons vécu sur 40 ans, c'est d'avoir réussi à passer sous silence le laxisme policier dans les enquêtes policières, les enquêtes criminelles sur la disparition des femmes autochtones ».

Jacques Kurtness est un Innu de Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) au Lac-Saint-Jean. Il est docteur en psychologie. Il a enseigné 20 ans à l'UQAC. Il a de plus été négociateur en chef du Conseil atikamekw montagnais. Il souligne l'urgence de donner la parole aux Autochtones. « Une des caractéristiques de la colonisation, c'est que ce sont les autres qui parlent pour toi. Il y a beaucoup de gens qui nous analysent, mais c'est rare qu'on va chercher l'opinion des Autochtones eux-mêmes. Je m'attends à un rééquilibrage sur ce plan-là. »

Serge SimonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Serge Simon a été réélu grand chef de la communauté de Kanesatake le 3 mai 2014.

Photo : Francis Labbé, Radio-Canada

Le chef de la communauté de Kanesatake (Oka), Serge Simon, va plus loin. Donner la parole certes, mais surtout faire en sorte que cette parole passe la rampe. « Je souhaite qu'il n'y ait pas de censure sur ce site. Bien souvent, quand on va dans les médias, on veut parler d'enjeux importants pour nous, mais ça ne semble pas les intéresser. Vraiment je souhaite un site qui ne nous censure pas . »

L'ignorance des Canadiens du monde autochtone est aussi un thème récurrent de la vingtaine d'entrevues que nous avons menées. Le député libéral de Winnipeg-Centre Robert Falcon-Ouellette, né de parents britanniques et cris, en fait l'expérience quotidienne à la Chambre des communes. « Des fois quand je parle aux députés ou à d'autres personnes en autorité, ils n'ont pas toutes les connaissances de l'histoire des relations des peuples autochtones avec le Canada et les Canadiens. Alors pour moi, c'est important que Radio-Canada continue de faire ce travail. »

Robert Falcon OuelletteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon Robert Falcon Ouellet, la forte croissance démographique des communautés autochtones et le potentiel de travailleurs qu'elle apporte ressemble au baby-boom d'après-guerre.

Une pluralité à faire ressortir

Favoriser la libre circulation de la parole des Autochtones, cela veut dire aussi exposer la diversité, la pluralité du monde autochtone qu'on aborde trop souvent comme un bloc homogène. L'anthropologue Serge Bouchard renchérit : « J'aime bien quand vous dites « Espaces autochtones » au pluriel, parce que ça met le doigt sur la diversité culturelle des Autochtones avec lesquels on est très mal à l'aise comme Canadiens. La vérité, c'est qu'il y a une diversité culturelle, réelle, authentique, ancienne, préhistorique des Autochtones. »

Naomie FontaineAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Naomié Fontaine, auteure de Uashat, Sept-Iles, en studio à Radio-Canada Côte-Nord

Photo : Radio-Canada - Guillaume Hubermont

Diversité donc, mais aussi pluralité, clame Naomi Fontaine, une Innue de Uashat, enseignante et écrivaine « Ce serait bien d'exposer différentes options qui viennent de l'intérieur des communautés comme ceux de l'extérieur qui sont observateurs. Et aussi le débat entre les valeurs qui seraient anciennes et les valeurs modernes. Le débat va nous amener à nous regarder en tant qu'Innu, en tant qu'individu vivant dans la société québécoise. »

Espaces autochtones devrait aussi travailler à l'émergence d'une société canadienne où les Autochtones ont une place en tant que citoyens, avec des droits mais aussi des responsabilités semblables aux autres Canadiens. C'est ce que croit le chirurgien Stanley Vollant, un Innu de la communauté de Pessamit (Bersimis) sur la Côte-Nord. « Les Autochtones sont capables de contribuer au bien-être de la population canadienne et québécoise. Je pense qu'il y a plein de choses qu'on fait qui sont très positives, que ce soit au niveau des arts, au niveau de la culture, au niveau scientifique et médical, au niveau social. Donc je pense que ce site web permettra de découvrir toutes les beautés du monde autochtone, et de voir les avenues de réponses aux différents défis que nous affrontons. »

Favoriser des rapprochements

nullAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec et Labrador

Photo : Suzanne Bourdon

Encore faudrait-il que les Autochtones et les non-Autochtones commencent à se parler. Pour vrai. Espaces autochtones pourrait en ce sens « servir à faire le pont entre deux communautés qui sont peut-être juste à quelques kilomètres l'une de l'autre. Deux communautés autochtone et non-autochtone à quelques kilomètres, mais qui ne se connaissent pas du tout, » croit Ghislain Picard, le chef des Premières Nations du Québec et du Labrador.

Faire le pont entre Autochtones et non-Autochtones, mais aussi faire sauter les frontières. Un beau défi que nous lance le professeur universitaire innu Jacques Kurtness. « Moi je ne voudrais pas que ça devienne en soi une réserve de Radio-Canada. Juste un coin pour Autochtones. Il faut que ce site s'ouvre sur le monde aussi. Qu'on parle de la Bolivie, du Chili. Les Autochtones sont 350 millions dans le monde. »

Serge Bouchard nous prévient finalement qu'il nous aura à l'œil. « Il est temps d'avoir une sorte de plateforme où on ne pourra pas se permettre d'ignorer des problèmes autochtones sous prétexte qu'ils sont autochtones, pis qui passent en dernier au chef de pupitre. »

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