•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Retrouver sa vie grâce à la Mission d'Ottawa

Pierre Nicolas

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Pierre Nicolas, 48 ans, a poussé la porte de la Mission d'Ottawa un matin d'octobre 2015 pour demander de l'aide. Il était désespéré et empêtré dans des problèmes de drogue et d'alcool depuis des années. Livré à lui même, il a décidé de reprendre sa vie en main.

Un texte de Florence Ngué-NoTwitterCourriel

« J'étais dans les ténèbres. J'étais découragé. Je ne voyais plus mon garçon, je voyais plus ma famille », se souvient-il.

Pierre a pensé mettre fin à ses jours, avant de se dire qu'il était temps pour lui de s'arrêter.

J'étais tanné, je ne voulais plus rien savoir de la vie.

Pierre Nicolas

Le personnel de la Mission d'Ottawa, qu'il appelle désormais « sa famille », l'a soutenu. Parmi eux, Kathy Cillis l'a aidé à reprendre pied. « Si elle n'avait pas été là, je n'aurais pas continué, je n'en serai pas là où je suis aujourd'hui », souligne-t-il.

Le Stepping Stones Learning Centre, où enseigne Kathy, accueille les sans-abri, qui veulent poursuivre leur éducation vers le collège ou se trouver un emploi.

Pierre Nicolas accompagné des intervenants Kathy Cillis et Mark Gallant

Pierre Nicolas accompagné des intervenants Kathy Cillis et Marc Gallant

Photo : Radio-Canada

« Pierre est un élève très spécial », explique Kathy. « Il est un rayon de soleil. Il est plein d'optimisme. Il a commencé avec nous en décembre et il poursuit son but avec beaucoup de détermination. »

Mark Gallant, intervenant à la Mission d'Ottawa, abonde dans le même sens. « C'est rare, mais des succès comme Pierre, ça arrive », souligne-t-il.

C'est toujours bon de voir des situations comme Pierre, ça donne de l'espoir tant aux résidents qu'aux autres intervenants.

Mark Gallant, intervenant à Mission d'Ottawa

La descente aux enfers...

Pierre Nicolas a encore du mal à mettre des mots sur ce qu'il a vécu. « J'ai vécu un enfer. J'ai perdu mes parents à l'âge de 9 ans », rapporte-t-il.

Vers 18 ans, le choc émotif l'a frappé de plein fouet. Pour atténuer la douleur, il s'est mis à boire et à consommer de la drogue. Pierre a glissé dans cette spirale, perdant beaucoup de bons emplois à cause de sa condition.

Quand je buvais, je ne pensais plus à rien, la vie était belle. Mais le lendemain, quand je me réveillais, la réalité était là.

Pierre Nicolas

... et la remontée à la surface

Épuisé par ce cercle vicieux, Pierre a décidé l'an dernier de se prendre en main. Son ancienne vie lui manquait.

« Avant, j'étais un athlète », souligne-t-il. « Ce n'est que maintenant que je comprends pourquoi ma vie a si mal tourné. Malgré tout, ces épreuves m'ont rendu plus fort. »

La rémission a été longue et difficile, ponctuée de rechutes. « Si tu ne veux pas, tu vas retourner exactement où t'étais », constate-t-il. « Je peux compter sur les doigts de la main les gens qui m'ont supporté et qui m'ont aidé à m'en sortir. »

Pierre Nicolas (droite) et son ami Sean Baker (gauche)

Pierre Nicolas (droite) et son ami Sean Baker (gauche)

Photo : Radio-Canada

Une deuxième chance

Pierre a décidé de suivre un cours au centre d'apprentissage de la Mission d'Ottawa. Son but était de terminer son diplôme d'études secondaires.

C'est Kathy Cillis qui l'a accompagné « Des fois, j'avais tendance à me dire : "Je ne vais pas y arriver." Mais Kathy a toujours été là. Elle m'encourageait et me disait : "Pierre, tu es capable, on va continuer puis tu vas y arriver." »

Pierre a fini son programme, il ne lui reste que quelques cours d'anglais... avec Kathy.

Le Stepping Stones Learning Centre en chiffres
En 2015, 67 sans-abri ont fréquenté ce centre. Certains veulent apprendre à lire, à compter, à utiliser un ordinateur. D'autres espèrent terminer leur diplôme du secondaire. Certains finissent par retourner à l'école, alors que d'autres se mettent à travailler à temps partiel.

Depuis un an, Pierre est sobre. Il a repris contact avec son fils de 22 ans, « un gars avec la tête sur les épaules qui n'empruntera pas le même chemin que moi ».

Quand il n'est pas à l'église ou en classe avec Kathy, Pierre donne de son temps au Centre familial Caldwell.

Pierre Nicolas dans la banque alimentaire du Centre familial Caldwell.

Pierre Nicolas donne un coup de main à la banque alimentaire du Centre familial Caldwell.

Photo : Radio-Canada

Il donne un coup de main à la banque alimentaire, nettoie les planchers, discute avec les clients. Tout le monde le connaît. Il serre des mains et distribue des sourires aux habitués de l'endroit.

« J'aimerais ça avoir un centre d'hébergement pour les personnes sans-abri », explique Pierre. Il a d'ailleurs entrepris des démarches pour mettre sur pied un organisme à but non lucratif.

Il a beaucoup appris de son expérience.

« Il y a beaucoup de gens qui souffrent à l'extérieur », dit-il. « Je veux juste leur tendre la main parce que ce tout ce dont ils ont besoin, c'est un petit coup de main. Si je n'avais pas eu cette aide, je ne serais pas là aujourd'hui. »

La Mission d'Ottawa en chiffres
Fondée en 1906. Capacité de 235 lits. Les besoins des gens qui se présentent à la Mission varient : certains ont des problèmes de santé mentale, d'autres, de toxicomanie ou d'alcool. Dans les vingt dernières années, le nombre de lits a plus que triplé en raison de la demande de personnes en crise, qui ont besoin d'un toit ou qui suivent un programme de lutte contre les dépendances.

Ottawa-Gatineau

Société