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Les Indians de Cleveland insultent-ils la culture autochtone?

Terry Francona
Terry Francona Photo: La Presse canadienne / AP Photo/Tony Dejak
Martin Leclerc

BILLET – Il y a environ un mois, un court article consacré au chef québécois Ricardo Larrivée, dans le magazine Elle France, avait suscité un tonnerre de protestations et de réactions négatives parce qu'il regorgeait d'expressions qui projetaient une image caricaturale du Québec.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

Disons les choses comme elles sont : une forte majorité de Québécois en ont marre de l'image de « coureurs des bois qui se rendent au boulot à bord de leur traîneau à chiens » qu'on semble entretenir depuis toujours de l'autre côté de l'Atlantique. 

Médias sociaux aidant, le bouchon semble avoir sauté quand Elle France a présenté Ricardo Larrivée comme un « gentleman trappeur » vivant près du Fort Chambly « au bord d'un affluent houleux du Saint-Laurent qui a dû servir de décor à la geste de Jacques Cartier et aux guerres indiennes ».

Incroyablement, cette vive réaction a semblé totalement surprendre l'auteur de l'article et la direction du magazine. De leur point de vue, ces images caricaturales et les mythes qu'on entretient au sujet du Québec sont plutôt romantiques et n'ont absolument rien d'offensant.

***

De la même manière, la plupart des amateurs de sport nord-américains ont énormément de difficulté à comprendre pourquoi les autochtones réclament depuis de nombreuses années que des équipes comme les Indians de Cleveland, les Redskins de Washington, les Braves d'Atlanta ou les Eskimos d'Edmonton cessent de porter des noms et de véhiculer des logos qui caricaturent et ridiculisent leur identité et leur culture.

Au moment où s'amorce la série de championnat de la Ligue américaine entre les Blue Jays de Toronto et l'équipe de Cleveland, de nombreuses voix s'élèvent (en Ontario surtout) pour qu'on raye tout simplement le mot « Indians » de l'espace public et qu'on désigne cette équipe de baseball sous le simple vocable de « Cleveland ».

Le descripteur des matchs des Blue Jays à la radio, Jerry Howarth, a révélé cette semaine qu'il a totalement cessé d'utiliser le nom complet de l'équipe de Cleveland depuis 1992.

Cette année-là, les Jays avaient affronté les ... d'Atlanta en Série mondiale. Et Howarth a raconté que juste après la conclusion de la saison 1992, il avait reçu une lettre d'un amateur qui s'était dit profondément blessé par les manifestations comme le « tomahawk chop » et les « pow-wow sur le monticule » auxquelles se livraient l'équipe d'Atlanta et ses partisans.

Ces derniers jours, la commissaire ontarienne aux droits de la personne, Renu Mandhane, a publiquement souhaité que les représentants des médias cessent de désigner l'équipe de Cleveland par son nom complet. Et l'animateur des retransmissions télévisuelles des matchs des Blue Jays sur Sportsnet, Jamie Campbell, a annoncé qu'il allait désormais suivre l'exemple d'Howarth en n'employant que le nom « Cleveland » pour faire référence aux adversaires des Torontois.

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Le logo des Indians (ainsi que leur mascotte) porte le nom de « Chef Wahoo ». Cette caricature est un personnage à la peau rouge, coiffé d'une plume et souriant à pleines dents. Certains avancent, avec raison, que le « Chef Wahoo » envoie exactement le même genre de signal que les caricatures que Jim Crow faisait des Noirs, au 19e siècle, alors qu'il se noircissait le visage et les mains pour se produire sur scène.

Le président des opérations baseball des Blue Jays, Mark Shapiro, occupait des fonctions semblables à Cleveland auparavant. Il a confié avoir souvent ressenti un malaise par rapport à l'image véhiculée par son ancienne équipe. D'ailleurs, c'est sous sa direction que le logo du « Chef Wahoo » a été relégué à un rôle secondaire et que l'organisation s'est mise à le remplacer par la lettre « C » sur les casquettes et autres vêtements de l'équipe.

C'est tout à l'honneur de Shapiro d'avoir instauré ces changements. Mais ce dernier a expliqué que des sondages menés à Cleveland avaient montré qu'une majorité écrasante de partisans est fortement attachée au nom et au logo de son équipe de baseball et s'oppose farouchement à ce qu'ils soient modifiés.

Exactement comme l'auteur de l'article du magazine Elle France sur Ricardo Larrivée, les partisans de Cleveland ne voient pas en quoi cette image peut être offensante. Ils croient plutôt que le nom et le logo de leur équipe honorent les autochtones.

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Ce vif débat franchit à peine la frontière canadienne et commence à s'installer dans notre espace public. Du côté américain, par contre, d'innombrables groupes de défense des Autochtones et d'organisations de défense de droits civils militent et revendiquent le respect depuis des décennies auprès des organisations sportives.

Leur cause progresse très lentement.

Il y a quatre ans, l'Université de North Dakota (d'où provient le capitaine des Blackhawks de Chicago, Jonathan Toews) a changé le nom de ses équipes sportives. Ainsi, les Fighting Sioux ont été rebaptisés les Fighting Hawks.

Et il y a deux ans, l'organisme américain qui régit les marques de commerce a révoqué celle des Redskins de Washington parce que leur nom est jugé offensant par plusieurs nations autochtones.

Malgré cette décision administrative et malgré le fait qu'elle ait, jusqu'à présent, été confirmée par les tribunaux, le propriétaire de cette prestigieuse équipe, Dan Snyder, n'envisage absolument pas de débaptiser les Redskins ni de modifier leur logo. « Le nom de notre équipe est un insigne d'honneur pour les autochtones », dit-il.

Ce débat risque de durer encore très longtemps. Et en attendant qu'il se règle, peu importe le nom de leurs adversaires venus de Cleveland, les Blue Jays devront les battre pour atteindre la Série mondiale. 

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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