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Bob Dylan... Quelle polémique ridicule!

Bob Dylan, en 1966

Bob Dylan, en 1966

Photo :  Larry Ellis/Express/Getty Images

Franco Nuovo

La nature humaine n’aime vraiment pas le changement, repousse l’audace et nie la témérité. Qu’est-ce donc que cette polémique autour du Nobel de littérature décerné à Bob Dylan? Pourquoi tous ces auteurs font-ils publiquement depuis quelques jours des crises de boutons qui les rendent si laids? Évidemment pendant ce temps, on ne pense pas aux choses plus graves et on ne s’en occupe pas.

Franco Nuovo
Une chronique de Franco Nuovo
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Moi, jeudi matin, en apprenant la nouvelle, je me suis plutôt réjoui. Enfin, on lève son chapeau devant une autre poésie. Certains disent que c’est un genre littéraire, mais pas de la littérature. Allons donc! On peut jouer sur les mots. Dylan est un poète. On le sait, on le crie, on le chante, on le dit depuis les années 60.

La semaine dernière, dans son segment « Devine qui vient dîner? », à ICI Musique (Nouvelle fenêtre), Philippe Fehmiu, qui a eu la gentillesse de m’inviter, me demandait quelle était la chanson qui m’accompagnait depuis toujours en voyage. Blowin’ in the Wind, ai-je répondu sans hésiter, mais j’aurais pu répondre tous les albums des années 60 de Robert Zimmerman. Ils ont accompagné mon adolescence et  mes années d’adulte. Jusqu’à aujourd’hui encore je l’écoute. Oui j’écoute sa poésie, sa musique, sa voix nasillarde. Dylan m’accompagne sur les routes quand je roule, dans l’espace quand je voyage, sur l’eau quand je navigue. Il y a quelque chose chez lui qui me souffle la liberté et l’espoir à l’oreille. L’été dernier encore, je n’étais pas sur la Highway 61, mais j’aurais pu.

How many roads must a man walk down

Before you call him a man?

Yes, how many years can a mountain exist

Before it’s washed to the sea?

Yes how many years can some people exist

Before they’re allowed to be free?

Yes, how many times can a man turn his head

Pretending he just doesn’t see?

Comment nier la structure poétique chez Dylan? Dans Blowin’ in the Wind, elle est là. Il faut être aveugle pour ne pas la voir, pour ne pas l’entende résonner. Il y a le rythme, la rime et l’image…

Des vers, des questions, et toujours la même réponse :

La réponse mon ami est soufflée par le vent

La réponse est soufflée par le vent

Comment voulez-vous ne pas vous y retrouver, ne pas vous y reconnaître?

Et cette conscience, et cet engagement social? Cette marche sur Washington en 1963? Son implication pour les droits civiques? Cette protestation qui accompagnait la contestation et la révolte d’une génération? Peut-être finalement aurions-nous dû lui décerner il y a des années le prix Nobel de la paix. La vague aurait été peut-être moins forte.

Des vers qui sont hors époque et universels :

He went down to Oxford Road

Guns and Clubs followed him down

All because his face was brown

Better get away from Oxford Town

Ce n’est pas de la littérature, peut-être?

Certains de ses titres traversent le temps : The Times They Are A-Changin’, Just Like a Woman, Mr Tambourine Man, Like a Rolling Stone… On les chante toujours. On les entend toujours.

Le manuscrit de la chanson « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan.

Le manuscrit de la chanson « Like a rolling stone » de Bob Dylan.

Photo : AP Photo/Sotheby’s

Dylan n’est pas n’importe qui. Il a été et est toujours le miroir d’une génération en quête, non pas de perfection, mais de libération. À trop chercher, il lui est arrivé d'errer; cette période Jesus Freak entre autres où il croyait avoir trouvé la lumière. Mais on doit lui reconnaître le talent de ne jamais s’être enfermé dans une recette et d’avoir refusé le carcan d’une industrie désuète.

Des monstres sacrés tels Johnny Cash, que le jeune Dylan admirait, lui reconnaissaient un talent poétique hors du commun. Les Stones et les Beatles ont voulu le rencontrer lors de leur première visite aux États. Ce n’était certes pas que pour fumer un joint avec lui.

But I would not feel so all alone

Everybody must get stoned

J’ai commencé à écouter Dylan vers 1966, à l’époque de Blonde on Blonde. Par la suite, j’ai découvert ses premiers albums. Nous étions quelques amis. Un d’entre nous avait transformé le garage familial en grotte de plaisir : de la paille, un éclairage psychédélique, des affiches, les premiers amours et Dylan. Il était un des nôtres.

On tripait, dans tous les sens du terme, sur ses mots, sur sa musique et sur le reste…

Et puis on rentrait à la maison, les yeux rougis par trop d’émotion, où une mère qui jouait à l’innocente nous demandait ce qu’étaient ces fétus de paille sur nos vêtements et dans nos cheveux qui commençaient à devenir trop longs.

Un simple genre littéraire, clament les mécontents. Rien de plus. Or, qui décide plus qu’un autre qu’un genre littéraire n’est pas de la littérature?

Y a des jours où on fait dur.

Franco Nuovo anime l'émission Dessine-moi un dimanche à ICI Première les dimanches dès 6 h.

 

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