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Poète, pirate, et peut-être prochaine dirigeante de l'Islande

Birgitta Jónsdóttir, tête d'affiche du parti Pirate

Birgitta Jónsdóttir, tête d'affiche du parti Pirate

Photo : Étienne Leblanc

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À quelques jours des élections législatives anticipées en Islande, samedi, un parti politique atypique est en tête des sondages : le Parti pirate, que personne n'a vu venir et qui canalise la colère des Islandais face à la classe politique. Sa tête d'affiche – les pirates n'ont pas officiellement de chef – se définit comme une « poéticienne ». Ex-collaboratrice de Julian Assange pour le projet WikiLeaks, Birgitta Jónsdóttir bouleverse le paysage politique islandais.

Une entrevue d'Étienne Leblanc à ReykjavikTwitterCourriel

1. Quels sont les principes fondamentaux du Parti pirate?

Ils sont très simples. Premièrement, que la population ait un plus grand accès au processus de décision des dirigeants. Deuxièmement, les élus doivent défendre les intérêts des électeurs et doivent être tenus pour responsables de leurs décisions. Troisièmement, les droits fondamentaux des citoyens doivent être adaptés à l'ère numérique. Quatrièmement, l'information qui provient du gouvernement doit être complètement transparente et accessible à tous facilement. Enfin, il faut mettre en place des mesures qui empêcheront tout élu d'être corrompu.

2. Vous dites que le droit de voter n'est pas suffisant pour assurer une vie démocratique saine...

Non, même en démocratie, ce n'est pas assez. Car les politiciens ont tendance à tout promettre avant les élections. Mais bien sûr, personne ne peut respecter toutes ses promesses en un seul mandat. C'est impossible.

C'est alors que commence à s'éroder la confiance envers les élus et envers le processus démocratique. C'est très sérieux, car si on perd cette confiance, ce sont les partis populistes qui prennent la place. C'est ce qui arrive aux États-Unis, et c'est ce qu'on a pu voir avec la saga du Brexit.

« Les citoyens doivent avoir accès au processus démocratique en tout temps, pas juste une fois tous les quatre ans. »

— Une citation de  Birgitta Jónsdóttir, tête d'affiche du Parti pirate
La politicienne islandaise Birgitta JónsdóttirAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La politicienne islandaise Birgitta Jónsdóttir

Photo : Reuters

3. Que proposez-vous pour faire en sorte que cela survienne?

Nous allons adopter la nouvelle constitution qui a été écrite au cours des dernières années mais qui n'a jamais été adoptée. La Constitution actuelle date de 1944, quand nous sommes devenus indépendants du Danemark. Mais en fait, c'est pire que ça. Elle nous a été donnée en cadeau par un monarque danois qui l'avait écrite au 19e siècle. Nous y avons fait des amendements, mais trop peu.

Il y a deux ans, le gouvernement a été très proactif pour mettre en place une nouvelle constitution de façon démocratique. Mille citoyens ont été sélectionnés au hasard pour proposer les grandes lignes de ce qu'elle devait contenir. Puis une assemblée constituante de 25 citoyens a été élue pour écrire la constitution. Au bout de quatre mois, ils se sont mis d'accord sur un document final.

Le gouvernement a ensuite organisé un référendum sur le sujet. Les Islandais ont voté pour l'adoption de la nouvelle constitution aux deux tiers! C'était magnifique. Puis, quand il a fallu la faire adopter par le Parlement, les élus l'ont bloquée. C'était très déprimant.

4. Et en quoi cette constitution pourra-t-elle améliorer le processus démocratique?

Outre toutes les mesures pour empêcher la corruption, il y a des dispositions pour améliorer la transparence du gouvernement. Rien n'est plus important que l'information de nos jours, afin de prendre de meilleures décisions.

L'autre outil fondamental concerne la démocratie directe. En vertu de la nouvelle constitution, 10 % des citoyens qui auront signé une pétition pourront proposer une loi. Le gouvernement sera alors tenu d'organiser un référendum national sur la question. C'est pourquoi les gens devront être bien informés.

« Nous ne voulons pas de référendum à la Brexit, où de nombreux électeurs se sont réveillés le lendemain en se demandant ce qu'était l'Union européenne. »

— Une citation de  Birgitta Jónsdóttir, tête d'affiche du Parti pirate
Birgitta Jónsdóttir avec une électriceAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Birgitta Jónsdóttir, tête d'affiche du parti Pirate

Photo : Étienne Leblanc

5. Comment expliquez-vous votre succès?

Notre succès s'explique probablement par la désaffection des électeurs face à cet establishment corrompu. La crise financière de 2008 nous a tous réveillés. Nous pensions que nous étions riches, puis la bulle a éclaté.

En 2015, le gouvernement a commis deux grandes erreurs. D'une part, il n'a pas respecté le résultat du référendum sur la constitution. Ensuite, il nous avait promis un référendum sur notre adhésion à l'Union européenne, mais il a manqué à cette promesse. Et les Panama Papers ont été la goutte qui a fait déborder le vase.

Les pirates sont les seuls à ne jamais avoir brisé de promesse!

La classe politique islandaise a perdu beaucoup de crédibilité au cours des dernières années. Deux événements récents l'ont transformée. D'une part, la crise financière de 2008, qui a poussé le pays à la faillite et fait fondre les avoirs de milliers d'Islandais. D'autre part, le scandale des Panama Papers, dans lesquels on a trouvé les noms de 600 Islandais, dont ceux de deux ministres et du premier ministre.  Ce dernier a démissionné en avril dernier, provoquant ainsi les élections anticipées de samedi prochain.

6. Aviez-vous prévu ce scénario? Être si près des portes du pouvoir?

Notre plateforme a été très limitée pendant longtemps. Nous avons été pris par surprise. Avec notre popularité grandissante, nous avons été obligés de penser vite! Nous ne prétendons pas avoir une idée sur tous les sujets. Mais nous écoutons ce que les gens ont à dire.

Et si les partis adverses ont de bonnes idées, nous les adopterons.

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