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Pénurie d'eau programmée : le sud de l'Alberta dans l'impasse

La rivière Sheep à Okotoks dans le sud de l'Alberta.

La rivière Sheep à Okotoks dans le sud de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada/Tiphanie Roquette

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des sommets des montagnes enneigés au flot de la rivière Sheep, l'eau semble être en abondance au sud de Calgary, mais c'est tout le contraire. La municipalité d'Okotoks, à 45 km au sud de la métropole albertaine, manquera d'eau pour sa population d'ici deux ans et les solutions trouvées n'arrivent pas à se concrétiser.

Un texte de Tiphanie RoquetteTwitterCourriel

Selon le maire d'Okotoks, Bill Robertson, sa municipalité d'un peu plus de 28 000 résidents dispose encore d'assez d'eau sur son permis d'utilisation pour 2000 personnes supplémentaires. Ce cap passé, la croissance devra s'arrêter, ce que la municipalité refuse de faire.

La situation ne va pas en s'améliorant, croit Bob Sandford, titulaire de la Chaire Epcor en sécurité de l'eau à l'Université des Nations unies à Hamilton, en Ontario. Les changements climatiques ont transformé l'hydrologie de la région et accélèrent la sécheresse, selon lui.

Pas de sous pour l'aqueduc

Pour remédier à sa pénurie prochaine, Okotoks a décidé de construire un aqueduc pour aller puiser l'eau de Calgary. Un accord a été trouvé avec la métropole albertaine en 2014 pour acheminer le surplus d'eau. Ne reste plus qu'à construire le pipeline.

C'est là que le bât blesse depuis deux ans. L'aqueduc de 16 km de long a été pensé, étudié, dessiné au millimètre près, mais le financement ne suit pas. Avec un coût de 30 à 35 millions de dollars, Okotoks ne peut le financer seul et réclame l'aide de la province.

Du côté provincial, la porte est close et la récession économique a fermé le verrou à double tour. Interrogé récemment sur la question par Radio-Canada, le ministre des Infrastructures, Brian Mason, a été clair : « Nous avons beaucoup plus de demandes que nous avons d'argent », insiste le ministre, qui dit vouloir respecter la liste de priorités préparée par son administration. Le projet d'Okotoks n'est pas en haut de la liste

Pas d'eau, pas de développement

Le manque d'eau commence toutefois à nuire à l'économie d'Okotoks et à celle de toute la région métropolitaine. L'associée en recherche de l'Université de Lethbridge Lorraine Nicol vient de publier une recherche sur l'eau et l'immobilier.

La construction résidentielle a ralenti à Okotoks, selon le maire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La construction résidentielle a ralenti à Okotoks selon le maire.

Photo : Radio-Canada/Julien Lecacheur

Des 15 promoteurs immobiliers qu'elle a interviewés, les trois quarts ont affirmé que l'eau était leur principal problème pour entreprendre des projets dans la région. Treize sur quinze ont suspendu certains projets ou les feront dans le futur à cause de la difficulté à obtenir des permis d'utilisation de l'eau.

Les promoteurs immobiliers plaident pour une meilleure redistribution de l'eau dans la région de Calgary. La métropole a trois fois plus d'eau allouée que de besoins de la population.

Comment en est-on arrivé là?

  • L'Alberta alloue son eau selon le système du premier arrivé, premier servi. Cela signifie que les permis d'utilisation d'eau les plus vieux ont priorité sur les plus récents, quelle que soit la manière dont ils sont utilisés. Les municipalités n'ont donc pas préséance sur les activités agricoles, industrielles ou même récréatives.
  • De la création de l'Alberta en 1905 à aujourd'hui, l'allocation d'eau a quadruplé pour atteindre plus de 9 milliards de mètres cubes.
  • En 2006, la province a donc décidé d'imposer un moratoire sur les permis d'utilisation d'eau des bassins des rivières Bow, Oldman et Saskatchewan Sud. Aucun nouveau permis n'est donné.

Économiser l'eau

Le titulaire de la Chaire Epcor Bob Sandford prévient toutefois que le fait de partager les ressources ne représenterait pas une solution idéale. « C'est un mariage sans possibilité de divorce. Vous vivez ensemble et partagez les ressources en eau, ce qui vous lie indéfiniment à une autre communauté », fait-il remarquer.

Bob Sandford encourage les municipalités à regarder plutôt du côté de leur consommation d'eau. Si Okotoks se targue par exemple d'être un modèle en matière d'économie, elle est loin d'obtenir les résultats de certaines municipalités d'Europe. Celles-ci arrivent à consommer moins de 100 litres d'eau par personne par jour. 

Nous nous comparons avec nous-mêmes au Canada et le Canada est un des pays les plus dilapidateurs d'eau dans le monde.

Une citation de :Bob Sandford, titulaire de la Chaire Epcor en sécurité de l'eau

Le maire d'Okotoks, Bill Robertson, est bien d'accord, mais il note que changer les habitudes de consommation prend du temps, beaucoup plus de temps que les deux ans qu'il reste à la municipalité avant de manquer d'eau.

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