•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Prix du récit Radio-Canada 2016 : les textes préférés des lecteurs

Katia Belkhodja, Jean-François Caron, Madeleine Dahlem, Yolande Jimenez, Caroline le Gal et Blaise Ndala
Katia Belkhodja, Jean-François Caron, Madeleine Dahlem, Yolande Jimenez, Caroline le Gal et Blaise Ndala Photo: Twitter/Facebook/Lightline Photo/Valérie Vernhet/Mathieu Proulx/Alexandre Ziegler
Radio-Canada

Il ne reste que 20 récits en lice pour le Prix du récit Radio-Canada 2016. En attendant de connaître les cinq finalistes (le 14 septembre), voici qui, selon nos lecteurs, mérite le prix. Êtes-vous d'accord avec leurs choix?

Katia Belkhodja : Extraits d'une grande peine inconsolable, de Dany Chartrand

L'auteure Katia BelkhodjaL'auteure Katia Belkhodja Photo : Twitter

La perte amoureuse est un sujet excessivement commun, extrêmement difficile à transcender, mais cette écriture par fragments, par flashes, par à-coups, comme la peine arrive, est probablement la meilleure façon d'y arriver : la structure reflète la nature de la douleur qui refait violemment surface. La lucidité du ton, le mélange entre pragmatisme et poésie font de ce texte l'un des plus réussis du lot.

Katia Belkhodja

Jean-François Caron : La fille qui veut marcher sur la Lune, de Philippe Garon

L'auteur Jean-François CaronL'auteur Jean-François Caron Photo : Facebook

J'ai d'abord été bousculé par le rythme de ce texte. J'ai reçu toutes ces images comme une poignée de garnotte qui n'en finissait plus de me tomber dessus. Le rythme effréné de la narration scandée, hyper-ponctuée, était parfait pour l'exercice d'un court récit, agissant exactement comme la mémoire qui nous bombarde sans cesse d'images, d'émotions... Ce qui est particulièrement vrai pour celui qui aime celle qui ne l'aime pas de la même façon, on s'en souviendra. En tout cas, personnellement, je m'en souviens. Puis il y a ce passage, à la fois simple et puissant... "The Supremes dégoulinent du plafond. Non mais elles doivent-tu être tannées rien qu'un peu de chanter encore Stop! In the Name of Love juste pour combler les dernières petites fentes de silence qui restent dans l'Amérique?" Un superbe rappel que les émotions les plus banales sont celles que nous partageons sans doute avec le plus grand nombre.

Jean-François Caron

Madeleine Dahlem : À Choum, de Guillaume Campeau-Vallée

L'auteure Madeleine DahlemL'auteure Madeleine Dahlem Photo : Lightline Photo

Ce récit fut un coup de cœur dès la première lecture. L'auteur réussit, dans moins de 1500 mots, à décrire le désert la nuit, à révéler l'état d'âme du narrateur, à provoquer une réflexion sur la route entre "ici et là-bas" et "le bonheur inouï d'être exactement nulle part et de ne plus aller nulle part". Le récit est riche en descriptions précises qui engagent tous les sens, en langage imagé qui évoque le mystère de la vie. La qualité de la langue et le style me font penser à Saint-Exupéry dans Vol de nuit.

Madeleine Dahlem

Yolande Jimenez  : L'incendie, de Maria Normandin

L'auteure Yolande JimenezL'auteure Yolande Jimenez Photo : Valérie Vernhet

Ce récit narre un drame rural : l'incendie de tous les bâtiments d'une ferme familiale. Raconté du point de vue d'une des filles de la famille, le récit nous fait rapidement comprendre que l'incendie a été provoqué par le plus jeune frère, envers qui la narratrice nourrit un sentiment de jalousie. L'incendie s'attarde d'abord brièvement sur une description de l'ambiance à la ferme puis plonge dans le récit de la journée fatidique. Malgré l'utilisation du passé, le texte demeure dynamique et le lecteur est happé par l'événement. La chute ironique du texte démontre une maîtrise de la construction narrative.

Yolande Jimenez

Caroline Le Gal : La chasse à la biche, de Bianca Joubert

La libraire Caroline le GalLa libraire Caroline le Gal Photo : Mathieu Proulx

J'ai choisi ce texte, car j'ai aimé le ton de l'écriture et le sujet. Parler de voyage sans oublier les faits divers et les problèmes de politique et des meurtres non condamnés de ces femmes au Mexique m'a beaucoup touchée. L'écriture est forte et poignante, et la douleur est palpable. Ce texte mérite de se retrouver dans la liste finale, car il est original et d'actualité. De plus, on lit un récit et non une description empathique et lourde de ces meurtres.

Caroline Le Gal

Blaise Ndala : Grand-père et capitaine, de Yann Fortier

L'auteur Blaise NdalaL'auteur Blaise Ndala Photo : Alexander Ziegler

Drôle, truculent, osé. Parce que c'est un pur régal que ce chassé-croisé que nous sert l'auteur, au détour de ce bonhomme qui tente le tout pour le tout, en domptant même la peur du ridicule, pour satisfaire le caprice d'un aîné qui croit mordicus savoir ce qu'il veut. Et tant pis s'il s'agit d'exiger qu'on lui décroche la lune. À fleur de mots virevoltants et d'un souffle rafraîchissant, on y effleure l'amour et la tendresse du petit-fils à son grand-père certes, mais on y touche surtout une plume maîtrisée, diablement enchanteresse. J'ai été conquis.

Blaise Ndala

Katia Belkhodja est née en Algérie en 1986 et a immigré au Québec à l'âge de 9 ans. Elle enseigne la littérature au collégial et a publié deux romans aux éditions XYZ : La peau des doigts (2008) et La marchande de sable (2015).

Jean-François Caron est né à La Pocatière en 1978 et vit à Sainte-Béatrix. Il est détenteur d'une maîtrise en études et création littéraires de l'Université du Québec à Chicoutimi. Il a enseigné le français, a été rédacteur en chef de Voir Saguenay/Alma et de L'Unique, le journal de l'Union des écrivaines et écrivains québécois, et membre du comité de rédaction de Lettres québécoises. Aujourd'hui, il partage son temps entre l'écriture et son travail de conducteur de camions, qui lui permet de sillonner l'Amérique.

Madeleine Dahlem est une auteure fransaskoise qui écrit surtout des textes dramatiques. La Troupe du Jour, théâtre professionnel francophone de la Saskatchewan, a produit trois de ses textes : Foyer, Les vieux péteux et La maculée, ainsi que des courts textes dans ses tournées estivales. En 2015, Les Éditions de la Nouvelle Plume ont publié son premier roman, La voix de mon père/My Father's Voice. En ce moment, Madeleine développe un texte dramatique qui marie la musique à l'inexprimable : Cantate pour légumes. Elle est dans l'année finale d'un contrat triennal avec la FAF (Fédération des aînés fransaskois), qui lui a offert l'opportunité d'interviewer des aînés fransaskois afin d'écrire une pièce célébratoire qui sera jouée par les aînés des communautés fransaskoises.

À la fois Canadienne, Française et Espagnole, Yolande Jimenez n'aime pas les frontières, qu'elles soient étatiques ou artistiques. Née en France en 1968, elle a émigré à Sudbury, en Ontario, dans les années 1980, puis à Montréal dans les années 1990, avant de retourner s'installer dans le sud de la France en 2005. Yolande Jimenez s'intéresse à l'interdisciplinarité. Elle a publié deux recueils de poésie aux éditions Prise de parole, Au Sud de tes yeux (1994) et Cette ville où je déambule (2016). Elle a été finaliste du Prix de poésie Radio-Canada 2014 pour Exils cathodiques.

Installée au Québec depuis bientôt sept ans, Caroline Le Gal est libraire. Pendant six ans, elle a travaillé à la Librairie Monet à Montréal et travaille désormais à la Librairie de Verdun. Elle a été chroniqueuse littéraire pour l'émission La librairie francophone sur les ondes de Radio-Canada, et aussi membre du jury du Prix des libraires du Québec quatre ans et présidente du comité de sélection trois ans. Depuis trois ans, Caroline Le Gal coanime l'émission Lectures et châtiments sur les ondes de CIBL, en compagnie de Jeremy Laniel et Patrick Isabelle. Régulièrement, elle anime des tables rondes en librairie et au Salon du livre de Montréal.

Blaise Ndala est né en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Il a quitté son pays en 2003 pour poursuivre des études de droit international en Belgique avant d'émigrer au Canada en 2007. Son premier roman, J'irai danser sur la tombe de Senghor, publié en 2014 aux éditions L'Interligne, a remporté le Prix du livre d'Ottawa 2015, après avoir été finaliste au prix Trillium, au prix Christine Dimitriu-van-Saanen, au prix Le Droit et au prix Émergence – AAOF (Association des auteures et auteurs de l'Ontario français) la même année. Il est par ailleurs auteur de la nouvelle Silence, on crève! parue dans le collectif Dialogues de l'œil aux éditions Neige-galerie en 2015. Après avoir travaillé en Haïti comme représentant d'Avocats sans frontières Canada, Blaise Ndala vient de réintégrer la fonction publique fédérale à Ottawa.

Livres

Arts