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Le défi de l'école à la maison chez les minorités francophones

Le reportage d'Héloïse Bargain
Radio-Canada

Les ressources francophones sont rares pour les familles qui font l'école à domicile en français en dehors du Québec. Des parents franco-manitobains ont trouvé la solution à ce problème et ont créé un groupe Facebook pour réunir des familles qui font l'école à la maison en français.

Un texte de Héloïse BargainTwitterCourriel

Geneviève Lambert a sept ans et ne va pas à l'école. Au lieu de se lever tôt pour prendre l'autobus scolaire, la petite fille n'a qu'à faire quelque pas pour s'installer à la table de cuisine qui lui sert aussi de salle de classe.

Comme près de 3300 enfants au Manitoba, Geneviève fait l'école à la maison.

Il faut dire que chez les Lambert, l'école à la maison est une histoire de famille. Le père de Geneviève, Jean-Luc Lambert, a toujours fait l'école à domicile. Sa mère, Louise Lambert, a fait l'enseignement à ses quatre enfants en français dans un milieu largement anglophone à Neepawa, au Manitoba.

Louise Lambert voit la manière dont ses petites filles sont éduquées et constate que la situation de l'enseignement à domicile en français au Manitoba s'est considérablement améliorée au cours des dernières décennies.

C'était beaucoup plus un défi pour nous que pour eux parce qu'ils ont beaucoup plus de ressources. Les bibliothèques, les cours en français de natation, de gymnastique, le matériel pédagogique [...] plein de ressources que nous n'avions pas nécessairement il y a 30 ans.

Louise Lambert

École à domicile 2.0

Pour la mère de Geneviève, Rachelle Lambert, la situation de l'école à domicile s'est améliorée parce que les parents francophones ont plus de ressources à leur disposition pour entrer en contact et organiser des activités en français.

Depuis peu, un groupe Facebook s'est créé pour réunir les parents francophones du Manitoba qui instruisent leurs enfants à la maison. Les parents peuvent discuter de méthodes d'enseignement, poser des questions et organiser des activités.

Jean-Luc et Rachelle Lambert sont membres du groupe Facebook « Communauté franco-manitobaine d'école à domicileJean-Luc et Rachelle Lambert sont membres du groupe Facebook « Communauté franco-manitobaine d'école à domicile Photo : Radio-Canada

De son côté, Rachelle Lambert a proposé de créer un club de lecture francophone pour les enfants qui font l'école à domicile.

Le concept c'est d'essayer de développer des habiletés, comme par exemple présenter devant un groupe. Tu n'as pas beaucoup l'occasion de faire ça à la maison, mais si tu te rencontres avec d'autres personnes tu peux développer ces habiletés-là.

Rachelle Lambert

Rachelle Lambert a déjà essayé d'organiser des activités en français au sein de l'association anglophone d'école à domicile, la Manitoba Association for Schooling at Home (MASH), mais dit que cela reste toujours compliqué de trouver d'autres enfants qui font l'école à la maison en français.

T'es déjà une minorité en faisant l'école à la maison, mais t'es encore plus une minorité en faisant l'école à la maison en français. C'est difficile de trouver des activités en français.

Rachelle Lambert

Rachelle Lambert précise que le groupe Facebook en est encore à ses débuts, mais espère que cela va l'aider à rencontrer des familles pour offrir une socialisation francophone à sa fille.

Une aubaine pour les communautés minoritaires?

Professeure spécialisée dans l'enseignement à domicile au Département d'éducation de l'Université à Montréal, Christine Brabant ne s'étonne pas de voir que certains membres des communautés francophones minoritaires sont intéressés par l'école à domicile.

La professeure Christine BrabantLa professeure Christine Brabant Photo : Radio-Canada

Selon elle, l'école à domicile peut être vue par les minorités comme une manière de faire vivre la culture à travers l'éducation. La chercheuse dit même avoir été approchée par des communautés autochtones qui souhaitaient transmettre leur culture grâce à l'école à domicile.

Mme Brabant précise toutefois que cette relation est à double tranchant. « Ça peut être une protection pour les minorités, mais évidemment on peut craindre aussi un repli ou une forme de retrait social, qui à ce moment-là pourraient dériver vers des dérives sectaires », précise-t-elle.

Sur le chemin de l'école

Même s'il a suivi tout son parcours scolaire à la maison, Jean-Luc Lambert dit ne pas avoir rencontré de difficulté particulière lorsqu'il a fait son entrée à l'université. Il est maintenant ingénieur et travaille à la Ville de Winnipeg.

Lisette, trois ans et demi, a déjà commencé son parcours scolaire à domicile.Lisette, trois ans et demi, a déjà commencé son parcours scolaire à domicile. Photo : RADIO-CANADA

Pour la chercheuse Christine Brabant, il n'est pas rare de voir des enfants ayant suivi l'école à domicile réussir des études supérieures.

Certaines études se sont penchées sur les résultats à long terme, l'insertion sociale, l'insertion professionnelle, des enfants scolarisés à la maison. En général les résultats ont été assez positifs au niveau des études supérieures, par exemple le fait d'avoir un emploi, une vie de famille.

Christine Brabant, professeure en éducation à l'Université de Montréal

Mme Brabant précise toutefois que ces études ont des limites méthodologiques, car elles sont basées seulement sur les témoignages de familles volontaires et non sur l'ensemble des familles pratiquant l'école à la maison.

L'universitaire dit également que ces bons résultats nécessitent un engagement soutenu de la part des parents, et demandent beaucoup de débrouillardise, de patience et de passion. « Ce qui n'est pas forcément le cas pour toutes les familles », conclut-elle.

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