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Jérôme-Forget « sidérée » par l'envergure de la fraude alléguée à la SIQ

L'ancienne présidente du Conseil du Trésor et ministre des Finances dans le gouvernement libéral de Jean Charest, Monique Jérôme-Forget.
L'ancienne présidente du Conseil du Trésor et ministre des Finances dans le gouvernement libéral de Jean Charest, Monique Jérôme-Forget. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'ancienne présidente du Conseil du Trésor québécois Monique Jérôme-Forget s'est dite bouleversée d'apprendre « l'envergure de la fraude » qui aurait eu lieu sous sa gouverne à la Société immobilière du Québec (SIQ). Le pdg de la société d'État de l'époque et trois collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec (PLQ) auraient fraudé la société pour des millions de dollars entre 2003 et 2008, selon un reportage de l'émission Enquête.

« Dès qu'on m'a dit hier l'envergure de la fraude, j'ai été sidérée », a indiqué l'ancienne ministre dans le gouvernement de Jean Charest dans un courriel envoyé à Radio-Canada. « Complètement sidérée. J'avais une telle confiance dans le vérificateur général et je comptais sur lui pour m'informer de toute irrégularité. »

Mme Jérôme-Forget avait avoué, dans une entrevue accordée à l'émission Enquête qui travaillait sur ces allégations de fraudes, le peu d'intérêt qu'elle avait pour la SIQ. « Sincèrement, ça ne m'intéressait pas, avouait-elle. Peut-être que ça aurait dû m'intéresser. Moi, Monique Jérôme Forget, la SIQ ne m'intéressait pas. »

Elle convient maintenant qu'il s'agit d'une « expression malheureuse » et qu'elle « suivait ce qui arrivait » à la SIQ. Elle s'en remettait au CA et au vérificateur général (VG) du Québec pour s'assurer de la bonne gestion. « S'il [le vérificateur général] avait vu quelque aspect malhonnête, je présume qu'il m'en aurait fait part, explique-t-elle dans son courriel. Dès qu'il m'a informée, j'ai agi instantanément. »

Lorsque [le VG] Renaud Lachance m'a informée des comptes de dépenses un matin à 10 h, dès 11 h, [le pdg de la SIQ Marc-André] Fortier était convoqué à mon bureau, et à 11 h 10 il était congédié sans rémunération.

Monique Jérôme-Forget
Allégations de fraude impliquant des collecteurs de fonds du PLQ

Nuance sur les « pas bons »

Mme Jérôme-Forget nuance également ses propos sur la valeur des gens nommés au CA de la SIQ qu'elle a traités de « pas bons » dans l'entrevue accordée à Radio-Canada cet été. « Je n'ai jamais cru un instant alors que j'étais ministre que ces gens étaient malhonnêtes », explique-t-elle aujourd'hui dans son courriel. « Je les ai plutôt trouvés manquant d'envergure. D'où l'expression malheureuse "des pas bons". D'ailleurs même durant l'entrevue, je ne connaissais pas l'envergure du désastre. Je l'ai appris hier en écoutant votre émission et, tout comme vous, j'ai été renversée. »

Le chef de l'opposition officielle et du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, déplore ce qu'il considère comme de la désinvolture de la part de l'ancienne ministre du gouvernement Charest. « Quand Mme Jérôme -Forget dit : "bien écoutez, la personne que le bureau de Jean Charest m'a envoyée pour diriger [la SIQ], je ne le trouvais pas fameux". Bien, il fallait qu'elle dise non. Il fallait qu'elle s'en occupe. C'était sa responsabilité de s'en occuper. »

Elle a laissé des gens louches dans la caisse de centaines de millions de dollars, et il est arrivé ce qui est arrivé.

Jean-François Lisée

Malgré son manque d'intérêt pour la SIQ, l'ancienne ministre des Finances précise qu'elle n'avait pas le pouvoir de nommer les membres du CA « J'ai malgré tout approché quelqu'un de très compétent pour y siéger et cet homme m'a refusé carrément me disant que ça ne l'intéressait pas, raconte-t-elle. Je n'aurais pu que proposer son nom puisque je n'avais aucune autorité pour nommer des membres au conseil. »

L'importance de la SIQ

Bien que peu connue, la SIQ gère tous les bureaux du gouvernement du Québec à l'exception de ceux des réseaux de la santé et de l'éducation. C'est-à-dire plus d'un million de mètres carrés d'espace... ou l'équivalent de 50 fois la superficie du Stade olympique.

Radio-Canada a appris que Marc-André Fortier, pdg de la SIQ de 2003 à 2008, et les collecteurs de fonds libéraux William Bartlett, Franco Fava et Charles Rondeau se seraient partagé près de 2 millions de dollars dans le cadre de prolongation de baux. Une partie de cette somme aurait pris le chemin de quatre comptes aux Bahamas.
Il s'agirait de la plus importante fraude dans une société d'État au Québec et peut-être même au pays.

« Vous savez, un des gros problèmes que M. Couillard a en ce moment, c'est que, lorsqu'il est devenu chef du PLQ, il avait la possibilité de dire "à partir d'aujourd'hui, tout va changer" », poursuit M. Lisée. « Je fais une enquête interne sur le passé. J'écarte les gens qui étaient de près ou de loin dans cette affaire-là. Il ne l'a pas fait. »

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