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La fraise californienne affaiblie par l'interdiction d'un pesticide controversé

Des fraises

Photo : Radio-Canada/Bernard Laroche

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les États-Unis s'apprêtent à imiter le Canada et à interdire le bromure de méthyle dans les champs de fraises, ce qui pourrait rendre le petit fruit du Québec plus concurrentiel. Reste à voir quel sera l'effet sur le prix à l'épicerie.

Un texte de France BeaudoinTwitterCourriel de La Semaine verte

Le bromure de méthyle garantit aux producteurs américains des rendements spectaculaires, de trois à cinq fois supérieurs à ceux des producteurs québécois. Ce pesticide est dans la ligne de mire des environnementalistes depuis longtemps.

En 1987, lors de la signature du protocole de Montréal, le bromure de méthyle a été placé sur la liste des substances qui détruisent la couche d'ozone. Interdit au Canada depuis 2005, il sera prohibé aux États-Unis à compter de 2017.

Le problème, c'est que l'immense succès de l'industrie californienne de la fraise repose depuis 40 ans sur l'utilisation du bromure de méthyle. Un producteur californien de fraises, Rod Koda, précise que le pesticide permet d'assainir le sol pour planter les fraisiers. 

« C'est un outil précieux. Ça évite de faire de multiples applications de produits chimiques ou d'autres traitements. Le sol est stérilisé et les agents pathogènes, les mauvaises herbes et les espèces nuisibles sont supprimés. »

— Une citation de  Rod Koda, producteur californien de fraises

Une augmentation des prix?

Avec l'abandon prévu du bromure de méthyle dans les champs de fraises de la Californie, les producteurs californiens et québécois joueront à armes un peu plus égales.

La qualité et la quantité de la production du géant américain risquent d'être touchées, ce qui représente une occasion à saisir pour les producteurs de fraises du Québec, croit le producteur Louis Gosselin. Avec des rendements plus limités, le prix de la fraise californienne pourrait bientôt augmenter et avantager les producteurs locaux l'été prochain.

« Si eux, ils augmentent leurs coûts de production par rapport à l'approvisionnement en eau, à la main-d'œuvre et aux alternatives au bromure de méthyle, le coût du produit en Californie rendu au Canada risque d'être plus élevé; donc, on va devenir plus compétitifs avec eux. »

— Une citation de  Louis Gosselin, producteur de fraises, Ferme Louis Gosselin

Un géant de la fraise

L'État de l'ouest américain est le plus grand producteur mondial de fraises, avec une récolte dont la valeur frôle les 2,5 milliards de dollars américains. Et le Canada représente son principal client à l'exportation.

Remplacer le bromure de méthyle

Des chercheurs tentent depuis 10 ans de trouver une solution de remplacement pour le bromure de méthyle. De nouveaux engrais naturels à base de graines de moutarde ont une certaine efficacité en production biologique. Mais en production conventionnelle, les produits chimiques, les pesticides et les fongicides qui remplacent le bromure de méthyle ont leurs limites. Les essais sur quelques parcelles sont mitigés.

« Si je pouvais encore l'utiliser, je le ferais. Moi et les autres producteurs, on est hors de notre zone de confort avec les méthodes alternatives. On voit apparaître la maladie dans nos champs. »

— Une citation de  Rod Koda, producteur californien de fraises

Une exception : l'utilisation du bromure de méthyle est encore permise dans les pépinières, où on multiplie et où on démarre les fraisiers pour la production locale et l'exportation. « Cela certifie que les plants sont sains et empêche l'introduction de maladies au champ, explique le vice-président Recherche et éducation à la California Strawberry Commission, Dan Legard. Des plants contaminés peuvent ruiner toute la production en introduisant des agents pathogènes. »

Et cela a une incidence qui va bien au-delà de la Californie. Une bonne partie des fraisiers cultivés au Québec proviennent de la côte ouest-américaine.

Chaque printemps, le producteur de fraises Louis Gosselin, de l'île d'Orléans, reçoit quelque 800 000 plants sortis tout droit du Golden State. C'est l'équivalent de la moitié de sa production annuelle à la ferme. Une exception qui permet aux producteurs comme Louis Gosselin d'avoir des plants de qualité, exempt de maladies et en quantité suffisante.

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