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Un implant pour améliorer la mémoire

Photo: iStockphoto
Martin Lessard

Une jeune entreprise, Kernel, a annoncé en début de semaine qu'elle se lançait dans la fabrication d'implants de mémoire. La technologie se base sur des microélectrodes placées à la base du cerveau pour stimuler certains neurones de la mémoire à long terme.

Placé près de l'hippocampe, qui joue un rôle important dans la mémoire, cet implant simulera les influx électriques pour indiquer aux neurones quelles informations encoder à long terme.

Cette technologie aidera principalement les patients atteints de déficience cognitive due à la maladie d'Alzheimer et d'autres maladies dégénératives.

La technologie de Kernel découle directement des recherches du professeur Ted Berger, du Centre pour l'ingénierie neuronale de l'Université de la Californie du Sud, qui a entrepris depuis plusieurs années des tests sur des rats et des primates.

Le temps est arrivé. Nous testons actuellement sur des humains et les résultats initiaux sont positifs. Nous procédons maintenant avec la commercialisation de prothèses.

Ted Berger, chercheur, interviewé dans l'IEEE Spectrum

Mémoire assistée par ordinateur

Une prothèse implantée dans le cerveau enregistre les signaux reçus, et un microprocesseur calcule ensuite la façon de stimuler les bons neurones pour que la nouvelle information soit conservée adéquatement en mémoire.

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un ajout d'espace mémoire, mais bien d'un implant qui décode ce qui est dans la mémoire organique et la replace de façon plus adéquate.

Le développement des neurosciences dans les dernières années a fait des bonds gigantesques grâce à la miniaturisation et l'augmentation en puissance des puces informatiques.

Pour les gens atteints de maladie dégénérative cognitive, c'est une très bonne nouvelle.

À gauche, le cerveau d'une personne de 70 ans atteinte de l'alzheimer. À droite, le cerveau d'une personne de 70 ans qui ne présente aucune trace de la maladie.À gauche, le cerveau d'une personne de 70 ans atteinte de l'alzheimer. À droite, le cerveau d'une personne de 70 ans qui ne présente aucune trace de la maladie. Photo : Université de Washington

Reste bien évidemment à la jeune entreprise Kernel à concrétiser cette promesse. Si les tests en cours continuent à rester concluants, l'implant serait prêt pour sa commercialisation dans la prochaine décennie.

Dans un cerveau près de chez vous

La technologie médicale nous a progressivement habitués à l'arrivée des cyborgs. Elle a rendu progressivement banale la « réparation de l'humain » par des ajouts de pièce de machine.

Cette banalisation passe d'autant mieux que ces « réparations » se font par petites touches. Bras mécaniques pour l'un, cœur artificiel pour l'autre.

Mais ici, nous sommes loin de Robocop, véritable fusion humain-machine, plus un fantasme de science-fiction qu'une réalité. Un cyborg aujourd'hui n'utilise la machine que comme palliatif à une défaillance mécanique du corps.

Mais ce que propose Kernel ne touche pas notre enveloppe corporelle. Sa prothèse augmente ce qui fait en grande partie notre identité : la mémoire.

Le cerveau humain recèle encore bien des secrets.Le cerveau humain recèle encore bien des secrets. Photo : Radio-Canada

Dans cette optique, la commercialisation attendue de la prothèse serait le premier pas symbolique vers la véritable fusion avec la machine. En effet, la mémoire à long terme du patient serait coconstruite avec son aide. Si l'identité d'une personne passe par sa mémoire, alors elle est tributaire de cet implant. Ce n'est plus une banale prothèse.

Ce à quoi il faut s'attendre, c'est que « l'humain réparé » soit le prélude à « l'humain augmenté ».

Dans le livre Humain, sur la mutation que les technologies nous font subir, les auteurs Monique Atlan et Roger Pol-Droit appellent la « grande tentation » cette aspiration à vouloir transcender notre condition.

Une certaine figure de l'individu humain, qui a émergé à la Renaissance, est en voie d'extinction.

Philippe Descola, p. 451, dans le livre Humain, de Monique Atlan et Roger Pol-Droit
Le livre Humain, publié chez Flammarion, en 2012Le livre Humain, publié chez Flammarion, en 2012 Photo : Triplex

Pour l'instant, la promesse de Kernel n'est pas d'augmenter l'humain, mais bien de le maintenir dans son état (c'est-à-dire de conserver les nouveaux apprentissages malgré la maladie dégénérative).

Par contre, les avancées de la science, axées pour soigner les humains, sont souvent utilisées par la suite pour augmenter les humains.

Les Jeux olympiques en cours à Rio sont une occasion pour se rappeller les enjeux des drogues sportives. La chirurgie esthétique, aussi, est un autre cas bien connu. D'abord utilisée pour réparer le corps de grands blessés de guerre, la chirurgie esthétique sert à « améliorer » le corps.

Or, d'un implant pour pallier l'alzheimer à un implant pour améliorer une mémoire saine, il n'y a qu'un pas.

Aussi spéculatif que cela puisse être, je ne crois pas être le seul à me laisser tenter, si un tel implant peut exister un jour, de simplement me doter d'une meilleure mémoire grâce à la technologie.

Que ce soit au travail (se rappeler exactement des conclusions de la page 37 du rapport XYZ) ou au quotidien (se rappeler où on a mis ses clés), une meilleure mémoire est assurément un atout concurrentiel.

Juste à voir la lueur dans nos yeux à entendre ces promesses, cela donne une indication du potentiel commercial d'un tel implant cérébral s'il sort du domaine strictement médical.

Techno