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Québec n'entend pas interdire le burkini

Une jeune femme porte le burkini sur la plage North Cronulla, à Sydney, en 2007.

Une jeune femme porte le burkini sur la plage North Cronulla, à Sydney, en 2007.

Photo : Reuters/Tim Wimborne

La Presse canadienne
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que certaines municipalités en France ont très récemment interdit le port du burkini par des femmes de confession musulmane sur les plages, la ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, croit que les femmes ont le droit de s'habiller comme bon leur semble.

Même celles qui s'habillent de façon « un peu plus choquante », a-t-elle ajouté lorsqu'elle a été interrogée, mercredi, sur cette question du burkini durant un point de presse tenu sur un autre sujet.

Les gens ont le droit à leurs croyances et peuvent s'habiller comme ils le veulent, a commenté la ministre, qui a déposé le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État.

La mesure législative, qui n'est pas encore adoptée, vise notamment à encadrer les demandes d'accommodements religieux dans certains organismes.

Une femme a le droit de se vêtir comme elle le souhaite. Les femmes qui sont vêtues de façon un peu plus choquante aussi par moments.

La ministre de la Justice Stéphanie Vallée

Mme Vallée ne croit pas que le burkini, contraction de burqa et de bikini, soit très fréquent au Québec. Il s'agit d'un type de maillot de bain intégral, ressemblant à une tenue d'exercice couvrant les jambes, les bras, le torse et la poitrine, assortie d'un voile.

« C'est un débat qui est de l'autre côté de l'océan. On va le laisser de l'autre côté de l'océan », a-t-elle ajouté.

Ne pas stigmatiser les musulmanes

Le gouvernement libéral semble ainsi plutôt prudent et tolérant face à cette question actuellement débattue en France. La ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, a qualifié la question « d'absolument délicate » et a précisé ne pas vouloir s'immiscer dans les décisions prises par les Français.

Elle est d'avis que le Québec a une certaine tolérance, mais que la province est aussi régie par la Charte québécoise et la Charte canadienne des droits et libertés. Ces deux chartes protègent la liberté de religion et la liberté d'expression.

« Dans l'espace public, c'est très difficile d'interdire », a-t-elle dit dans une mêlée de presse. Mme Saint-Pierre ne veut pas que ces femmes musulmanes soient stigmatisées ou restent enfermées chez elles si leur tenue de baignade est interdite.

On veut les aider à s'épanouir comme femmes et c'est la raison pour laquelle on travaille avec elles.

La ministre Christine St-Pierre

Les partis d'opposition réagissent 

Interrogée sur le sujet, la députée de la Coalition avenir Québec (CAQ) Nathalie Roy s'est quant à elle dite en faveur de l'interdiction du burkini.

C'est un symbole qui est très grave. Ce qu'on veut faire, c'est cacher le corps de la femme. Accepter le burkini, c'est admettre que le corps de la femme, c'est objet de tentation, et qu'on doit absolument le faire disparaître. 

La députée de la CAQ Nathalie Roy

Selon elle, si le débat se transportait au Québec, des juristes devraient se pencher sur cette question pour déterminer ce qu'il est possible de faire en tout respect des chartes. « On vit dans une société de droits, les gens ont des droits et des libertés et c'est bien qu'il en soit ainsi », a-t-elle insisté.

Mme Roy a toutefois tenu à souligner qu'elle avait donné son opinion seulement parce que les journalistes lui ont posé la question. « Il n'y en a pas au Québec. C'est très hypothétique (...) Ce ne sera pas dans notre programme demain matin », a-t-elle indiqué.

« On est bien loin de là au Québec, cependant ce n'est pas anodin », a-t-elle ajouté.

Le Parti québécois s'est lui aussi dit « mal à l'aise » face à l'imposition d'un tel vêtement aux femmes, mais il a reconnu qu'il « ne serait pas réaliste de pouvoir appliquer une telle interdiction. »

« Ceci dit, ce genre de polémique entourant le burkini illustre encore une fois l'incapacité du gouvernement libéral à poser des actions claires pour la promotion de la laïcité, afin que tous sachent à quoi s'en tenir », a remarqué la députée péquiste Agnès Maltais dans une déclaration envoyée par courriel.

La députée de Québec solidaire Manon Massé s'est questionnée sur les intentions de la CAQ, évoquant la possibilité que le parti veuille « se faire du capital politique sur une question sensible. »

Je ne vois pas d'un bon œil qu'un gouvernement impose aux femmes, peu importe leur religion, comment elles devraient s'habiller à la plage. Si le gouvernement interdit le burkini, va-t-il interdire le wetsuit pour les surfeuses et les plongeuses? 

La députée de Québec solidaire Manon Massé

« J'invite la classe politique québécoise à ne pas jouer dans ce film. Sur cette question précise, n'essayons pas d'imiter la France qui n'est certainement pas un modèle », a-t-elle conclu.

Le débat sur les accommodements raisonnables a fait rage au Québec il y a quelques années et a mené à la mise sur pied de la Commission Bouchard-Taylor en 2007, qui a rendu son rapport en mai 2008.

Le projet de loi 62, intitulé Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État, se veut la réponse du gouvernement libéral au rapport Bouchard-Taylor.

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