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« Ça n’a rien à faire avec la nourriture » : le témoignage d’une jeune femme anorexique

Elizabeth Grande

Elizabeth Grande

Photo : Courtoisie Elizabeth Grande

Radio-Canada

Une jeune femme manitobaine atteinte d'anorexie implore les adultes d'être à l'écoute des jeunes, soulignant que les troubles d'alimentation sont d'abord une maladie mentale.

Un texte de Catherine LoganTwitterCourriel

Originaire de Winnipeg, Elizabeth Grande lutte contre l'anorexie nerveuse depuis l'âge de 8 ans.

L'anorexie se caractérise par une brusque perte de poids résultant de régimes draconiens, de jeûnes, de vomissements provoqués, d'utilisation de laxatifs ou d'exercice physique excessif. 

Source : Anorexie et boulimie Québec

À l'école, Elizabeth n'avait pas d'amis et au lieu de rester assise toute seule à l'heure du dîner, elle préférait jeûner et se cacher ailleurs. Enfant ronde, elle était souvent victime de taxage non seulement dans la cour d'école, mais aussi chez elle.

Elizabeth Grande dit avoir été victime de violence et qu'elle était aux prises avec une famille touchée par des maladies mentales. Selon elle, ses comportements anorexiques permettaient de structurer sa vie et lui donnaient le pouvoir de se maîtriser.

Cependant, la jeune femme savait que son comportement était malsain et depuis son premier séjour à l'hôpital, à l'âge de 14 ans, elle lutte réellement pour échapper à cette maladie.

Or, à 20 ans, son ossature de 1,52 mètre ne porte que 34 kilogrammes. « J'ai perdu mes cheveux, mes dents sont en condition médiocre. Mon taux de glycémie est toujours bas et je suis branchée à une machine pour me garder en vie », avoue-t-elle.

Un appel à l'écoute

Au début de sa maladie, Elizabeth avait tenté de parler de ses compulsions avec sa famille et son médecin. « Mais comme j'étais déjà ronde, on croyait simplement que je faisais bien de manger moins, de retrouver un poids "santé", et qu'il n'y avait rien de mal avec moi », relate-t-elle.

Je savais que mon comportement était malsain, mais on ne m'écoutait pas. Alors je suis devenue encore plus motivée à leur montrer à quel point j'étais malade, à me priver encore plus pour leur prouver qu'ils avaient tort.

Elizabeth Grande

La femme dans la vingtaine implore les enseignants, parents, médecins ainsi que tout autre adulte dans la vie d'une jeune personne d'être à l'écoute des soucis des jeunes, et que les adultes veillent également aux comportements sociaux de ces derniers.

« Il y a un travail de sensibilisation qui doit se faire dans les écoles et auprès des parents et familles de personnes souffrant d'anorexie sur les liens entre la santé mentale et ses différentes manifestations, précise Mme Grande. Si quelqu'un avait repéré mes problèmes d'anxiété sociale quand j'avais huit ans, je crois que ça m'aurait beaucoup aidé à la longue. »

Manger, ce n'est pas un choix

L'un des messages qu'Elizabeth Grande souhaite passer, c'est que l'anorexie est avant tout une maladie mentale, et non une maladie alimentaire.

L'anorexie est une adaptation à une situation très dure – c'est un moyen de survie, de contrôler [le chaos de sa vie]. Ça n'a rien à faire avec la nourriture. C'est un mode d'emploi pour survivre au jour le jour.

Elizabeth Grande

« Tout le monde me dit, il faut manger quelque chose! Mais rendues à un certain point, les personnes anorexiques ne peuvent plus digérer la nourriture, explique Mme Grande. Et si nous mangeons, nous sommes forcés à l'évacuer de façon boulimique. C'est toujours aussi malsain ».

Pour Elizabeth Grande, le chemin le plus sûr pour se sortir de la noirceur de sa maladie, c'est de remplacer ses pensées obsessives par rapport à la nourriture avec des passions et de nouveaux projets.

« Si on trouve une manière de trouver notre passion dans la vie, de se rendre compte qu'on est venu dans ce monde pour faire quelque chose de bien, de développer nos vrais talents, là, je pense qu'on trouvera l'espoir qu'il nous faut. »

À Winnipeg, des spécialistes des troubles de l'alimentation de partout au pays se sont réunis pour réfléchir à une stratégie nationale de lutte et de prise en charge des troubles alimentaires. La conférence se tiendra jeudi et vendredi à l'hôtel Fort Garry.

D'après la National Initiative for Eating Disorders, près d'un million de personnes au Canada souffrent d'un trouble de l'alimentation. À elles deux, l'anorexie et la boulimie tueraient entre 1000 et 1500 Canadiens par an.

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