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Libre-échange Canada-UE : Ottawa promet des dédommagements rapides

Des fromages en montre dans un magasin de Lyon, en France

Photo : Robert Pratta / Reuters

La Presse canadienne

La compensation financière pour les producteurs laitiers et fromagers sera versée « dès l'entrée en vigueur » du traité provisoire de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE), a assuré la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland.

« Nous sommes en train de finaliser les programmes », a-t-elle spécifié en point de presse dans le foyer des Communes, lundi, quelques heures après être rentrée de Bruxelles, en Belgique, où elle a pris part à la signature de l'Accord économique et commercial global (AECG).

« Je peux et je veux assurer les producteurs [...] que les programmes seront finalisés et annoncés avant la mise en œuvre de l'AECG », a-t-elle affirmé, assurant que le gouvernement libéral saisit « très bien l'importance de soutenir les secteurs en transition ».

La ministre Freeland n'était pas encore en mesure de préciser quel montant pourrait être alloué aux producteurs de lait et de fromage, qui devront composer avec l'importation au Canada de quelque 17 500 tonnes de fromages.

Selon les estimations des Producteurs de lait du Québec, l'entrée en vigueur de l'AECG entraînera des pertes annuelles permanentes de 300 millions de dollars pour l'industrie laitière et fromagère à l'échelle du Canada.

Le porte-parole du regroupement, François Dumontier, s'est dit impatient de prendre connaissance des détails du plan de dédommagement que le gouvernement est en train de ficeler.

« Je donnerais quand même le signal que le plus tôt sera le mieux pour une annonce », a-t-il offert en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, qualifiant tout de même la promesse formulée lundi par Chrystia Freeland d' « un peu rassurante ».

L'opposition veut un débat 

Le député conservateur Alain Rayes, qui représente une circonscription où la production laitière et fromagère est un secteur d'activité très important, espère lui aussi que le gouvernement précisera bientôt ses intentions.

« Cette entente est extrêmement bonne pour notre économie, globalement, mais dans le cas des producteurs laitiers et fromagers, je pense qu'il y a beaucoup d'inquiétude et je pense qu'il est temps qu'on envoie un signal et qu'on puisse sécuriser ces gens-là », a-t-il exposé.

Le gouvernement de Justin Trudeau a déposé lundi après-midi en Chambre un projet de loi portant sur la mise en œuvre de l'AECG dans l'espoir de le faire adopter au début de l'année prochaine.

La mesure législative passera sans aucun doute comme une lettre à la poste, les libéraux disposant d'une majorité aux Communes. Mais, selon le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, l'AECG doit faire l'objet d'un débat approfondi.

« J'espère qu'ils ne vont pas bypasser le processus, les libéraux. S'ils essaient d'utiliser leur majorité et qu'ils essaient de ''bulldozer'' l'opposition, c'est sûr que nous, on va dénoncer ça », a-t-il prévenu en mêlée de presse.

Au Parlement européen, le vote sur la ratification du traité de libre-échange doit se tenir en décembre, selon ce qu'a indiqué le président de l'institution, Martin Schulz. « C'est une très bonne nouvelle », s'est réjouie la ministre Freeland.

Une approbation par les eurodéputés signifierait qu' « environ 98 % » des éléments du traité « qui, selon l'UE, sont de compétence européenne », entreraient en vigueur en attendant l'aval des Parlements des 28 États membres pour le reste de l'accord, a précisé la ministre.

La signature de l'AECG, qui a pendant un moment été mis en péril en raison de l'opposition de la Wallonie, offrira au Canada un important avantage concurrentiel, alors que souffle un fort vent protectionniste en Europe et aux États-Unis, a de nouveau plaidé Chrystia Freeland.

L'accord représente, selon elle, « un symbole important » et envoie le signal « que le Canada est un pays qui peut être ouvert pour le commerce libre international » et « pour la mondialisation progressiste ».

« Le gouvernement se concentre maintenant à travailler avec nos exportateurs afin de faire en sorte qu'ils soient conscients des occasions qui se présentent à eux avec l'ouverture de ce nouveau marché », a expliqué Mme Freeland.

Paul Martin satisfait

L'ancien premier ministre fédéral Paul Martin se réjouit de la signature de l'AECG. Selon lui, il faut y voir une preuve du fait que l'Europe a choisi de ne pas fermer ses frontières malgré la sortie tumultueuse du Royaume-Uni qui a causé tout un émoi en Europe.

M. Martin estime que si les Européens avaient agi autrement et qu'ils n'avaient pas signé l'accord, le message qu'ils auraient transmis à la communauté internationale aurait été « très néfaste ».

Quant aux revendications des producteurs agricoles d'ici qui veulent être indemnisés, l'ancien premier ministre juge cela tout à fait normal. Il croit que le gouvernement canadien agira bel et bien en ce sens.

Économie