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Bergeron ne sera plus la voix du PQ en matière de sécurité publique

Entrevue avec le directeur général de la SQ
Radio-Canada

Stéphane Bergeron n'est plus le porte-parole de son parti en matière de sécurité publique. En conférence de presse, jeudi, le député de Verchères dit avoir offert à son chef Jean-François Lisée de quitter cette fonction parce qu'il est devenu une « distraction » en raison de son rôle dans l'espionnage de six journalistes par la Sûreté du Québec.

« J'ai bien compris que j'étais un élément de distraction qui permettait qu'on ne discute pas du fond de l'affaire, mais de quelque chose qui m'apparaît somme toute assez anecdotique », a expliqué celui qui était ministre de la Sécurité publique au moment où l'enquête visant les journalistes a été déclenchée.

M. Bergeron, qui sera remplacé dans ses fonctions par le leader de l'opposition officielle, Pascal Bérubé, maintient cependant qu'il n'a rien à se reprocher dans cette affaire : il dément avoir exigé une enquête sur les journalistes lorsqu'il a parlé au directeur général de la SQ à l'époque, Mario Laprise, en septembre 2013.

Cette discussion entre les deux hommes serait survenue après que le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault, eut écrit au ministre Bergeron pour se plaindre que des journalistes avaient obtenu des transcriptions de la surveillance dont il a fait l'objet dans le cadre de l'opération Diligence.

Le directeur général actuel de la SQ, Martin Prud'homme, était à l'époque sous-ministre à la Sécurité publique, et a aussi été impliqué dans ces conversations.

Il a réclamé mercredi qu'un « tiers indépendant » enquête sur la décision de la police provinciale d'éplucher les registres téléphoniques des journalistes visés, même si la SQ affirme officiellement que les journalistes étaient suspectés d'avoir utilisé ou divulgué une communication privée interceptée, un crime reconnu par le Code criminel.

« D'aucune façon on n'aurait dû mettre les journalistes sous enquête. C'est ce qui s'est passé et c'est ce que je déplore », affirme M. Bergeron. « Ce n'était pas eux qui étaient sous enquête. » S'il a parlé à M. Laprise, dit le député péquiste, c'est qu'il était préoccupé que « des fuites internes puissent faire dérailler des enquêtes criminelles », et qu'il était de son « devoir » de s'en assurer.

La SQ ouvre une enquête

M. Prud'homme affirme qu'il avait eu des échanges avec le directeur général de la SQ. « J'apprends de M. Laprise, au moment où je suis sous-ministre, qu'il décide d'ouvrir une enquête sur le dossier [des journalistes] dans le fond sur les divulgations de l'écoute électronique sur la place publique », explique M. Prud'homme en entrevue à la Radio de Radio-Canada, précisant que la requête ouverte au ministère de la Sécurité publique sur le sujet a ainsi été fermée.

« On avait ouvert, à l'époque, une requête – le directeur général [de la SQ] nous a expliqué qu'il s'occupait du dossier – la requête a été fermée au ministère de la Sécurité publique », explique M. Prud'homme. Ce dernier affirme ne pas avoir entendu parler de cette affaire jusqu'au début de cette semaine lorsque l'affaire de l'espionnage du journaliste Patrick Lagacé a éclaté dans les médias.

M. Prud'homme soutient que, bien que la SQ doive répondre de ses activités au ministère de la Sécurité publique, le sous-ministre n'a pas à suivre les dossiers d'enquête de la SQ. « Ce n'était pas à moi, en tant que sous-ministre, à suivre ce dossier-là ». Il soutient que c'est un suivi administratif qui lui est demandé. Ce n'est ainsi qu'au début de la semaine, avec l'affaire Patrick Lagacé, qu'il a été mis au courant de la surveillance des six journalistes par la SQ. Il s'est dit irrité d'avoir été informé de l'affaire en retard. « J'ai été irrité d'apprendre 24 mois plus tard, après mon arrivée à la SQ, de la situation », confie M. Prud'homme.

Je ne veux pas être garant de ce qui s'est fait depuis 25 ans, mais moi je n'en ai pas de pression politique. Je n'en ai pas vu non plus pendant que j'étais à la Sécurité publique.

Martin Prud'homme

Sans révéler si M. Bergeron avait demandé directement à M. Laprise d'enquêter sur les journalistes, M. Prud'homme soutient « qu'il n'est pas anormal » qu'un ministre discute avec le dg de la SQ. « Ce n'est pas fréquent, mais ce n'est pas anormal », a-t-il ajouté. « J'ai travaillé avec cinq ministres et d'un ministre à l'autre, ce n'est pas le seul ministre [Bergeron] qui a eu des discussions avec le directeur général », poursuit-il en précisant en avoir lui-même eu « deux ou trois ».

« Moi, depuis que je suis directeur de la SQ, j'en ai eu avec le ministre actuel. J'en ai pas eu beaucoup, deux ou trois. Mais, ça arrive que le ministre demande des orientations de la Sécurité publique. Ce n'est pas anormal d'avoir une conversation, ce n'est pas fréquent par contre, mais ce n'est pas anormal. » Il affirme que la SQ ne subit aucune pression politique.

Il défend également la liberté d'expression des journalilstes. « Je suis d'accord avec la liberté de presse. Je suis d'accord avec le fait que vous ayez des sources journalistiques et je partage l'idée de les protéger », a-t-il déclaré en entrevue à l'émission Gravel le matin

QS prône un changement de culture

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, déplore la relation incestueuse entre les dirigeants politiques et ceux des corps policiers. « Malheureusement, les corps policiers importants du Québec semblent protéger le pouvoir et en retour, le pouvoir semble les protéger », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse tenue à l'Assemblée nationale.

« Ça semble être une culture dans laquelle les corps policiers, chaque fois qu'il s'agit du pouvoir, là où il y a corruption ou apparence de corruption, et des allégations inquiétantes qui touchent des responsables du pouvoir, ils sont très hésitants, récalcitrants à mener des enquêtes ou même à entreprendre des poursuites criminelles », poursuit-il.

M. Khadir croit que les policiers qui parlent aux journalistes le font parce qu'ils sont las de constater que « malgré des enquêtes parfois très bien menées, ça n'aboutit pas ». Il ajoute que les enquêtes ne se traduisent pas par des arrestations et le dépôt d'accusations. « Ça s'arrête quelque part entre le bureau du directeur de la police et le bureau du directeur des poursuites criminelles », dénonce-t-il.

Le suspect numéro un du scandale de la corruption au Québec, qui est M. Jean Charest, continue à agir en toute liberté. Il n'est pas inquiété du tout parce qu'il était premier ministre.

Amir Khadir

Le député de Mercier réclame un nouveau mode de nomination des chefs des corps policiers pour « éliminer le lien de protection entre ces corps policiers et le pouvoir qui les a nommés ». Il plaide pour que le chef de la SQ soit nommé par l'Assemblée nationale et que ceux des corps de police municipaux le soient par les conseils municipaux – grâce à un vote des deux tiers.

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