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Le président gabonais réélu, l'opposition crie à la fraude

Le président gabonais Ali Bongo

Le président gabonais Ali Bongo

Photo : Thomas Mukoya / Reuters

Reuters
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des heurts ont éclaté mercredi à Libreville, où des manifestants ont mis le feu à l'Assemblée nationale après l'annonce de la réélection du président gabonais Ali Bongo.

Le chef de l'État a été réélu avec 49,80 % des voix et Jean Ping, son principal adversaire, en a recueilli 48,23 %, selon les résultats définitifs du scrutin de samedi, annoncés dans la journée par le ministre de l'Intérieur Pacome Moubelet Boubeya.

Les représentants de l'opposition au sein de la commission électorale ont contesté ce résultat et l'un d'eux, Paul Marie Gondjout, représentant de Jean Ping, a parlé d'une élection « volée ».

Jean Ping a d'ailleurs indiqué que son quartier général a été pris d'assaut par les forces de sécurité et que l'attaque avait fait deux morts et de nombreux blessés.

Mardi, l'ancien ministre des Affaires étrangères s'était dit assuré d'être élu et revendiquait près de 60 % des suffrages après dépouillement des bulletins de huit des neuf provinces du pays de 600 000 électeurs.

Jean Ping conteste la réélection d'Ali Bongo à la présidence gabonaise.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean Ping conteste la réélection d'Ali Bongo à la présidence gabonaise.

Photo : Noor Khamis / Reuters

La commission devait initialement proclamer les résultats officiels mardi soir, mais sa réunion à huis clos s'est prolongée jusqu'à mercredi après-midi.

À l'annonce des premiers chiffres officieux qui attribuaient la victoire à Ali Bongo, l'opposition avait déjà dénoncé une « mascarade ».

Le chef de l'État a quant à lui invité ses concitoyens à respecter le résultat du scrutin et les institutions.

« Cette victoire au score serré nous oblige. Tous! Elle oblige d'abord chacun au respect du verdict des urnes et de nos institutions. Ensuite, elle nous oblige aussi à prendre en compte toutes les aspirations de nos concitoyens. Je dis bien toutes! [...] Notre pays est en marche et cette marche doit se faire dans l'unité et la paix si chère au peuple gabonais », a-t-il dit dans un discours dont le texte a été distribué à la presse.

Peu après l'annonce de sa victoire, la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser une centaine de manifestants rassemblés dans un quartier de Libreville. D'autres ont pénétré dans l'enceinte du parlement en fin d'après-midi, selon des témoins.

La France et les États-Unis préoccupés  

« Les manifestants sont entrés par-derrière et ont mis le feu à l'Assemblée nationale [...] Un partie du bâtiment est en feu », a déclaré l'un d'eux, ajoutant que les pompiers étaient sur place.

Des manifestants ont mis le feu à l'Assemblée nationale après l'annonce de la réélection du président gabonais Ali Bongo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des manifestants ont mis le feu à l'Assemblée nationale après l'annonce de la réélection du président gabonais Ali Bongo.

Photo : Getty Images / Marco Longari

L'opposition a réclamé un nouveau décompte dans la province natale du chef de l'État sortant, le Haut-Ogooué, où le taux de participation a atteint 99,98 %, contre 59,46 % dans l'ensemble du pays, avait-il ajouté.

De son côté, l'Union européenne a demandé à la commission électorale de rendre publics les résultats détaillés de chaque bureau de vote et appelé tous les protagonistes à la retenue. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a aussi lancé un appel au calme et à la retenue.

Pour la France, « les conditions de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle au Gabon sont une source de préoccupation ».

C'est la crédibilité du scrutin, ainsi que la réputation internationale du Gabon qui sont en jeu [...] Aux côtés de ses partenaires africains et internationaux, la France sera.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault

Aux États-Unis, le département d'État se dit lui aussi profondément préoccupé. « Nous prenons note des résultats annoncés par la Commission électorale et exhortons toutes les parties à mesurer leurs propos et à inviter leurs partisans à la retenue », écrit son porte-parole John Kirby dans un communiqué.

Le parti de Jean Ping avait déclaré mardi que son candidat était en tête du scrutin avec 59 % des voix contre 38 % à Ali Bongo alors qu'il ne manquait plus que les résultats d'une province sur neuf, celle du Haut-Ogooué. Cette annonce avait aussitôt été qualifiée de « tentative de déstabilisation » par le pouvoir.

« Le peuple n'acceptera pas ce résultat » 

« Nous n'avons pas confiance dans ce processus. Nous n'avons jamais eu confiance », a commenté mercredi le porte-parole de Jean Ping, Jean Gaspard Ntoutoume-Ayi, interrogé au téléphone par Reuters avant que les résultats définitifs ne soient connus.

« Le peuple gabonais n'acceptera pas ces résultats », a-t-il prédit.

Face aux appels répétés de Jean Ping à Ali Bongo pour qu'il reconnaisse sa défaite, le camp du président s'était dit ces derniers jours confiant quant à l'issue du scrutin.

Le gouvernement avait parallèlement rappelé à de multiples reprises que diffuser d'autres décomptes que celui de la commission électorale était « illégal ».

Les autorités de Libreville ont aussi dénoncé une « ingérence étrangère », après que, en France, le Parti socialiste et deux avocats eurent déclaré Jean Ping, ancien président de l'Assemblée générale des Nations unies et de la commission de l'Union africaine (UA), vainqueur du scrutin.

Ali Bongo a été élu en 2009 après la mort de son père, Omar Bongo, lequel avait dirigé le pays pendant 42 ans.

Le système électoral gabonais veut que celui qui remporte le plus de voix à la présidentielle soit élu. En 2009, Ali Bongo l'a été avec 41,73 % des suffrages.

Lundi, la mission d'observateurs de l'Union européenne a pointé un « manque de transparence » des institutions chargées d'organiser le scrutin et a déclaré qu'Ali Bongo avait bénéficié d'une préférence dans l'accès aux ressources financières et aux médias.

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