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Vieillir en communauté, ça vous dit?

Les résidents de Harbourside pendent la crémaillère en mars 2016.
Les résidents de Harbourside pendent la crémaillère en mars 2016. Photo: Radio-Canada/Marie-France Abastado
Radio-Canada

Ils ont promis de s'entraider et de vieillir ensemble dans un tout nouveau complexe pour personnes âgées à Sooke, en Colombie-Britannique. Incursion à la résidence Harbourside.

Un texte de Marie-France Abastado Courriel à Désautels le dimanche

Dans la salle à manger d'un grand chalet de bois, une quarantaine de personnes aux têtes plus ou moins blanches célèbrent en mars 2016 le début de leur nouvelle vie.

Un peu plus tôt, au cours d'une cérémonie privée, les copropriétaires de Harbourside ont fait le serment de s'apporter soutien mutuel, de vieillir côte à côte, mais chacun chez soi.

La vue depuis les appartements.La vue depuis les appartements. Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Par les fenêtres du chalet, un paysage idyllique : la mer, les montagnes vertes, puis au loin, les pics enneigés des Rocheuses.

Les résidents de Harbourside ont emménagé dans leur nouvelle propriété en février 2016, cinq ans après avoir parlé pour la première fois de mettre sur pied un cohabitat.

Ça nous a pris un an pour trouver nos repères, pour développer notre vision, pour savoir comment choisir le terrain. On aurait peut-être pu faire les choses plus rapidement, mais ça nous a pris cinq ans, du rêve à la réalité.

Margaret Critchlow, cofondatrice de Harbourside Cohousing
Le Harbourside Cohousing, à Sooke, en Colombie-Britannique.Harbourside Cohousing Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, le rêve a pris la forme de 31 appartements et d'une maison commune de 4000 pieds carrés.

L'aire commune comprend deux chambres d'invités, une bibliothèque, une grande salle à manger et une cuisine « très bien équipée », à l'étage supérieur.

« L'étage inférieur, nous l'avons transformé en salle de jeu, et ça sera un pub le vendredi soir. Il y a aussi une suite qui servira aux soignants si jamais quelqu'un a besoin de soins ou encore qui pourrait accueillir la famille si l'un de nous se relève d'une chirurgie ou s'il est mourant », explique Margaret Critchlow.

Prendre soin les uns des autres

Il y a environ une quinzaine de cohabitats au Canada, la plupart en Colombie-Britannique. Chacun d'entre eux est constitué de plusieurs logements autosuffisants et d'espaces communs. Les membres participent à la conception des lieux dès les premières étapes.

Ces communautés sont parfois intergénérationnelles, mais plus souvent composées de personnes vieillissantes. Toutes sont tournées vers le développement durable, et plusieurs ont des jardins communautaires. La valeur cardinale de ces microsociétés est l'entraide.

Margaret Critchlow, cofondatrice de Harbourside Cohousing et professeure d'anthropologie à la retraite, explique que tous les résidents du cohabitat ont dû suivre le cours « Bien vieillir en communauté ».

On se préoccupe de savoir ce qu'on peut faire de plus pour aider nos membres à rester ici au fur et à mesure de leur vieillissement.

Margaret Critchlow

Pour ce faire, la communauté de Harbourside a développé un programme de soutien mutuel volontaire entre voisins. « C'est un domaine nouveau. Aucun cohabitat n'a de politique claire en ce sens. Il y en a une en Virginie qui est pionnière en la matière, mais ici au Canada, nous sommes les premiers. C'est donc une expérimentation sociale intéressante », explique Margaret Critchlow.

Une idée qui fait des petits au Québec

Margaret Critchlow passe beaucoup de temps à faire visiter Harbourside à des personnes souhaitant démarrer chez elles un projet semblable.

Un groupe de Saanich, une petite ville au nord de Victoria, visite la maison commune, en compagnie de Margaret Critchlow (4e à partir de la gauche) et Natalie Abran (complètement à droite).Un groupe de Saanich, une petite ville au nord de Victoria, visite la maison commune, en compagnie de Margaret Critchlow (4e à partir de la gauche) et Natalie Abran (complètement à droite). Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Natalie Abran est venue du Québec pour chercher l'inspiration et aussi apprendre de l'expérience des membres de Harbourside. Elle est cofondatrice de Cohabitat50+, un projet sur la Rive-Sud qui en est à ses premiers pas. Elle s'intéresse en particulier à ce qui concerne la prise de décision et le mode de gouvernance.

Natalie Abran, de Cohabitat50+ (au centre).Natalie Abran, de Cohabitat50+ (au centre). Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Les gens qui s'intéressent au cohabitat sont très préoccupés par la manière dont les décisions sont prises, parce qu'ils ont eu de mauvaises expériences en condominium, ou ils ont fait partie de groupes et ça s'est mal passé.

Natalie Abran, cofondatrice de Cohabitat50+

La prise de décision par consensus

Il y a beaucoup de décisions à prendre tout au long du processus, en commençant par l'achat du terrain, la construction des habitations et des espaces communs et enfin sur toutes les règles de cohabitation.

Bien des communautés choisissent la prise de décision par consensus. Mais il ne s'agit pas ici d'unanimité. Les objections de certains membres servent à bonifier une proposition de départ, et il faut se rendre au point où tous, même ceux qui n'étaient pas d'accord au début, approuvent la décision ou à tout le moins, peuvent vivre avec.

Margaret Critchlow admet que le processus peut parfois être laborieux. Elle explique que la plupart des cohabitats qui fonctionnent par consensus peuvent aussi avoir recours au vote à la supermajorité de 75 %. « Ça rassure ceux qui ont eu de mauvaises expériences en condominium. Ils savent qu'en cas d'urgence ou de décisions qui impliquent des coûts importants, une décision sera prise. »

Une des difficultés avec le consensus, lorsque c'est mal utilisé, c'est qu'il y a toujours quelqu'un qui a une objection et les décisions ne se prennent jamais. Alors, il y a toujours cette possibilité de vote à la supermajorité dans notre boîte à outils, et on s'en est parfois servis.

Margaret Critchlow, cofondatrice de Harbourside

Rester chez soi le plus longtemps possible

Arleen et Bob StampArleen et Bob Stamp Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Arleen et de Bob Stamp, 77 et 79 ans, possèdent un appartement à Harbourside. « Oui, nous avons une vue magnifique, et 867 pieds carrés sont amplement suffisants », disent-ils. « Nous avons de la chance! », ajoute Arleen.

L'appartement d'Arleen et Bob Stamp.L'appartement d'Arleen et Bob Stamp. Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

« Une des membres a dit à sa mère, qui vit aussi ici, qu'elle n'irait jamais en institution, et je me suis dit : "Quel immense engagement!" Mais c'est ce qui sous-tend tout le concept ici », explique Arleen.

Le point jusqu'où on pourra se rendre reste encore à déterminer, mais c'est ce que nous tenterons. Bien sûr, il y a toujours un moment où ça n'est plus possible d'éviter l'institution, mais jusqu'à preuve du contraire, c'est notre objectif.

Arleen Stamp

Se résoudre à quitter sa maison

Alice Maclean dans son appartement encore vide.Alice Maclean dans son appartement encore vide. Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

L'appartement d'Alice Maclean est encore vide, car elle n'y emménagera que dans un mois. À bientôt 82 ans, elle a dû se résoudre à quitter sa grande maison au fond d'un bois. Mais pas question pour elle de s'en aller en résidence pour personnes âgées.

Quand Natalie Abran de Cohabitat50+ lui demande pourquoi elle n'a pas choisi une résidence, Alice répond, lapidaire : « Ça ne m'intéresse pas! Je suis encore active ». Mais elle ajoute qu'il « faut être réaliste et admettre que c'est parfois inévitable ».

Le cohabitat à 60 ans?

À 70 ou 80 ans, on peut comprendre qu'on soit prêt à vivre entouré de personnes âgées, mais au début de la soixantaine comme Kitty Elton? La question se pose.

Kitty soutient qu'il ne faut pas attendre trop longtemps avant de prendre une telle décision. « Il vient un moment où c'est trop tard, on ne peut plus faire la transition, et pour moi c'était important de faire ces changements pendant que j'avais la force de faire ce boulot. »

Et comme bien d'autres résidents de Harbourside, Kitty Elton ne veut pas être un poids pour ses enfants. Ses deux fils vivent loin.

Je ne peux pas compter sur eux. Ils me donnent du soutien moral, mais de loin. Je ne veux pas être un fardeau pour mes enfants. Je préférerais qu'ils viennent pour le plaisir, pas pour m'aider.

Kitty Elton

Et puis non, ajoute Kitty, il ne faut pas forcément avoir l'esprit grégaire pour embarquer dans une aventure comme le cohabitat. Les amoureux de la solitude y trouvent aussi leur compte, comme elle l'explique dans l'extrait audio ci-dessous.

Si on veut faire quelque chose ensemble, soit manger ensemble, faire une promenade dans les bois, ou faire quelque chose en bateau, il y a beaucoup de monde pour faire ça. Mais la plupart, presque la majorité, aiment avoir la vie privée, même la solitude.

Kitty Elton

Comme Kitty, Natalie Abran croit aussi qu'il faut penser à sa vieillesse et à ce qu'on veut en faire pendant qu'on est encore jeune. Et pour son projet Cohabitat50+/Rive-Sud de Montréal, elle espère bien recruter des gens dans la cinquantaine pour assurer la pérennité du cohabitat.

Prix moyen d'une unité dans un cohabitat

  • À Harbourside (Colombie-Britannique) : 375 000 $
  • Chez Cohabitat50+(Québec) : 250 000 $

Une vieillesse active

Les quais de HarboursideLes quais de Harbourside Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Par définition, ceux qui s'embarquent dans ce genre de projet sont souvent des gens dynamiques et actifs. Ici, les canots et les voiliers attachés au quai de Harbourside Cohousing en témoignent. Nombreux sont ceux qui ont le pied marin, à commencer par Ralph, un ancien homme de radio et capitaine de bateau. Ralph était aussi propriétaire du terrain sur lequel est maintenant construit Harbourside.

« Je me sentais seul. Maintenant, j'ai une nouvelle famille! C'est fantastique et c'est assez divertissant ». D'autant plus divertissant que Ralph s'est fait une copine à Harbourside. « Même si on essaie de garder ça secret, oui, il y a des choses qui arrivent ici ».

Une séance de percussions entre des résidents de Harbourside.Une séance de percussions entre des résidents de Harbourside. Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Pour Natalie Abran, la visite de Harbourside confirme que son projet Cohabitat50+ n'était pas un rêve complètement fou et qu'il était, au contraire, tout à fait réalisable.

« J'ai vu de mes yeux que ça pouvait se faire. Aussi, j'ai beaucoup aimé voir qu'il y avait des gens de 50 ans et plus dynamiques et créatifs. Je n'avais jamais vu un groupe comme ça. »

La communauté de Harbourside.La communauté de Harbourside. Photo : Radio-Canada/Marie-France Abastado

Je pense qu'ils ne se prennent pas pour des gens âgés. Ils ont peut-être oublié qu'ils l'étaient, parce que quand tu les côtoies, quand tu passes du temps avec eux, ils sont aussi énergiques que des jeunes dans la vingtaine. Ils sont vraiment vivants.

Natalie Abran, de Cohabitat50+/Rive-Sud de Montréal

Colombie-Britannique et Yukon

Société