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Non, Pokémon Go n’a rien inventé

Felix Prégent et Alexia Bhéreur Lagounaris à la chasse aux Pokémon.

Felix Prégent et Alexia Bhéreur Lagounaris à la chasse aux Pokémon.

Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Ce jeu si populaire ne fait pas que causer des inconvénients. Pokémon Go c'est aussi un formidable outil de marketing qui se conjugue avec l'esprit de communauté et l'exploration des lieux. Décryptage en cinq questions.

Un texte de Marie-Laure JosselinTwitterCourriel à Désautels le dimanche

1. Est-ce le premier jeu de réalité augmentée?

Non. En fait, la chasse au trésor avec téléphone intelligent existe depuis 2012. Les joueurs d'Ingress, au lieu de capturer Ratata, Chenipan, Soporifik ou Pikatchu, devaient contrôler des portails situés dans des parcs.

Les yeux rivés sur leur téléphone, marchant à la recherche d'un endroit, se reconnaissant en un clin d'œil, ces joueurs en quête d'énigmes et d'adversaires étaient donc déjà dans la réalité augmentée.

Yann Rousselot-Pailley, un des premiers joueurs d'Ingress à Montréal, explique que ce jeu est un peu comme Pokémon. « Je me souviens de soirées épiques, où on est allés jusqu'à Sutton pendant que d'autres allaient à Rawdon, d'autres à Val-d'Or. C'était extraordinaire, un jeu fantastique! »

Yann Rousselot-Pailley, directeur de 2 PS, plateforme mettant en relation des entreprises et des consultants,  et Louise Guay, directrice du Living Lab de Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Yann Rousselot-Pailley, directeur de 2 PS, plateforme mettant en relation des entreprises et des consultants, et Louise Guay, directrice du Living Lab de Montréal.

Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

La réalité augmentée, précise Louise Guay, entrepreneuse en série et directrice du Living Lab de Montréal, « est la superposition d'écrans sur la réalité ».

C'est intéressant, car la ville devient un terrain de jeu.

Louise Guay, de Living Lab

En fait, Pokémon Go n'est que le fruit d'un long cheminement. Pour faire court, John Hanke a fondé Niantic, l'entreprise derrière Pokémon Go. Niantic était à l'origine une filiale de Google, et John Hanke a créé Keyhole, qui a servi de base à Google Earth. C'est lui qui a pris la tête de Google Maps et Street View. Il a sorti Field Trip, une application guide touristique, mais aussi le jeu Ingress.

Chaque fois, l'expérience de la plateforme a servi à la suivante. Et en utilisant l'univers des Pokémon, avec ses jeux, ses séries télé et ses films, le succès était quasi assuré.


2. Qui choisit les emplacements des PokéStop?

Là encore, il faut retourner à Ingress et à ses joueurs. Ils ont créé la grande majorité des PokéStop, ces endroits qui apparaissent sur l'écran comme des points bleus avec une photo à l'intérieur, mais qui, en réalité, sont une statue, une église, un magasin. Yann Rousselot-Pailley en a créé une centaine à Montréal.

Il fallait un point d'intérêt, comme une fresque, un monument, quelque chose que les joueurs pouvaient reconnaître facilement. On soumettait, Niantic en acceptait certains et en refusait d'autres.

Yann Rousselot-Pailley

Ce système contribue notamment aux facteurs d'inégalités géographiques. Il est plus facile de jouer à Pokémon Go dans une grande ville qu'à la campagne.


3. Que fait-on de mes données?

Quand vous marchez à la recherche de votre PokéStop ou d'une arène pour combattre entre joueurs avec vos créatures, vous envoyez de précieuses données sur la localisation des obstacles, les chemins les plus courts, les dangers.

« Les informations fournies par les joueurs qui se déplaçaient dans Ingress ont permis d'enrichir Google Maps sur les trajets d'itinéraires à pied. Et si on se rappelle, l'itinéraire à pied sur Google, il y a quatre ans, n'existait pas vraiment », explique Yann Rousselot-Pailley.

Les joueurs paient Niantic pour avoir un vaporisateur qui attire les Pokémon, pour avoir un incubateur afin de faire éclore des œufs de Pokémon rapidement, mais ces données pourraient aussi bien être valorisables et monnayables. Cela n'inquiète pas Yann : « Ce n'est pas plus mal; j'aime bien l'idée que Google puisse me dire comment je peux me rendre d'un endroit à l'autre ».

Cliquez ici pour écouter le reportage de Marie-Laure Josselin, diffusé le 31 juillet à l'émission Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.


4. Est-ce un bon coup de marketing?

Les PokéStop sont une mine d'or. Au Japon, McDonald's jouit d'arènes commanditées dans tout l'archipel, des partenariats commerciaux qui pourraient devenir légion.

Ceux qui ont déjà des PokéStop, sans les avoir réclamés ni payés, se frottent aussi les mains. Musées, centre d'arts, office de tourisme ont déjà compris son potentiel.

Le propriétaire de Maeva Surf, Jean-François Desrochers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le propriétaire de Maeva Surf, Jean-François Desrochers.

Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

Tourisme Laval a tout de suite proposé aux endroits d'intérêts de surfer sur la vague. Le propriétaire de Maeva Surf, Jean-François Desrochers, a vite compris l'attrait que pouvait apporter à l'entreprise ce nouveau jeu de réalité augmentée.

Maeva Surf a son PokéStop. Jean-François Desrochers paie aussi pour mettre des leurres, qui se visualisent par des pétales de fleurs qui tombent autour de son PokéStop, sur un téléphone. Le coût, environ 1 $ pour 30 minutes d'effets. Les leurres attirent les Pokémon, et qui attire ces créatures attire les clients.

Un Pokémon se trouvait sur la vague, il l'a pris en photo et mis sur les réseaux sociaux. Quelques minutes après l'avoir fait, Roxane et Simon se sont approchés de l'entreprise pour capturer des Pokémon. Le couple allait au restaurant, mais il a fait le détour.

En 15 minutes, quatre personnes ont fait le détour pour passer devant son magasin, alors que c'était une heure où il y a peu de monde dans le coin.

C'est un moyen pour les attirer vers mon commerce. S'ils prennent une photo et la mettent sur les réseaux sociaux, le nom va circuler, et c'est gagné.

Jean-François Desrochers, propriétaire de Maeva Surf

« À moi aussi de faire un effort pour présenter mon entreprise », ajoute le commerçant, tout en tendant un prospectus de son magasin. « Moins cher que la publicité traditionnelle, peu d'efforts, cela vaut amplement le dollar dépensé, précise-t-il. Des églises aussi en profitent pour attirer, qui sait, de futurs fidèles. Aux États-Unis, ces leurres ont malheureusement permis de commettre des vols.


5. Pokémon a-t-il vraiment un impact social?

Mardi soir, au coin d'une ruelle du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, Félix Prégent me montre comment on combat dans une arène. Il fait partie de l'équipe des bleus, mais il vient de perdre l'arène. Les rouges ayant triomphé. Il a besoin d'aide.

Pendant qu'il explique cela, Rose-Marie Paradis, 27 ans, arrive à vélo, se gare au milieu du trottoir et dégaine son téléphone. Elle est dans la même équipe que Félix. Aussitôt la conversation s'amorce. Rose-Marie est une joueuse. Mais Pokémon Go lui permet de faire plus de vélo (il faut marcher ou rouler à moins de 20 km/h pour jouer de manière optimale).

Felix Prégent, Alexia Bhéreur Lagounaris et Rose-Marie Paradis, à la chasse au Pokémon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Felix Prégent, Alexia Bhéreur Lagounaris et Rose-Marie Paradis, à la chasse au Pokémon.

Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

Surtout, pour cette fille qui souffre d'anxiété sociale, Pokémon Go lui donne une excuse pour aller « placoter avec d'autres joueurs ». Le jeu tisse des liens, et plusieurs forums se sont créés. « L'autre soir, on était avec des amis et, au lieu d'aller boire une bière, on est allés se promener pour attraper des Pokémon », constate Rose-Marie Paradis.

Même constat pour Josiane Stratis. Contrairement aux autres jeux, Pokémon Go lui permet de sortir de chez elle, de découvrir aussi des petits coins de son quartier, et même d'aller encore plus loin. Une marche, un quartier, une sculpture... Redécouvrir sa ville en marchant, grâce à un jeu. Pokémon Go est un exemple aussi de ludification.

Pokémon Go force Josiane Stratis à découvrir sa ville. Elle paye pour progresser dans le jeu, mais s’est donné une limite : 60 $.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pokémon Go force Josiane Stratis à découvrir sa ville. Elle paye pour progresser dans le jeu, mais s’est donné une limite : 60 $.

Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

Pokémon Go, c'est donc plus qu'on le pense. On pourrait imaginer utiliser des jeux comme celui-ci pour éviter les embouteillages en ville, en utilisant des trajets alternatifs en échange de récompenses. Les musées pourraient aussi l'utiliser. Le réflexe est créé; la réalité et le virtuel ensemble.

Felix Prégent et Alexia Bhéreur Lagounaris viennent de découvrir ce PokéStop, une fresque de Léo Bureau-Blouin, à quelques rues de chez Alexia.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Felix Prégent et Alexia Bhéreur Lagounaris viennent de découvrir ce PokéStop, une fresque de Léo Bureau-Blouin, à quelques rues de chez Alexia.

Photo : Radio-Canada/Marie-Laure Josselin

Et si vous n'avez pas envie d'avoir le nez collé à l'écran, voici un bon conseil de Félix Prégent : allez dans vos paramètres, option économiseur de batterie, et mettez votre téléphone à l'envers. Si un Mimitoss apparaît ou un PokéStop, votre téléphone vibrera. Le reste du temps, il peut rester dans votre poche.

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