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Journalistes sous surveillance

Michel Cormier

Michel Cormier

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Nous avons vécu cette semaine un moment marquant de l'histoire de notre journalisme, la révélation que la Sûreté du Québec a eu accès aux registres des appels téléphoniques de nos journalistes Marie-Maude Denis, Alain Gravel et Isabelle Richer.

Le Mot de l'Info de Michel Cormier
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Cette affaire s'ajoute à celle qui implique le journaliste Patrick Lagacé, de La Presse, dont le registre téléphonique a également été épié par le Service de Police de la Ville de Montréal.

Ces deux incidents constituent des affronts inacceptables à la liberté de presse et au droit des journalistes de protéger la confidentialité de leurs sources. Le travail d'enquête journalistique est fondé sur ce principe, qu'en échange d'informations d'intérêt public, nous nous engageons à ne pas révéler l'identité de nos sources. C'est un principe qui a été reconnu et confirmé par la Cour suprême du Canada dans un jugement lié au scandale des commandites.

Notre premier réflexe a été de dénoncer l'utilisation de tels outils de surveillance par la police et de réclamer de connaître tous les faits reliés à ces incidents. Nous sommes maintenant à évaluer les dommages et les conséquences de ces gestes sur notre pratique journalistique.

La SQ, on le sait, a étudié les registres téléphoniques de nos trois journalistes sur une période de cinq ans, soit de 2008 à 2013. C'est dire que les numéros de téléphone de toutes les sources qu'ont utilisées Alain, Marie-Maude et Isabelle pendant cinq ans d'enquêtes diverses sont connus des policiers. Plusieurs de ces sources ont contacté nos journalistes pour exprimer leur inquiétude devant le fait que leur identité soit connue. Nous avons demandé à la Sûreté du Québec de s'assurer que ces informations ne soient pas révélées au grand jour, qu'elles restent scellées dans les documents de Cour.

Quel effet ces révélations auront-elles sur notre capacité à continuer de faire du journalisme d'enquête de qualité? Les gens oseront-ils nous confier de l'information d'intérêt public s'ils craignent que leur identité soit connue? J'ose espérer que, loin de tarir nos sources d'information, ces révélations vont encourager les citoyens à collaborer à nos enquêtes. Il en va de la santé de notre démocratie.

S'il y a un côté positif à cette affaire, c'est qu'elle nous donne l'occasion de revoir les règles qui régissent la surveillance policière et la protection des sources journalistiques. Le gouvernement du Québec a réagi rapidement en déclenchant des enquêtes et en resserrant les critères qui permettent aux policiers de mettre les journalistes sous surveillance. Le gouvernement a aussi annoncé la mise sur pied d'une commission d'enquête où les journalistes seront représentés. La révélation que nos journalistes étaient surveillés a provoqué un élan de solidarité rarement vu dans notre communauté.

Nous avons l'intention, la douzaine de responsables de services d'information qui avons signé une lettre de protestation, de participer activement à cet exercice. Il est essentiel que le lien de confiance qui lie le citoyen au journalisme et aux institutions publiques soit maintenu et renforcé.

Michel Cormier
Directeur général de l'information
Radio-Canada

Société