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Le SPVM nie la mise sur écoute de Patrick Lagacé et de Vincent Larouche

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) affirme que le chroniqueur Patrick Lagacé et le journaliste Vincent Larouche, de La Presse, n'ont pas été mis sur écoute électronique.

Dans un communiqué, le chef du SPVM, Philippe Pichet, admet avoir « mis sur écoute ses policiers qui faisaient l'objet de l'enquête », mais soutient qu'« aucune autre personne mis à part ces policiers n'a fait l'objet d'écoute électronique ».

Le SPVM convient toutefois que toute personne ayant communiqué avec les policiers concernés a pu être entendue dans les conversations.

Selon nos informations, la police a bel et bien demandé un mandat pour placer sur écoute Patrick Lagacé et Vincent Larouche. Ce dernier rebondissement soulève des questions sur l'honnêteté du chef du SPVM, croient les deux journalistes.

Une déclaration sous serment et une autorisation judiciaire donnaient plus de détails sur la surveillance des deux journalistes. Le mandat visait une quinzaine de personnes, majoritairement des policiers, et a été signé en mai dernier par le juge Marc Bisson. Celui-ci avait jugé que les communications privées des deux journalistes pouvaient être interceptées.

Plus tôt cette semaine, Philippe Pichet avait pourtant affirmé que la police s'était contentée d'obtenir le droit de fouiller les relevés téléphoniques et de géolocaliser M. Lagacé.

Patrick Lagacé et Vincent LarouchePatrick Lagacé et Vincent Larouche Photo : Radio-Canada

En entrevue sur les ondes de Radio-Canada, Patrick Lagacé n'a pas caché son irritation envers la direction du SPVM.

Le chroniqueur croit qu'il y a une « chasse aux sources au SPVM » qui rend « tout le monde paranoïaque ». « Les policiers de la base trouvent complètement ridicule que des ressources immenses en termes d'enquêtes criminelles aient été demandées pour l'enquête sur Vincent et moi », a-t-il soutenu. « Il y a des enquêtes qui ne se font pas avec les ressources nécessaires pour de véritables crimes. Ça, ça déprime les policiers de la base. »

La paranoïa qui anime les hauts gradés, les hommes de Philippe Pichet, est en train de leur faire perdre le sens des priorités pour ce qui est de la sécurité publique à Montréal.

Patrick Lagacé

Vincent Larouche a abondé dans le même sens, rappelant que les méthodes de gestion du chef de police ne faisaient pas l'unanimité au sein de ses troupes. « Je pense que cette direction-là, et on le sait depuis longtemps, est contestée à l'interne. Cette décision d'enquêter, de partir à la chasse aux sources et d'interdire à tout le monde de s'exprimer, de parler de quoi que ce soit à l'interne [...] ce n'est pas les policiers de la base qui sont d'accord avec ça. »

Si on compare à ce qui s’est passé à la SQ, où il y a un leadership du directeur général dans ce dossier-là, je trouve que le chef Pichet apparaît sous une très mauvaise lumière.

Le chroniqueur Patrick Lagacé

La suspension de Pichet réclamée

Des critiques à l'égard de Philippe Pichet ont également été formulées samedi par le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Jean-François Lisée. Ce dernier demande au gouvernement Couillard de suspendre le directeur du SPVM le temps que la commission d'enquête fasse la lumière sur cette affaire. « Cette démonstration qui vient d'être faite montre que la vérité n'a pas été dite et s'ajoute à un dossier qui est déjà trop lourd », a-t-il déclaré.

Le chef du Parti québécois, Jean-François LiséeLe chef du Parti québécois, Jean-François Lisée Photo : Radio-Canada

L’accès aux métadonnées de M. Lagacé était déjà une erreur de jugement. De ne pas dire toute la vérité sur l’ampleur des mandats qu’il [Philippe Pichet] avait reçus pour l’écoute électronique est une autre erreur de jugement. Écoutez, ça commence à faire beaucoup.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

Le parti d'opposition officielle à l'Hôtel de Ville, Projet Montréal, demande lui aussi que M. Pichet soit suspendu le temps qu'une enquête soit faite pour éclaircir ce dossier. « Il y a une contradiction flagrante entre ce que M. Pichet a affirmé aux médias et ce que La Presse a révélé ce matin. Soit que M. Pichet a menti, soit qu'il a perdu le contrôle de son organisation. D'une manière ou d'une autre, il est imputable », dit le conseiller du parti, Alex Norris.

Il dénonce également « l'improvisation totale » du maire de Montréal, Denis Coderre. « Son premier réflexe a été de défendre M. Pichet bec et ongles. Sous pression, il a mandaté la Commission de la sécurité publique de tenir une séance à huis clos, ce qui est complètement inadéquat pour [garder] la confiance du public. Ensuite, il a fait une demande totalement farfelue que le Bureau de l'inspecteur général [BIG] fasse enquête, alors qu'on sait que ce n'est pas dans son mandat de surveiller les opérations policières. C'est complètement à côté de la track! » croit M. Norris.

Le journaliste André Cédilot, qui a lui-même été visé par un mandat de surveillance de la SQ, a lui aussi commenté les révélations de samedi matin. « [...] Un mandat d'écoute électronique a été demandé. Qu'on l'ait fait ou pas, le directeur de police a menti dans ses conférences de presse cette semaine. Et moi, je pense qu'il n'a plus la confiance du public. Il devrait démissionner ou, du moins, être congédié », a-t-il déclaré en entrevue.

Restaurer la confiance des Montréalais

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a réagi samedi après-midi sur Twitter, en affirmant être en contact avec le maire Coderre, qui, de son côté, a mentionné qu'il ne réagirait pas samedi aux nouveaux rebondissements.

« Tout au long de la journée, nous avons échangé sur cette situation qui me préoccupe au plus haut point. Devant les nouveaux éléments rapportés par le journal La Presse ce matin, les autorités du Service de police de Montréal et la Ville de Montréal doivent faire preuve de la plus grande transparence dans ce dossier et poser des gestes afin de restaurer la confiance des Montréalais envers leurs institutions », a écrit M. Coiteux dans un tweet.

Pourquoi avoir surveillé les journalistes?

Vincent Larouche s'est dit « étonné de la nature du reportage » qui l'a conduit à être placé sur la liste d'écoute des services policiers de la Ville de Montréal.

« J'ai écrit un article sur les patrouilleurs en première ligne qui ont porté plainte contre leur commandant pour entrave à la justice. Je ne peux pas penser à un dossier qui était plus d'intérêt public en termes de gérance de la police [...] Il me semble que c'était naturel qu'on essaie d'expliquer au public ce qui se passait. »

Le journaliste d'enquête a affirmé ne pas comprendre ce qui pouvait « justifier une mise sur écoute » à la suite de la publication de ce dossier, « qui devait être public dès le départ ».

Une controverse qui prend de l'ampleur

Ces révélations de surveillance de journalistes ont également suscité de vives réactions au sein des médias de la province et ont même attiré l'attention de la presse internationale, ainsi que celle du lanceur d'alerte américain exilé en Russie, Edward Snowden.

Quelques jours plus tard, une autre affaire de surveillance de journalistes a ébranlé le monde médiatique au Québec. On apprenait qu'en 2013, la Sûreté du Québec avait obtenu des mandats pour mettre la main sur le registre des appels entrants et sortants des téléphones de six journalistes, dont Marie-Maude Denis, Isabelle Richer et Alain Gravel, de l'émission Enquête.

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