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Une Rimouskoise d'adoption retourne au Rwanda, 22 ans après le génocide

Marie-Ange Niwemugeni, trente ans, de retour dans son pays natal

Marie-Ange Niwemugeni, trente ans, de retour dans son pays natal

Photo : Dominique Paradis

Radio-Canada

Une Rimouskoise d'origine rwandaise a connu un été fort en émotions, alors qu'elle est retournée pour la première fois dans son pays d'origine, 22 ans après avoir fui le génocide du Rwanda.

Un texte de Laurence GallantTwitterCourriel

Des mois d'avril à juillet 1994, plus de 800 000 Rwandais, Hutus comme Tutsis, ont été massacrés. La famille de Marie-Ange Niwemugeni, issue de ces deux communautés, est de celles qui ont trouvé refuge au Canada. Celle-ci n'avait que 8 ans au moment où son pays a été plongé dans une guerre civile sanglante.

« Ça représentait peut-être d'autant plus un danger parce que quand tu es dans une famille aussi métissée et mixée que la mienne, ça fait que d'une part et d'autre, tu peux être considéré comme un traître », explique Marie-Ange Niwemugeni.

Des réfugiés rwandais fuyant Kigali durant la guerre civile, le 11 mai 1994.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des réfugiés rwandais fuyant Kigali durant la guerre civile, le 11 mai 1994.

Photo : AFP / AFP/Gérard Julien

L'assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, a été l'étincelle nécessaire pour lancer une série de massacres planifiée depuis longtemps. Dans la nuit suivante, plusieurs politiciens tutsis et hutus modérés devant former le prochain gouvernement de coalition ont été éliminés. En 100 jours, plus de 800 000 Rwandais ont été tués et 4 millions d'autres ont fui vers les pays voisins.

Vingt-deux ans après l'horreur, la jeune femme foulait de nouveau le sol de son pays natal. Cela lui a permis de recoller quelques pièces d'un casse-tête à la fois familial et identitaire.

Ça a été extraordinaire, c'est un peu dur à décrire, c'est très fort. C'était en fait beaucoup de joie et beaucoup de stupéfaction devant tous les changements qui ont eu lieu au Rwanda.

Marie-Ange Niwemugeni

Pour Marie-Ange, ce sont davantage les beaux souvenirs d'enfance qui sont restés, ceux d'avant le génocide du Rwanda. Des retrouvailles touchantes attendaient la jeune femme, reprenant contact avec plusieurs survivants de sa famille élargie, parfois même des membres de la famille qui avaient vraisemblablement péri dans le carnage.

Je revoyais des membres de la famille que moi, par exemple, je connaissais pas personnellement et que j'en parlais à ma mère: "J'ai vu telle, j'ai vu ta cousine", et ma mère se mettait à pleurer parce qu'elle pensait qu'elle était morte.

Marie-Ange Niwemugeni
Marie-Ange Niwemugeni avec de jeunes RwandaisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie-Ange Niwemugeni avec de jeunes Rwandais

Photo : Marie-Ange Niwemugeni

Venir en aide aux enfants

Marie-Ange a accompagné pendant deux mois et demi une équipe canadienne venue aider, en coopération avec un organisme local, des enfants en difficulté et vivant parfois dans la rue.

Marie-Ange Niwemugeni en compagnie de l'équipe de stagiaires canadiens en coopération au RwandaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie-Ange Niwemugeni en compagnie de l'équipe de stagiaires canadiens en coopération au Rwanda

Le projet était d'appuyer l'équipe d'intervention responsable de ces enfants souvent orphelins, de la doter d'outils supplémentaires, de moyens d'améliorer la vie des jeunes. Une des réussites du projet, croit Marie-Ange, c'est d'avoir ouvert un espace de réflexion et de discussion sur la pratique des intervenants sociaux rwandais.

« Ils sont débordés, ils sont en intervention, ils sont peu nombreux, et ils n'ont pas nécessairement le temps de s'asseoir, de réfléchir à ce qu'il y a de bon dans leur pratique versus ce qu'il y aurait à améliorer. »

Le groupe canadien a notamment beaucoup travaillé à amener des solutions pour éviter le châtiment corporel envers les enfants, une pratique encore très courante dans les pays du Sud, selon Marie-Ange Niwemugeni.

Le mandat de Marie-Ange Niwemugeni était d'assurer la gestion, l'administration et la logistique du groupe de stagiaires canadiens au RwandaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie-Ange Niwemugeni enseigne actuellement en éducation spécialisée dans un collège à Québec.

Photo : OPDE - Rwanda

Après l'horreur, la fierté et la résilience

Sans dédouaner les autorités et la population rwandaises, Marie-Ange Niwemugeni croit que le génocide est le résultat des « effets sournois de la colonisation ». Pour elle, la colonisation du Rwanda est à la source de cette animosité entre Hutus et Tutsis.

« Avant la colonisation, les gens étaient Rwandais, avant même d'appartenir à de supposées ethnies, et après la colonisation, ça a pris une ampleur, ça a beaucoup divisé. Les gens ont embarqué là-dedans et ça a mené à un génocide. »

Une jeune Tutsie regarde le camp de réfugiés Nyarushishi, le 25 août 1994.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une jeune Tutsie regarde le camp de réfugiés Nyarushishi, le 25 août 1994.

Photo : PC/AP/Jean-March Bouju

Après cette expérience, la Rimouskoise d'adoption est revenue au Québec avec l'image d'un Rwanda fort et empreint de fierté.

Je connais très peu de peuples, je pense, qui sont capables de se relever aussi rapidement. C'est un peuple très fier aussi, très résilient. [...] Ça m'a vraiment fait plaisir. Puis ça m'a rendue très, très fière. J'étais dans ce pays-là pis je me disais: "Wow, c'est chez nous!"

Marie-Ange Niwemugeni
Des stagiaires canadiens travaillaient cet été avec L'AMIE, l'Aide internationale à l'enfance, pour soutenir des enfants en difficulté de Butare, au RwandaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des stagiaires canadiens travaillaient cet été avec L'AMIE, l'Aide internationale à l'enfance, pour soutenir des enfants en difficulté de Butare, au Rwanda

Photo : Marie-Michèle Routhier

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