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Element AI : mettre l'intelligence artificielle au service des entreprises

Yoshua Bengio
Yoshua Bengio Photo: Radio-Canada
Martin Lessard

La revue Wired écrivait ce matin, à propos du lancement de la nouvelle société montréalaise Element AI, que l'intelligence artificielle est « la nouvelle technologie que toutes les grandes compagnies entreprises doivent acquérir. Or, le nombre de chercheurs dans le domaine est très limité ». Element AI dit savoir comment placer Montréal comme pôle mondial dans ce domaine.

Comme elle l'a annoncé hier lors de son lancement à la Maison Notman à Montréal, Element AI veut « transformer Montréal en Silicon Valley de l'intelligence artificielle ».

Selon Jean-Francois Gagné, directeur général et l'un des cofondateurs d'Element AI, la plupart des entreprises ne peuvent pas embaucher des spécialistes en intelligence artificielle, car ces derniers préfèrent aller chez les géants de la techno. Il y a pénurie de main-d'oeuvre dans le domaine.

Element AI veut donc mailler les entreprises et les chercheurs pour développer à Montréal des solutions en intelligence artificielle.

Yoshua Bengio, directeur de l'Institut des algorithmes d'apprentissage à l'Université de Montréal et cofondateur d'Element AI, voit l'apport de l'entreprise à long terme.

L'ambition d'Element AI s'aligne précisément sur le désir de garder et même de rapatrier le talent chez nous, et évidemment de bâtir de grandes entreprises ici.

Yoshua Bengio.

Dit autrement, Element AI a besoin d'avoir une ville attrayante comme Montréal pour exister, et Montréal a besoin d'une entreprise attrayante comme Element AI pour attirer des entreprises et de la main-d'oeuvre.

Pourquoi l'intelligence artificielle?

On imagine l'intelligence artificielle comme quelque chose de gigantesque, à la Hal 9000 dans 2001, l'odyssée de l'espace.

Elle fait pourtant déjà partie de notre quotidien : recherche d'images en ligne, assistance vocale (Siri, Cortana), reconnaissance vocale, ou encore algorithmes dans les domaines de la finance (pour optimiser des placements), des assurances (pour détecter les fraudes), de la logistique (gestion des stocks) ou de l'audiovisuel (pour connaître les habitudes et les intérêts de l'auditoire, comme chez Netflix).

Il y a quelques semaines, l'Université de Montréal, HEC Montréal et Polytechnique ont reçu 93 millions de dollars pour fonder Ivado, un institut pour l'avancement de l'intelligence artificielle. Un énorme coup de pouce pour la recherche universitaire!

Pourquoi Montréal?

Montréal possède deux grandes universités, soit l'Université de Montréal et l'Université McGil, qui font de la ville celle avec le plus grand nombre de chercheurs académiques dans le domaine, en dehors des laboratoires privés.

Vue sur le centre-ville de Montréal et le Mont-RoyalVue sur le centre-ville de Montréal et le Mont-Royal Photo : Radio-Canada/Simon-Marc Charron

Si une entreprise, d'ici ou d'ailleurs, veut accéder à la fine pointe de la recherche en intelligence artificielle, elle n'a pas les moyens d'embaucher des experts dans le domaine, car ceux-ci sont tous dans les laboratoires des géants de la techno.

Va-t-elle laisser passer le train? Non. Elle va se tourner vers une université.

Voilà ce qui place Montréal dans une situation unique pour devenir un pôle dans le domaine, sans compter une qualité et un coût de la vie enviables par rapport à la Silicon Valley, selon certains.

Pourquoi maintenant?

Pour deux raisons, déjà mentionnées : la grande subvention reçue pour Ivado et la grande pénurie actuelle de main-d'oeuvre.

Ceux qui viennent étudier à Montréal repartent, séduits par les offres alléchantes de Facebook, et autres Google.

Les universités attirent des gens de partout dans le monde. Ces gens-là viennent pour deux, trois, cinq, six, sept ans, et si on leur offre de belles occasions, ils vont rester.

Yoshua Bengio.

Si rien n'est fait maintenant, Montréal ne restera qu'un lieu de passage. Elle a tout à gagner de garder cette expertise sur place.

Pourquoi Element AI?

Le but d'Element AI est très clair : elle a besoin de développer à Montréal un écosystème fort composé de jeunes pousses, de grandes entreprises et de chercheurs, si elle veut réussir.

Plus Montréal est vue comme un pôle en intelligence artificielle dans le monde, plus il y aura de sociétés, d'entrepreneurs, de travailleurs et de chercheurs qui vont venir.

Il est possible d'attendre que le temps fasse son oeuvre. Element AI préfère agir.

Element AI promet d'embaucher des centaines d'employés dans les prochaines années. Elle se place ainsi aux premières loges pour investir dans les projets les plus prometteurs qu'elle verra passer.

L'équipe de Element AIL'équipe de Element AI Photo : Element AI

Comme toute entreprise en démarrage, il y a un risque d'échouer. Mais avec l'équipe en place, elle semble pouvoir relever le défi. Un des cofondateurs est Jean-Sébastien Cournoyer, cofondateur de Real Ventures, une firme spécialisée dans l'investissement en capital de risque. Real Ventures est au coeur de l'écosystème des entreprises en démarrage à Montréal, élément clé pour démarrer des projets en intelligence artificielle.

Dans l'équipe se trouve aussi Philippe Beaudoin, vice-président, groupe recherche (anciennement chez Google). Pour lui, la façon dont Element AI réussira à soutenir l'écosystème passera par des événements de réseautage et de partage.

D'un côté, les chercheurs veulent voir leurs recherches appliquées sur le terrain. De l'autre, les gens d'affaires veulent comprendre comment l'intelligence artificielle peut les aider. Il voit donc Element AI, avec son rôle d'intermédiaire, comme un joueur de premier plan.

En effet, en se plaçant à l'intersection des entrepreneurs, des grandes entreprises et des chercheurs, Element AI canalisera à la fois l'énergie des premiers et les besoins des seconds vers les connaissances des troisièmes. D'où le nom de la compagnie, dit-il, qui est « l'élément qui connecte les sociétés à l'intelligence artificielle ».

En devenant ainsi la bougie d'allumage de projets communs, Element AI voit une occasion qui la rendra riche – tout en consolidant un pôle qui profitera à Montréal et à tout le monde.

Techno