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Jusqu'où ira Facebook?

Photo : Facebook News / Internet.org / Jay Parikh

Martin Lessard

Facebook détiendra bientôt le profil social du quart de l'humanité, environ. Son succès futur tient de plus en plus à la vidéo, mais peut-être de moins en moins à la vie privée.

Facebook a dépassé 1,7 milliard d'usagers. Avec ses revenus de plus de 6 milliards de dollars américains au dernier trimestre, et son cours de l'action qui a bondi de plus de 25 % en un an, il semble que la plateforme sociale continue à avoir le vent dans les voiles.

 Facebook est le chouchou de la bourse et aussi des 60 millions de nouveaux utilisateurs. Qu'est-ce qui peut l'arrêter?

Le rêve d'un réseau qui nous unit tous

25 ans après l'arrivée du Web, à peine 12 après sa fondation, Facebook réussit à mettre en place l'utopie du réseau unificateur qu'était Internet à ses débuts il y a plus de 40 ans.

Internet connectait le monde comme les routes terrestres, maritimes et aériennes relient divers endroits de la planète.

Mais l'accès en libre-service aux informations du monde entier ne fait pas le fondement d'une humanité numérique. Si le courriel permet d'écrire à toute la planète, la plupart du temps, les gens écrivent surtout à leur voisin ou leur famille.

C'est avec l'arrivée de Frienster, MySpace ou Facebook entre 2000 et 2005 qu'Internet, comme façon de relier le monde, a trouvé un réel écho auprès de la population

Il faut se faire à l'idée, Internet, pour beaucoup de gens, n'a pas commencé avec l'introduction du TCP/IP (1983) ni même celle du Web (1989). L'histoire retiendra probablement que c'est avec l'arrivée de Facebook (2004) que se produit véritablement le tournant majeur dans l'adoption d'Internet par la population.

Le second écran avalera-t-il le premier écran?

Aujourd'hui, l'avenir de Facebook, après son passage réussi au mobile, semble se déplacer du côté de la vidéo, que son fondateur, Mark Zuckerberg, veut placer « au cœur de tous ses services ».

Ce qu'on nomme second écran est cet appareil connecté sur les réseaux sociaux pendant l'écoute d'émission à la télévision (le premier écran) et servant à partager les commentaires en direct.

Et si au lieu de jouer les seconds violons, Facebook utilisait la force de son réseautage pour capter encore davantage l'attention de ses usagers pour diffuser ses propres contenus audiovisuels?

Peut-on penser que Facebook, comme le fait Netflix, favorisera bientôt du contenu professionnel original sur sa plateforme? Si oui, il risque d'avaler le premier écran comme il le fait en ce moment avec « Instant Articles » pour les journaux d'importance, en hébergeant directement leurs contenus.

La vie privée a-t-elle toujours l'avenir pour Facebook?

L'effet réseau joue à plein pour Facebook. Plus il y a d'utilisateurs sur la plateforme, plus la plateforme a de la valeur pour ses utilisateurs.

Dans ce contexte, il n'y a pas de limites au succès de Facebook et aucune plateforme identique ne pourra le supplanter.

Si menace il y a, elle viendra d'ailleurs. De Snapchat par exemple.

Icône de l'application Snapchat, très populaire chez les 13-17 ans qui représentent la moitié de ses utilisateurs.

Icône de l'application Snapchat, très populaire chez les 13-17 ans qui représentent la moitié de ses utilisateurs.

Photo : Lionel Bonaventure/AFP/Getty Images

Snapchat, ce petit réseau qui a refusé les avances de Facebook (une offre de 3 milliards de dollars américains en 2013), grandit maintenant à vue d'œil et a déjà déclassé Twitter en perte de vitesse.

La menace de Snapchat pour Facebook tient au fait que cette plateforme se positionne à l'opposé des principes de Zuckerberg, qui croit à la transparence totale et la « fin de la vie privée ».

Snapchat promet la discrétion totale en effaçant tout après 24 heures, alors que Facebook se vante de tout conserver (et ne se prive pas régulièrement de vous repasser un palmarès de vos publications passées).

Si la jeune génération qui grandit avec Snapchat n'adopte pas Facebook autant que leurs parents, sous prétexte qu'elle ne veut pas laisser de trace, alors Facebook atteindra éventuellement un plateau.

Il est fort probable que Facebook restera un service utile pour encore longtemps, comme l'est encore Twitter qui, pourtant, stagne à environ 300 millions d'usagers.

De la même façon que la jeune génération possède un courriel, mais ne s'en sert pas beaucoup, Facebook pourrait se voir cantonné à une fonction de place publique au passage obligatoire mais sans plus... et où l'on doit faire attention à ce qu'on y partage.

Dans un tel contexte, l'espace privé serait alors la chasse gardée de Snapchat. Pour Facebook, c'était pourtant à l'origine au coeur de tout son système. Si Facebook a une limite, elle sera peut-être là.

Malgré ce risque à l'horizon, Facebook semble être bien capable de s'en accommoder. La courbe d'acquisition de nouveaux usagers ne semble pas montrer de signes de ralentissement. Les vidéos semblent rapporter gros. Les revenus sont au rendez-vous. Facebook semble être prêt à avaler le monde.

Techno