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40 ans de l'abolition de la peine de mort : le dernier condamné du Québec exécuté pour un crime commis au Témiscamingue

«Gérant de banque tué à coup de revolver», titre le journal La Frontière le 21 mai 1959.

«Gérant de banque tué à coup de revolver», titre le journal La Frontière le 21 mai 1959.

Photo : BAnQ - Rouyn-Noranda

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 14 juillet 1976, le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau abolit la peine capitale au Canada après des années de débats sur la question. La loi est adoptée de justesse au Parlement, à 130 voix contre 124. Mais, au Québec, plus de 15 ans auparavant, en mars 1960, le dernier homme à être condamné à mort est envoyé à la potence, à la prison de Bordeaux, pour un meurtre commis à Témiscaming un an plus tôt. Retour sur cet événement qui a suscité un grand émoi dans la ville forestière du sud de l'Abitibi-Témiscamingue.

Avec les informations de David ChabotTwitterCourriel

C'est l'auteur spécialisé dans les causes judiciaires qui ont marqué l'histoire du Québec, Éric Veillette, qui a rappelé ce fait historique dans une entrevue accordée à l'émission Des matins en or à l'occasion du 40e anniversaire de l'abolition de la peine de mort. L'auteur d'ouvrages sur les affaires Aurore Gagnon et Dupont, entre autres, rappelle que les années 1950 ont été marquées par une série de condamnations qui stimulent le débat sur les exécutions. 

« [Ces événements] ont fait ressortir les aberrations autour de la peine de mort, et l'idée a fait son chemin », explique-t-il, précisant qu'à compter de 1962, année de l'exécution de Ronald Turpin et d'Arthur Lucas pour le meurtre de policiers, les condamnations à la peine de mort sont systématiquement converties en peines de prison.

Le dernier en lice à avoir été pendu, c'est Ernest Côté, qui avait commis un vol de banque dans la région de Témiscaming en 1959. Il a été pendu l'année d'après, ça a été vraiment le dernier. 

Une citation de :Éric Veillette, auteur spécialisé dans les causes judiciaires

Le crime d'Ernest Côté

Le matin du 15 mai 1959, Ernest Côté entre à la succursale de la Banque de Montréal de Témiscaming-Sud en tenant en joue le comptable de l'établissement, M. Jacques Tremblay, rapporte le journal La Frontière dans son édition du 21 mai. Il a l'intention de subtiliser le contenu du coffre-fort.

Alerté par le bruit, le gérant de la banque, Alexandre Heron, qui vit dans l'appartement du dessus s'interpose. Il reçoit les coups de semonce d'Ernest Côté, libéré depuis peu d'une peine de prison de 15 ans à la prison de Saint-Vincent-de-Paul pour hold-up. La deuxième balle, qui l'atteint à la tête, sera fatale.

Le suspect prend ses jambes à son cou jusqu'à l'extérieur, où l'attend dans une voiture son complice, Kyle Brush. Les deux hommes prennent la fuite sur la route numéro 7. Leur cavale sera freinée par les policiers quelques kilomètres avant North Bay.

Les fuyards ont été capturés sans résistance.

Une citation de :extrait du journal La Frontière du 21 mai
« Le meurtrier de M. Heron a été pendu à la prison de Bordeaux », titre le journal La Frontière le 17 mars 1960.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

«Le meurtrier de M. Heron a été pendu à la prison de Bordeaux», titre le journal La Frontière le 17 mars 1960.

Photo : BAnQ - Rouyn-Noranda

Témiscaming se souvient

L'ancien maire de Témiscaming, Philippe Barrette, à l'époque dans la mi-vingtaine, se souvient de l'émoi créé dans sa ville le jour du crime d'Ernest Côté. Il rappelle que la ville est alors administrée par la compagnie forestière CIP, qui gère ses transactions financières à partir de la succursale de la Banque de Montréal. 

« Ce qu'on prétend aujourd'hui, c'est que ces gens-là avaient étudié un peu ce qui se passait à la Banque de Montréal qui était un endroit où il y avait des transactions, les paies des travailleurs de la papetière et de la compagnie Booth Lumber, qui avait une grosse scierie un peu plus loin où il y avait une centaine d'employés », indique-t-il.

C'était la seule et unique institution financière qu'il y avait.

Une citation de :Philippe Barrette, ancien maire de Témiscaming

Témiscaming vit l'enquête

Toujours selon M. Barrette, deux témoins à l'extérieur de la banque, un garagiste qui remplace la roue d'un véhicule et un passant, remarquent ce qui se passe et contribuent à remonter jusqu'aux criminels. 

« Tout ce qu'ils ont vu, c'est [les suspects qui prenaient la fuite] dans les marches d'escalier, dans la rue. Ils ont dit : ''Get them guys!'' Attrapez ces gars-là. [L'un d'eux] a enregistré le numéro de plaque d'immatriculation et ils ont appelé la police », se souvient M. Barrette, précisant que les deux bandits ont été arrêtés la journée même, près de North Bay, qui se situe de l'autre côté de la frontière avec l'Ontario, à une trentaine de minutes de route. 

Il y a eu tout un processus à Témiscaming dans le temps. Ils les ont fait venir pour démontrer que les témoins reconnaissaient bien ces bandits-là. Je me rappelle qu'ils avaient pris des gens de la papetière, de la scierie, des employés pour déterminer qui est le coupable.

Une citation de :Philippe Barrette, ancien maire de Témiscaming

M. Barrette conclut que la chose avait fait grand bruit à Témiscaming parce que, pas plus tard que la veille, le gérant de la banque tué par Ernest Côté était attablé avec tout le gratin de la ville pour une partie de bridge. 

Le lendemain, il se faisait tuer, donc ça a fait tout un émoi à Témiscaming.

Une citation de :Philippe Barrette, ancien maire de Témiscaming

Verdict de culpabilité

Le 14 novembre 1959, Côté est déclaré coupable à Hull, du meurtre d'Alexandre Heron.

« Le [comptable] a été témoin de la fusillade, et [Côté] aurait continué à tirer même quand le gérant était au sol, conclut Éric Veillette, précisant que Côté a été jugé en anglais, ce qui explique la tenue du procès dans la région de l'Outaouais. Ça a été très, très mal vu au procès. C'est ça qui a fait en sorte que ça a joué contre lui. »

Quelques mois plus tard, en mai 1960, il sera pendu à la prison de Bordeaux, devenant ainsi le dernier condamné à mort à être exécuté au Québec. 

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