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Personne n'a trouvé ton mot d'amour caché dans la déchirure d’une banquette de l’ancien Jockey, de Nicolas Lemieux

L'auteur Nicolas Lemieux

L'auteur Nicolas Lemieux

Photo : Marie-Pierre Brasset

Radio-Canada

Nicolas Lemieux est originaire de Chicoutimi et vit « temporairement » à Montréal depuis 13 ans où il s'occupe de chansons et de poésie. Il est l'un des 5 finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2016

Dans sa suite poétique inédite Personne n'a trouvé ton mot d'amour caché dans la déchirure d'une banquette de l'ancien Jockey, il aborde « la disparition du vieux monde, dans l'indifférence. »

Le nom de la lauréate ou du lauréat sera dévoilé le 16 novembre.

Personne n'a trouvé ton mot d'amour caché dans la déchirure d'une banquette de l'ancien Jockey

Du haut de ton balcon
De Rosemont du ras du ciel
La disparition du vieux monde
Est à peine perceptible 
Et pourtant

Chère aristocrate de la mélancolie
En infinie croisière vers nulle part
Tu ne vois rien d'autre

Le vieux monde que tu aimais
Qui disparaît pan par pan


 

Et tu notes tout dans un carnet
Que tu caches sous le bandeau
De ton chapeau aux larges bords
Qui pendent comme les pétales
D'un iris qui exagère


 

En date d'aujourd'hui :

Il n'y a plus d'Italie
L'Italie a été annexée
Au reste du centre d'achat

Il n'y a plus de caresses dans le vin
Depuis que la nageuse dans la bouteille
S'est noyée

Nos boîtes noires dorment dans le silence
Du fond de l'Atlantique Nord
Et la vraie vie devient
La coulisse de l'écran
Qui n'intéresse plus personne
 


D'ailleurs
Personne n'a trouvé
Ton mot d'amour
Caché dans la déchirure
D'une banquette
De l'ancien Jockey
Avant que tout finisse
Au dépotoir

 

Tu vois tout cela
Dans les jeux des enfants
Des ruelles de Rosemont
Du ras du ciel de ton balcon
Du deuxième

Et tu fumes ta cigarette électronique
Comme une actrice
Qui fait quand même de son mieux
Pour avoir le rôle
Dans le film que tournent
Les téléphones de tout le monde

 

On dit que la seule
Aristocratie qui vaille
Est celle de la conscience

Tu regardes le vieux monde
Qui disparaît pan par pan
Et tu notes :

Les leurres ont fait leur temps
Faux soleil et faux éclats
Pas plus vrais que les soleils d'avant
Des rêves creux
Comme des petites poules creuses
En chocolat

 

Rosemont dans ton iris
Rosemont du ras du ciel
Aux arbres qui meurent
Le long des larges rues
De Far West Pontiac Bonneville
De poussière de brique de sueur
De briqueteur de médaillon de la Vierge
De Grappa du fond de la cave
De vieux qui reviennent fragiles
De l'Église des dentelles de clochers
Des occasionnelles
Petites maisons d'autrefois
De la Mauve qui pousse devant
Du souvenir des casseroles
Rosemont des dents cariées
Des blancs jaunis
Des oiseaux du matin

L'île
Dont il fallait faire le tour
Pour trouver la pointe
Et la prendre entière
Dans ses bras

Pour que le temps disparaisse
Par les fentes du silence

 

Dans ton carnet en date d'hier :

Nous voilà dans nos vies
Boxeurs sonnés dans le jour titubant
Encore debout par habitude
Presque surpris
D'être en vie

Reste à savoir
Si le combat de chiens
Qui se cherchent la jugulaire
Dans nos poitrines
Est une tare
Ou notre seule vraie force


 

Faire le compte
Est une maladie de l'aristocratie
De la mélancolie
Et de la conscience :

Clés de cocaïne
Et bouquets de cadenas

Baisers volés
Et premiers soins de la tendresse

Traversées vers les rosiers de l'île Verte
Bernaches qui passent et vont se confondre
Aux plis du Fleuve

Chapelets d'hostie d'affaires plates

Ou à regarder
Le temps et l'espace
Qui s'étire

Quelque chose comme un bilan
De ta vie de chat laissé là
Il y a trois déménagements

 

Tu regardes le vieux monde
Qui disparaît pan par pan
Et le nouveau qui s'en va
Et te laisse seule sur le quai
Un bouquet de fleurs
Pour personne à la main

 

Dans ton carnet
En date de demain :

L'algorithme devenu
Le seul filet qui sonde
L'eau de l'aujourd'hui
Et tout ce qui passe
Entre les mailles
N'existe plus

Ce qui passe entre les mailles
Et nous faisait vivre


Véritable tremplin pour les écrivains canadiens, le Prix de poésie Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) est ouvert à tous, amateurs ou professionnels. Il récompense chaque année les meilleurs poèmes ou groupes de poèmes originaux et inédits soumis au concours. Le gagnant reçoit 6000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, une résidence d'écriture au Banff Centre des arts et de la créativité, en Alberta, et son texte est publié dans le magazine Air Canada enRoute et sur ICI.Radio-Canada.ca/icionlit. Les finalistes reçoivent chacun 1000 $ offerts par le Conseil des arts du Canada, et leur texte est publié sur ICI.Radio-Canada.ca/icionlit.

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