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À propos des entrevues d'Alice Paquet

Michel Cormier
Photo: Radio-Canada

Les entrevues qu'a accordées Alice Paquet, cette jeune femme qui accuse un député libéral québécois d'agression sexuelle, à Anne-Marie Dussault et à Alain Gravel, ont suscité beaucoup de commentaires.

Le Mot de l'Info de Michel Cormier
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Certaines personnes nous ont notamment reproché d'avoir fait preuve de sensationnalisme en diffusant ces entrevues, ajoutant qu'il aurait été préférable de laisser la police terminer son enquête avant d'interroger publiquement la plaignante.

La décision de faire les entrevues n'a pas été prise à la légère. Notre principale préoccupation était de déterminer si le témoignage de Mme Paquet était d'intérêt public. Cela, à notre avis, faisait peu de doute.

Alice Paquet avait lancé des accusations graves contre un élu lors d'une manifestation d'appui à des victimes présumées d'agressions sexuelles à l'Université Laval. Ses déclarations publiques soulevaient des questions pour lesquelles le public était en droit d'attendre des réponses.

Notamment, son affirmation selon laquelle la police n'avait pas fait tout son possible pour mener l'enquête à terme. Nos entrevues ont permis à Mme Paquet de clarifier ses propos.

La police, a-t-elle notamment déclaré à Anne-Marie Dussault, n'avait pas abandonné l'enquête. C'est plutôt elle, sous la pression de ses proches, qui avait décidé de ne pas y donner suite.

Une telle précision, on en conviendra, était nécessaire. À partir du moment où le gouvernement Couillard expulsait son député du caucus, l'affaire devenait sans aucun doute un dossier d'intérêt public.

Nous avons également jugé d'intérêt public d'entendre Alice Paquet sur les faits de sa plainte et sur ses motivations à les rendre publics, deux ans après qu'ils sont survenus. Ce terrain, nous en convenons, était très délicat. C'est pourquoi nous avons décidé de ne pas faire les entrevues en direct, mais de les enregistrer.

Anne-Marie Dussault a posé ses questions sur un ton respectueux, usant de nuances, de modération et de respect. Tout comme sa collègue, Alain Gravel a laissé la plaignante raconter dans ses mots le contexte de ses rencontres avec le député, l'agression qu'elle lui reproche, ses doutes sur son consentement et les séquelles physiques et psychologiques qu'elle en a gardées.

Les entrevues ont été discutées et vues par les directions de l'émission 24/60 et de Gravel le matin avant leur diffusion.

Il faut ajouter que Mme Paquet a consulté un avocat avant de faire les entrevues. Anne-Marie Dussault et Alain Gravel ont également pris le soin de bien affirmer le principe de présomption d'innocence du député.

Les accusations d'Alice Paquet à l'endroit de Gerry Sklavounos surviennent au moment où la société est à nouveau interpellée par des questions d'agression sexuelle. La mobilisation de milliers de femmes à la suite d'une vague d'agressions présumément commises dans une résidence de l'Université Laval a amené Mme Paquet à révéler publiquement des incidents qui ont gravement affecté sa vie.

Notre décision de l'interviewer s'inscrit dans une couverture plus large de ces enjeux. Nous avons notamment consacré une bonne partie de notre programmation d'information à explorer et à expliquer des notions comme celles du consentement, qui sont au cœur du débat actuel.

Nos entrevues, loin de constituer des gestes gratuits, s'inscrivaient dans cette volonté de faire le plus de lumière possible sur la question des agressions sexuelles et du contexte social, légal et politique dans lequel elle s'inscrit.

Michel Cormier
Directeur général de l'information
Radio-Canada

Société