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Protection des caribous : l'Alberta doit en faire plus

Un caribou des bois dans le parc national Jasper.
Un caribou des bois dans le parc national Jasper. Photo: M. Bradley
Jean-Marie Yambayamba

Des groupes environnementalistes pressent l'Alberta à amplifier ses efforts pour protéger l'habitat des populations de caribous de la province. La Société de la nature et des parcs du Canada (SNAP) et la Yellowknife to Yukon Conservative Initiative (Y2Y) saluent l'annonce que le gouvernement néo-démocrate a faite à ce sujet au début octobre. Elles estiment néanmoins qu'il en faut davantage pour être à la hauteur des attentes du gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Un texte de Jean-Marie YambayambaTwitterCourriel

Le 1er octobre, le gouvernement néo-démocrate a en effet annoncé son partenariat avec l'industrie pétrolière et gazière afin de restaurer l'habitat des caribous à Little Smoky et À La Pêche au cours des cinq prochaines années. La province prévoit notamment restaurer 10 000 kilomètres linéaires de territoire dans ces régions.

Une étape d'un long parcours

Limites du territoire du caribou dans le parc national Jasper.Limites du territoire du caribou dans le parc national Jasper. Photo : Parcs Canada

L'annonce provinciale survient quatre ans après qu'Ottawa eut demandé aux provinces un plan adéquat pour protéger les caribous forestiers et restaurer leur habitat en vertu de la Loi sur les espèces en péril. En 2014, la même chose a été demandée pour les caribous des montages du Sud qui vivent dans les parcs nationaux Banff et Jasper ainsi que ceux des parcs nationaux du mont Revelstoke et des Glaciers.

Selon Parcs Canada, la harde d'À La Pêche compterait moins de 100 caribous . Au total, 55 bêtes font partie des hardes des vallées Tonquin, Maligne et Brazeau. Les hardes sont moins nombreuses ailleurs. La SNAP croit que l'Alberta compterait au total 1000 à 1500 caribous. Ces nombres risquent de dégringoler si le territoire de ces animaux n'est mieux protégé.

Le fédéral réclame de baisser à 35 % des taux de perturbation qui atteignent actuellement 95 % voire 99 %, particulièrement en Alberta et en Colombie-Britannique.

Une situation préoccupante

« Honnêtement, la situation est vraiment effrayante », affirme Florence Daviet, directrice nationale du programme des forêts de la SNAP, à Ottawa.

En 2015, elle a survolé Little Smoky, une région où on peut voir un grand nombre de caribous et qui fait l'objet d'un moratoire contre toute nouvelle perturbation forestière, gazière ou pétrolière. « On a décidé de regarder, rapporte Laurent Daviet. On voyait qu'une compagnie avait décidé d'agrandir la route justement dans cette région-là. Et vraiment on a eu un choc, parce que même avec ce moratoire et même en sachant que le taux de perturbation est si haut, il y a encore des acteurs qui continuent à perturber. »

Florence Daviet assure qu'il y a vraiment du travail à faire pour sensibiliser les gens et pour mettre en place des plans concrets afin de protéger ces endroits. Elle rappelle que les perturbations permettent à toutes sortes de prédateurs d'accéder aux caribous et de les attaquer.

La SNAP souligne qu'en Alberta, les loups, les ours ou d'autres animaux permettent difficilement aux jeunes caribous de vivre pendant plus d'un an et cela compromet la stabilité et la croissance des populations. « C'est juste une question de temps avant que ces caribous disparaissent », se désole-t-elle.

Les scientifiques albertains estiment qu'on perdra 50 % de la population en 8 ans, si les mesures nécessaires ne sont pas prises.

Un plan imprécis

En juin 2016, l'Alberta a publié sa stratégie de restauration pour les deux espèces dans le cadre du rapport Denhoff. La province s'est donné 60 jours, soit jusqu'au 5 août, pour consulter la population et recueillir des commentaires à ce sujet.

La SNAP a jugé ce plan imprécis alors que la situation sur le terrain reste préoccupante. « On a vu, jusqu'à maintenant, que, malheureusement, les autorités provinciales n'ont pas bien articulé, en particulier, comment elles vont réduire le taux de perturbation dans l'habitat essentiel des caribous qui se trouve dans le contrefort du centre-ouest de l'Alberta », enchaîne Florence Daviet.

La SNAP a apprécié le propos du gouvernement dans son annonce du 1er octobre. Elle souhaite néanmoins que la province empêche l'industrie forestière et l'industrie énergétique de poursuivre leurs activités dans les zones les plus affectées.

Vendre des permis pour continuer de couper le bois et d'exploiter le pétrole et le gaz dans ces territoires, c'est une gifle au visage, compte tenu de ce que nous tentons de faire comme province pour conserver les caribous

Alison Ronson, directrice de la SNAP pour le nord de l'Alberta

De son côté, la Y2Y juge qu'un partenariat avec l'industrie est une bonne chose pour créer des emplois et réparer les dommages causés par 40 ans de mauvaise gestion. Le groupe y va aussi d'une mise en garde.

Si nous voulons protéger les caribous de Little Smoky et d'À La Pêche qui sont en danger, alors arrêtons d'empirer la situation au même moment

Stephen Legault, directeur du programme pour l'Alberta, la Couronne et les Territoires du Nord-Ouest

« Y2Y demande au gouvernement de protéger 7200 kilomètres carrés de la région de Little Smoky - À La Pêche pour empêcher de nouvelles activités industrielles et pouvoir ainsi poursuivre la restauration des caribous à long terme », dit Stephen Legault dans un communiqué publié le 5 octobre.

Collaboration et consultation

La SNAP se félicite de la collaboration des entreprises, mais réclame la fin des perturbations dans les forêts qui abritent les caribous. « On voit que ça montre des étapes concrètes, mais ce n'est probablement pas suffisant à court terme, si on continue de perturber l'habitat. La restauration de forêt prend un certain temps avant de soutenir des populations de caribous », souligne Florence Daviet.

Dans le cadre de l'Entente boréale, la SNAP et l'entreprise forestière Alberta Pacifc (Alpac) ont élaboré un plan de collaboration à ce sujet dans le nord-est de la province. Mais les discussions doivent s'élargir aux entreprises pétrolières en vue d'une meilleure coordination.

Le gouvernement provincial a un rôle à jouer à cet effet, mais les communautés autochtones des régions concernées doivent être au centre des discussions, selon eux.

Une grande partie du plan qu'on a fait avec Alpac, c'était de continuer à avoir des contacts avec les communautés, parce qu'elles sont des actrices importantes. Elles ont des droits qu'il est très important de respecter

Florence Daviet
Chasse au caribou.Chasse au caribou. Photo : Parcs Canada

Florence Daviet reconnaît que ces communautés se livrent à la chasse, avant d'ajouter que cela a peu d'effet sur les populations de caribous comparativement aux perturbations industrielles de leur habitat.

En 2017, le gouvernement fédéral fera une évaluation de son plan de rétablissement publié en 2012. Les provinces et les territoires devront prouver qu'il y a eu des changements pour la protection des caribous, après tout le temps qu'ils ont eu pour avancer sur cette question. En Alberta, la stratégie de protection doit aller plus loin que les deux populations de Little Smoky et d'À La Pêche, car la province en compte de nombreuses autres, rappelle Florence Daviet.

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