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Le stress numérique, un nouveau phénomène de société

Une femme tient un cellulaire dans une main et une carte de crédit dans l'autre.
Photo: iStock / Martin Dimitrov
Radio-Canada

Depuis leur apparition, les téléphones intelligents nous ont amené leur lot de bonnes choses : de la musique, des photos et une multitude d'applications. Mais ces téléphones nous ont aussi rendus joignables en tout temps, entraînant un phénomène appelé le stress numérique, dont les experts sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter.

Un texte de Maxime BertrandTwitterCourriel

Le stress numérique est plutôt le lot de professionnels qui évoluent dans des milieux où la concurrence est féroce : les secteurs financier, des communications et juridique, entre autres. Ses conséquences peuvent pousser les travailleurs à bout.

Pour ces travailleurs, souvent, le travail ne s'arrête plus à 17 h. Il peut les suivre les soirs et les fins de semaine. Parfois c'est utile, parfois ça peut devenir carrément insupportable.

Carole Larose par exemple, une avocate-réviseure, codirectrice du service de traduction d'un grand cabinet d'avocats depuis plus de 14 ans, vient de renoncer à son emploi pour échapper à la « pression du téléphone ».

J'ai remis ma démission. C'était devenu trop envahissant. On a un cellulaire, ça fait partie du travail. On s'attend à ce qu'on soit en contact, je dirais presque constamment, parce qu'on ne sait jamais quand un client va avoir besoin de nous.

Carole Larose, avocate-réviseure 
Souper en famille chez Carole Larose.Souper en famille chez Carole Larose. Photo : Radio-Canada

Cette intrusion du travail avait des répercussions sur sa vie familiale. Chez l'avocate, les repas en famille étaient souvent écourtés. Le stress, toujours présent.

On a l'impression qu'il n'y a plus de début ni de fin. [...] Tout le monde convient que, oui, on n'a pas le choix, c'est comme ça que ça fonctionne. [...] Mais à la fois, je pense qu'il n'y a personne qui est parfaitement heureux de ça.

Carole Larose

D'autres adorent ça cependant, et ne croient pas que leurs appareils les tiennent en laisse. C'est le cas de Julien Brault, le PDG de Hard Bacon, une entreprise qui compare les services de courtage de robots-conseillers en ligne.

Dans un monde qui est constamment en mouvement, l'idée de fermer le cellulaire à 5 h n'est pas vraiment réaliste. [...] C'est super important pour moi d'être connecté et je pense qu'en affaires aussi, c'est super important.

Julien Brault

Mais il reconnaît que les dérives sont possibles. « Le fait qu'on ait des emplois où on s'attend à ce que tout le monde réponde dans les 15 minutes à un appel ou à un message texte, ça peut être malsain », admet-il.

Julien BraultJulien Brault Photo : Radio-Canada

Selon un sondage américain de l'American Psychological Association, publié en 2013 :

  • 53 % des employés consultent leurs courriels professionnels durant la fin de semaine
  • 52 % avant et après les heures de bureau
  • 54 % durant leurs journées de maladie
  • 44 % en vacances

Un problème de santé publique

Les experts commencent à se pencher sur le problème. Une étude de la revue scientifique médicale britannique The Lancet montre que travailler plus de 35 heures par semaine augmente de 33 % le risque de faire un AVC.

En France, la crainte de l'apparition d'un problème de santé publique a poussé le gouvernement à inscrire dans son nouveau code du travail rien de moins que le droit à la déconnexion. En clair, les travailleurs ont le droit de refuser de répondre aux appels et aux courriels professionnels en dehors de leurs heures de travail.

Des entreprises s'attaquent au problème

La firme d'actuaires québécoise Normandin-Beaudry. Photo : Radio-Canada

Au Québec, l'entreprise Normandin-Beaudry, un bureau d'actuaires, est devenue le printemps dernier l'une des premières à faire de la déconnexion une directive.

Les résultats sont déjà palpables, affirme Étienne Boucher, associé chez Normandin Beaudry. « Même les actionnaires disent que depuis qu'on a fait le choix ensemble d'aller de l'avant avec cette pratique-là, la pression diminue », dit-il.

Et la direction sait que c'est à elle de donner l'exemple.

Sophie Lachance, associée chez Normandin-Beaudry.Sophie Lachance Photo : Radio-Canada

En tant qu'associée, je dois donner l'exemple et faire attention de ne pas envoyer de courriels aux gens avec qui je travaille le soir ou la fin de semaine, parce que ça envoie un message que je m'attends immédiatement à ce qu'ils se branchent et qu'ils travaillent.

Sophie Lachance, associée chez Normandin-Beaudry

Une multinationale a déjà aussi pris le taureau par les cornes. En Allemagne, le constructeur automobile Volkswagen y a va d'une approche musclée : les serveurs de courriels sont déconnectés entre 18 h et 7 h le lendemain matin.

Économie