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Le poids de l'enzyme ABHD6 dans l'obésité

Des personnes obèses courent

Photo : iStockphoto

Radio-Canada

L'enzyme ABHD6 joue un rôle central dans certains neurones du cerveau pour contrôler le poids, ont découvert des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM).

Un texte d'Alain LabelleTwitterCourriel

La gestion de notre poids peut être un exercice périlleux, particulièrement pour certaines personnes qui ne réussissent pas à perdre des kilos accumulés malgré les régimes et l'exercice physique.

Le chercheur Alexandre Fisette et ses collègues ont démontré que le fait de bloquer l'enzyme alpha/bêta hydrolase domaine-6 dans certains neurones de l'hypothalamus de souris les rend incapables de perdre du poids, même en menant une vie idéale de rongeur.

Pour y arriver, l'équipe a produit génétiquement des souris qui ont perdu cette enzyme dans un endroit spécifique du cerveau, soit une population de neurones de l'hypothalamus.

Normalement, dans les mêmes conditions d'hébergement et de nourriture, ces souris sont identiques aux autres.

Par contre, lorsqu'on leur lance des défis, elles sont incapables de s'adapter. Elles ne se nourrissent plus après un jeûne, n'arrivent pas à maintenir leur température corporelle lors d'une exposition au froid et sont plus susceptibles de devenir obèses si on leur donne une diète riche en graisse.

Alexandre Fisette, chercheur postdoctoral au CRCHUM et premier auteur de l'étude

De plus, « une fois qu'elles sont obèses et qu'on essaie de les faire maigrir en les mettant sous une diète normale, elles ne maigrissent pas », ajoute M. Fisette.

Adaptation aux extrêmes

Les chercheurs ont découvert que cette enzyme agit comme une sorte de commutateur de l'adaptation du corps aux extrêmes.

C'est un mécanisme qu'on n'avait pas suspecté. C'est frappant : l'absence d'une seule enzyme dans une région précise du cerveau bouleverse complètement le métabolisme et empêche les souris de maigrir.

Thierry Alquier, chercheur au CRCHUM et professeur à l'Université de Montréal

La question est maintenant de savoir si ce mécanisme est le même chez l'humain. Des études doivent être menées pour l'établir. Les chercheurs soupçonnent l'ABHD6 de jouer un rôle clé dans l'effet de rebond qu'on observe souvent après un régime alimentaire.

Les personnes qui ont du mal à perdre du poids auraient peut-être un défaut de cette enzyme.

Thierry Alquier

Une piste prometteuse

Les scientifiques connaissent le rôle des endocannabinoïdes – des molécules sécrétées par le cerveau – dans la prise alimentaire et la dépense énergétique. Les endocannabinoïdes stimulent l'appétit.

En 2014, l'équipe de Marc Prentki, également chercheur au CRCHUM, a découvert que l'enzyme ABHD6 dégrade les endocannabinoïdes. Ainsi, bloquer ABHD6 dans les organes périphériques et les tissus adipeux protège de l'obésité et du diabète de type 2.

Les chercheurs comprennent maintenant qu'ABHD6 joue un rôle complètement différent dans certains neurones de l'hypothalamus.

Bloquer l'enzyme à cet endroit favorise l'obésité, alors que la bloquer ailleurs dans le corps est bénéfique. [...] Nous avons démontré le rôle clé de l'enzyme ABHD6 pour préserver l'homéostasie dans certains neurones de l'hypothalamus.

Stephanie Fulton, co-auteure

 Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Cell Reports (Nouvelle fenêtre) veulent maintenant savoir ce qui arrivera lorsque l'on bloque l'enzyme dans l'ensemble du cerveau.

Il faudra certainement de nombreuses années avant de mettre au point un traitement contre l'obésité. Une chose est claire cependant : la gestion du poids est contrôlée par le cerveau, mais ce n'est pas nécessairement une question de volonté.

Le saviez-vous?

L'obésité frappe 6,3 millions de personnes adultes au Canada, a révélé une enquête menée par Statistique Canada qui a colligé des données sur ce sujet en 2011 et 2012.

Science