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Waseskun, documentaire-choc dans un centre de détention autochtone du Québec

Le documentaire «Waseskun» de Steve Patry
Le documentaire «Waseskun» de Steve Patry Photo: Office national du film
Radio-Canada

Abus, rejet, violence, peur, haine... La vie des résidents du centre de détention Waseskun, dans Lanaudière, a été semée d'embûches. Grâce à un accès privilégié, le réalisateur Steve Patry a été témoin du quotidien de ces hommes au passé difficile, où s'entremêlent criminalité et traumatismes. Il en a tiré le documentaire Waseskun.

Un texte de Dominique CaronTwitterCourriel

Incorporé en 1989, l'organisme à but non lucratif Waseskun est l'un des huit pavillons de ressourcement affilié au Service correctionnel du Canada, géré par et pour les Autochtones. Regroupant différentes communautés autochtones, le centre est le seul du genre dans l'est du pays. Il vise la réinsertion sociale de ses résidents par la guérison holistique et en leur permettant de se réapproprier leur identité culturelle.

(Source : Viméo/NFB/Marketing)

En langue crie, le mot waseskun désigne le moment où les nuages commencent à se dissiper après une tempête, laissant apparaître le bleu du ciel et les premiers rayons du soleil.

Au Canada, les détenus autochtones représentaient en 2013 plus de 23 % de la population carcérale, alors qu'ils ne formaient que 4,3 % de la population civile canadienne.

Le réalisateur a recueilli les confessions et les témoignages de la communauté du centre de réhabilitation, où il a séjourné de trois à quatre jours par semaine pendant l'année qu'a duré son tournage. « On habitait littéralement avec eux. On avait le temps d'échanger, de jouer au hockey ensemble, on fumait des cigarettes ensemble... Cette immersion fait en sorte qu'on a pu créer un lien de confiance. »

À Waseskun, la guérison passe par la spiritualité et des pratiques traditionnelles ancestrales, mais également par le sport, l'artisanat et la confession. « Ça ne marche pas pour tout le monde. Certains se font retransférer de leur plein gré en prison », explique le réalisateur, qui a signé le documentaire De prisons en prisons, en lice pour le prix Jutra 2015 du meilleur long métrage documentaire.

Une réalité difficile, mais pleine d'espoir

« Mon père m'écrasait des cigarettes sur la main. Pis il riait de ça, confie un des résidents pendant une séance de groupe. De l'affection, j'en ai pas eu, pas eu d'affection, pas eu d'amour, rien. » Dans ce lieu où le sens de la communauté importe beaucoup, personne ne juge, tout le monde respecte la confidence de l'autre.

L'ambiance n'est pas mélodramatique [à Waseskun]. Le rire et le tragique se côtoient de manière assez palpable : de blague à des confidences sur des abus, des enfances volées. Ça m'a ébranlé un peu... je voulais montrer ça. Je trouvais ça important de montrer ce contraste-là, mais aussi des activités plus ludiques et des cérémonies plus spirituelles.

Steve Patry

Les résidents du centre arrivent de milieux difficiles, de la prison ou d'un autre centre de détention. Ils intègrent Waseskun par choix en effectuant les démarches nécessaires, ils y sont donc par et pour eux-mêmes.

Le documentaire « Waseskun » de Steve PatryLe documentaire « Waseskun » de Steve Patry Photo : Office national du film

« Pour moi, Waseskun, il y a de la lumière là-dedans. Les voir s'exprimer, je trouve que c'est une libération. Les gars sont en train de se libérer de leur poids. Il y en a que ça fait 25 ans qu'ils sont dans le système carcéral, ils ont passé leur enfance là! C'est un film d'espoir et de lumière selon moi », explique le réalisateur.

Maltraitance, alcoolisme, toxicomanie... L'histoire de chacun de ces Autochtones est souvent le résultat d'un cycle perpétuel de la violence dont ils cherchent à guérir. « Ce sont les hommes blessés qui blessent d'autres hommes », dit Glenda, une aidante.

Il était important pour le réalisateur de laisser parler ceux qu'il appelle les gars : « Je commençais à me dire : "Comment je vais faire pour avoir du contenu?" Grâce à ces séances ultra-intimes et sensibles, tout sortait. J'ai une approche non interventionniste. Je savais très bien que [les séances thérapeutiques], c'est tellement puissant et chargé d'émotions. J'ai gardé ça très sobre. »


Le documentaire Waseskun prend l'affiche à la Cinémathèque québécoise vendredi. Le réalisateur Steve Patry sera présent lors de la première projection.

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