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Tartuffe… Hier, aujourd’hui et pour toujours

« Tartuffe », présenté au TNM à Montréal
« Tartuffe », présenté au TNM à Montréal Photo: Radio-Canada
Franco Nuovo

Molière, Dieu qu'on l'a étudié au collège. De L'avare au Malade imaginaire en passant par Les fourberies de Scapin, l'auteur du 17e siècle a marqué notre imaginaire. On l'aimait bien et on se souvient encore de lui parce qu'il n'était pas plate, Molière. Adolescent, on prenait chez lui ce qui nous plaisait, tantôt ce qui nous faisait rire, tantôt ce qui nous faisait pleurer.

Franco Nuovo
Une chronique de Franco Nuovo
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Et encore aujourd'hui, on s'y attarde. Comme cette semaine, alors que le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) lançait sa 65e saison avec Tartuffe, mais un Tartuffe que le metteur en scène Denis Marleau a fait voyager dans le temps et dans l'espace en le téléportant de la France de 1669 au Québec de 1969, troquant ainsi le fleuret pour la guitare électrique.

Honnêtement, j'ai été étonné de lire les critiques plutôt mitigées dans les jours qui ont suivi la première de cette production et, bizarrement, ce qui semble avoir énervé les uns m'a, moi, plutôt réjoui. Qu'on mette par exemple les alexandrins de cette dernière mouture de Tartuffe (les deux premières ayant été censurées) dans la bouche de personnages des sixties ne m'a en rien dérangé. Au contraire, cette langue si belle et particulière sert, me semble-t-il, d'ancrage à un univers que Marleau a métamorphosé.

« Tartuffe », présentée au TNM« Tartuffe », présentée au TNM Photo : Radio-Canada

Il est certain que les premières minutes exigent que l'oreille s'acclimate aux rythmes et aux mots, et que les yeux s'adaptent aux minijupes et aux pattes d'éléphant.

L'universalité d'une oeuvre

Il y a quelques semaines, en entrevue, Robert Lepage parlait de l'universel, de cet universel qui part du personnel pour traverser les frontières et le temps. Tartuffe, celui de Molière et celui de Marleau, sont du même temps, le temps de l'humain, de l'hypocrite, de l'imposteur, des pouvoirs et de l'incorruptibilité discutable de nos dirigeants. En ce sens, il est d'aujourd'hui comme d'hier.

Et entre vous et moi, Tartuffe sied très bien à ce Québec post-Révolution tranquille de la fin des années 60, qui était en plein bouleversement social et terminait son affranchissement religieux. De la même manière que cette histoire cadrerait parfaitement en 2016 alors que les dévots font des ravages.

Des comédiens de haut calibre

Bon, je ne me placerai guère plus longtemps en porte-à-faux, mais je vous dirai que je suis sorti de ce spectacle plus que ravi, non pas tant par l'audace artistique de Marleau et par le déplacement temporel que par la présence des comédiens. Ils ont fait davantage que de me permettre de passer une excellente soirée en leur compagnie : ils m'ont sonné.

Évidemment, l'histoire en quelques mots reste la même. Orgon, un bourgeois, accueille sous son toit un directeur de conscience qui a quelque chose du coach de vie et en qui il a une confiance plus qu'aveugle. Or, sa femme, ses enfants et sa famille sont fort conscients de la manipulation dont est victime le naïf Orgon et ne se laissent en rien berner par l'hypocrite et imposteur Tartuffe.

« Tartuffe », présentée au TNM« Tartuffe », présentée au TNM Photo : Radio-Canada

Voilà, vite fait pour ce qui est du récit. Mais ces comédiens alors...

La première à déchirer l'écran allais-je dire, la première à nous jeter à terre est sans contredit Violette Chauveau dans la peau de Dorine, la domestique de la maison, qui occupe cette scène en s'appropriant avec conviction les alexandrins de monsieur Molière, comme si elle parlait avec sa voisine dans sa cour arrière. Crédible, amusante, à elle, oui, on donnerait le bon Dieu sans confession.

Benoît Brière qui ressemble de plus en plus, surtout dans un accoutrement pareil, à Jean Duceppe est un Orgon plus que convaincant, jouant tantôt l'autorité, tantôt la foi, tantôt la faiblesse et tantôt la farce qu'il maîtrise si bien.

Carl Béchard et Benoît Brière dans « Tartuffe » au TNMCarl Béchard et Benoît Brière dans « Tartuffe » au TNM Photo : Radio-Canada

La superbe Anne-Marie Cadieux qui incarne Elmire, son épouse, semble née pour cette époque et nous prouve ici une fois de plus à quel point elle sait être drôle.

Et que dire de Monique Miller qui était de la première production de L'avare au TNM en octobre 1951 et qui joue ici avec un aplomb déconcertant Madame Pernelle.

Enfin, un mot sur Tartuffe lui-même, Emmanuel Schwartz, qui par sa seule stature installe le malaise et le doute. On est ici devant un comédien remarquable à la gueule unique qui occupe toute la scène une fois qu'il y est.

Je nomme ces comédiens, mais je pourrais encenser toute cette distribution qui joue merveilleusement Molière à l'ère du nucléaire.

Il ne faut pas s'accrocher les pieds dans les fleurs du tapis ni bouder son plaisir, on parle ici d'un spectacle qui, s'il est un divertissement, est également beaucoup plus : une création qui fait aussi réfléchir et un baume d'automne.

Denis Marleau et les siens égratignent... mais juste ce qu'il faut.

Franco Nuovo anime l'émission Dessine-moi un dimanche sur ICI Radio-Canada Première les dimanches à 6 h.

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