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De quoi l'industrie musicale a-t-elle besoin?

Martin Lessard

Le changement des habitudes d'écoute musicale, causé par la lecture en continu, déboussole tellement l'industrie de la musique que l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) demande une aide gouvernementale d'urgence. Mais pour sauver quoi? Voilà la question à 15 millions de dollars.

L'aide de 15 millions de dollars sur deux ans réclamée par l'ADISQ aux gouvernements provincial et fédéral serait réservée au « développement de savoir-faire, d'expertises spécialisées et de pratiques d'affaires adaptées à l'environnement numérique ».

Mais des voix s'élèvent pour se demander ce qui est réellement en jeu ici.

Qui est cette industrie?

Nellie Brière, consultante en communications numériques et réseaux sociaux auprès d'entreprises culturelles, se demande si les acteurs de l'industrie cherchent le bien de l'artiste autant qu'on le pense.

Elle qui a travaillé pour ARTV connaît les rouages de cette industrie :

Quand on fait référence à l'industrie, on ne fait pas référence aux artistes. On parle de tous ceux qui se sont greffés dans la chaîne de valeur entre la création de contenu et la réception de l'oeuvre musicale par l'auditoire. Tous ces intermédiaires-là perçoivent une part de la valeur. 

Nellie Brière

Le modèle actuel fait en sorte que les artistes délèguent la commercialisation de leurs oeuvres à ces acteurs de l'industrie (et donc une part de la valeur de leurs oeuvres). Mais à partir du moment où les nouvelles habitudes d'écoute musicale sont transformées par les outils numériques, certains de ces intermédiaires ont-ils toujours le même rôle?

Nellie Brière, consultante en communications numériques et réseaux sociaux auprès d’entreprises culturelles.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nellie Brière, consultante en communications numériques et réseaux sociaux auprès d’entreprises culturelles.

Photo : Triplex (Martin Lessard)

« Les artistes [dans le contexte actuel] ne cherchent pas à sauver leur emploi, car créer n'est pas en soi un emploi [payant]. On le regrette, mais ce n'est pas un emploi pour devenir riche, sauf exceptionnellement. Ce qu'ils cherchent, c'est de faire rayonner ce dans quoi ils s'investissent. Or, pour tous les autres acteurs de la chaîne, on parle d'emplois. L'industrie est un ensemble d'emplois. »

Et ce seraient donc ces emplois dont il est question quand il s'agit d'aider l'industrie musicale, selon elle.

Comme l'écrivait Mario Asselin cette semaine sur le blogue du Journal de Québec, si le public n'achète plus la musique, mais préfère la louer par l'entremise des services de lecture en continu en ligne, il faut trouver un modèle d'affaires qui sera viable pour l'industrie québécoise de la musique. Oui, mais quelle industrie? Celle qui existe actuellement?

Quel modèle de production?

Cette façon de poser la question rejoint Guillaume Déziel, stratège en développement des affaires à Duhaut2 Productions et ex-gérant du groupe Misteur Valaire. Il est très présent dans l'industrie musicale depuis une quinzaine d'années, notamment pour proposer de nouveaux modèles d'affaires.

Il doute que la solution soit « d'aider l'industrie musicale » :

Produire aujourd'hui, c'est accessible à quiconque a un ordinateur de 1200 $ et un bon micro. Ce n'est pas ça la question. C'est plutôt le rayonnement et l'accessibilité de notre culture [qui est en jeu] 

Guillaume Déziel

Pour lui, la façon de produire a changé. « Il faut éviter les vieux réflexes, [...] comme ceux visant à entretenir un modèle en place et de le faire perdurer dans un écosystème qui a complètement changé. ». Le partage de recette avec les plateformes de lecture en continu ne fera pas une grande différence.

Ce que remarque Déziel, c'est que lorsqu'il est question d'industrie musicale, il faut savoir si tout le monde a la même vision du rôle qu'elle doit jouer pour les artistes. Sinon, que cherche-t-on à sauver?

Guillaume Déziel, stratège développement des affaires chez Duhaut2 Productions et ex-manager du groupe Misteur Valaire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Guillaume Déziel, stratège développement des affaires chez Duhaut2 Productions et ex-manager du groupe Misteur Valaire.

Photo : Triplex (Martin Lessard)

La façon de poser la question oriente donc la façon de trouver la solution.

L'ADISQ dit : « Si ce modèle [de lecture en continu] empêche nos artistes de vivre de leur art et nos entreprises de se développer, alors nous fonçons dans un mur. »

En fait, les technologies de lecture en continu ne sont pas à craindre, dit l'Association, c'est le partage des recettes qui est en cause.

Mais si la question était : « Si nous fonçons dans un mur, n'est-ce pas plutôt dû à la nouvelle relation que le public entretient avec la musique (et ses artistes)? »

Il est possible de réviser à la hausse les droits d'auteur, mais si le public ne veut pas écouter ou ne peut pas écouter la musique crée ici, l'industrie musicale ne sera pas plus avancée.

S'il y a une chose à sauver, dit Déziel en conclusion, c'est bien l'accès à notre propre culture, dans un monde en perpétuel changement.

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