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La chasse à la tourterelle triste au coeur d'une querelle de données

Une tourterelle triste perchée sur un arbre.

Une tourterelle triste perchée sur un arbre.

Photo : AP/David Duprey

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les chasseurs québécois pourront s'adonner pour la première fois à la chasse aux tourterelles tristes dès le 17 septembre prochain.

Un texte de Marianne Desautels-MarissalTwitterCourriel

Après avoir analysé les données disponibles et mené des consultations publiques, Environnement Canada a statué que la population de tourterelles du Québec était suffisamment robuste pour que la chasse soit durable. Or, tous les biologistes ne s'entendent pas à propos de l'état actuel de la population des tourterelles.

À la suite de la publication de la décision du ministère de permettre la chasse à la tourterelle dans la Gazette du Canada du 29 juin 2016, le regroupement QuébecOiseaux a réaffirmé ses doutes quant à la viabilité de cette pratique, chiffres à l'appui.

L'organisme, qui représente plus de 30 clubs et sociétés d'observateurs et d'ornithologues amateurs du Québec, avance que les données qu'a utilisées le Service canadien de la faune ne sont pas assez récentes pour refléter la situation actuelle de cette population. Selon eux, la population de tourterelles tristes aurait subi une baisse de l'ordre de 40 % au cours des 10 à 15 dernières années.

Des écarts de taille

Dans le plus récent rapport du Service canadien de la faune sur la règlementation concernant les oiseaux migrateurs, publié la semaine dernière, le ministère affirme que la population de tourterelles est en croissance depuis des décennies : elle aurait crû de près de 5 % par an de 1970 à 2014. Selon le ministère, la population se serait stabilisée dans les années 2000. Une décroissance récente est aussi évoquée, qui serait de l'ordre de moins de 1 %.

Il semble y avoir consensus auprès des biologistes à propos de l'ampleur qu'a prise la population de tourterelles depuis les années 1970. Cela s'expliquerait principalement par les mangeoires installées par les gens durant l'hiver. Selon le biologiste Jean-François Giroux, professeur à l'UQAM spécialisé en ornithologie, cet accroissement de la population de tourterelles tristes depuis une quarantaine d'années coïncide également avec la multiplication des champs de maïs dans les zones agricoles québécoises.

Ces nouvelles sources de nourriture auraient permis aux tourterelles tristes d'hiverner en sol québécois. Car même s'il est possible de l'observer à longueur d'année, la tourterelle triste est habituellement un oiseau migrateur, dit de proximité. Mal adaptées aux longues périodes de froid intense, certaines tourterelles se déplacent en sol américain.

Des données imprécises

Les avis divergent cependant quant à l'évolution récente de la démographie de cet oiseau cousin du pigeon. Jean-Sébastien Guénette, biologiste et directeur du regroupement QuébecOiseaux, a réalisé ses propres calculs à l'aide d'un ensemble de données disponibles au printemps 2016. Parmi ces données, on trouve le relevé des oiseaux nicheurs, un programme pancanadien qui recense les oiseaux vus ou entendus le long de routes prédéterminées par des observateurs bénévoles, mais qualifiés.

M. Guénette a également utilisé la base de données ÉPOQ (Étude des oiseaux migrateurs du Québec), constituée à partir des feuillets envoyés par près de 1600 ornithologues amateurs actifs. Le recensement des oiseaux de Noël, qui trace un portrait des oiseaux présents dans les mangeoires des amateurs durant la période des Fêtes, a également permis au biologiste d'en arriver à évaluer ce déclin qu'il estime être de l'ordre de 40 %.

Une science citoyenne

Un épervier de Cooper, qui est un des prédateurs de la tourterelle triste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un épervier de Cooper, qui est un des prédateurs de la tourterelle triste.

Photo : AP/Dean Fosdick

Ce déclin, bien que difficile à chiffrer précisément, pourrait être expliqué par une hausse de la population des éperviers de Cooper, un des prédateurs de la tourterelle triste, ainsi que par des hivers particulièrement rigoureux. L'ornithologie étant une science basée principalement sur les observations des amateurs, les données fournissent aux biologistes des indices qui ont leurs limites.

« La tendance de l'augmentation des années 1970 jusqu'à 2000 est claire. Maintenant, depuis 2000, 2003, on voit qu'il n'y a pas toujours concordance, c'est-à-dire qu'il y a des indices qui nous disent que c'est stable, et d'autres qui nous disent qu'il y a un déclin », soutient Jean-François Giroux.

Malgré la décision d'Environnement Canada d'ouvrir une saison de chasse, Jean-Sébastien Guénette n'est pas inquiet pour la survie des tourterelles tristes du Québec à court terme. QuébecOiseaux remet toutefois en doute les résultats avancés par le ministère et souhaiterait que toutes les données soient prises en compte afin d'assurer une chasse durable.

M. Guénette se dit tout de même optimiste, affirmant faire confiance aux fonctionnaires d'Environnement Canada quant à la gestion responsable de la chasse, tout en restant aux aguets.

« C'est certain qu'on va veiller au grain, on va suivre la situation de très près nous aussi, et si le Service canadien de la faune ne prend pas ses responsabilités, on va lui mettre un peu de pression pour qu'il les prenne », affirme-t-il.

La tourterelle : un gibier populaire aux États-Unis

La chasse à la tourterelle triste est permise depuis les années 60 en Colombie-Britannique, mais la pratique y reste très marginale. Elle est plus populaire en Ontario, où elle est légale depuis 2013. En 2013-2014, environ 18 000 tourterelles y auraient été récoltées. Mais c'est aux États-Unis que l'on consomme le plus ce type de gibier : sa chasse est permise dans 40 États, où de 10 à 15 millions de tourterelles tristes sont abattues chaque année par environ un million de chasseurs.

Environnement Canada estime qu'au Québec, la récolte annuelle au Québec se chiffrera entre 12 000 et 23 650 tourterelles, ce qui représenterait 1,2 % à 2,4 % de l'effectif de la population à l'automne.

La personne responsable du dossier à Environnement Canada ayant pris sa retraite il y a quelques mois, le ministère n'a pas été en mesure de fournir une explication détaillant les calculs du Service de la faune.

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