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Attentats de Paris
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« Nous avons changé d'époque et la France va devoir vivre avec le terrorisme », a dit le premier ministre français, Manuel Valls, après l'attentat de Nice. Et pourtant, la France a connu son lot d'actes terroristes meurtriers depuis les années 1950. Pourquoi la France est-elle touchée encore et encore?

Un texte de Mélanie Meloche-HolubowskiCourriel

Depuis le début des années 1950, près d'une quarantaine d'attentats ont secoué la France, faisant plus de 350 morts et 1200 blessés.

Selon Aurélie Campana, professeure titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme à l'Université Laval, le nombre d'actes terroristes « en France vu du Canada peut paraître exceptionnel », mais ce type de violence fait partie de l'histoire du pays.

Les attentats de novembre 2015 à Paris sont certes les plus meurtriers en France, avec 130 morts et 350 blessés. Mais d'autres actes terroristes ont été néanmoins destructifs. On peut penser à l'explosion au RER Port-Royal le 3 décembre 1996, qui a fait 151 blessés, et à l'attentat à la bombe au métro Saint-Michel le 25 juillet 1995, qui a fait 117 blessés.

Si le groupe armé État islamique et Al-Qaïda sont responsables des attentats depuis le début des années 2000, Mme Campana rappelle que toutes sortes de groupes nationalistes, propalestiniens ou de gauche ont été responsables de nombreux attentats au cours des 60 dernières années.

Les différentes vagues de terrorisme en France

Entre la fin des années 1950 et le début des années 1980, les groupes d'extrême droite sont responsables de plusieurs attentats en France. Par exemple, l'Organisation armée secrète (OAS), une organisation clandestine opposée à l'indépendance algérienne, a planté une bombe sous un train à Vitry-le-François, tuant 28 personnes, le 18 juin 1961, en pleine guerre d'Algérie. Le 14 décembre 1973, le Groupe Charles-Martel a attaqué le consulat algérien à Marseille, tuant quatre personnes et en blessant une vingtaine.

Puis, dans les années 1980, le mouvement dissident de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), le Front populaire de libération de la Palestine et le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient (CSPPA), une organisation proche du Hezbollah, mènent plusieurs attaques.

Explosion rue Copernic, à Paris, le 3 octobre 1980Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Explosion rue Copernic, à Paris, le 3 octobre 1980

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Remy de la Mauviniere

Originaire de la France, Mme Campana dit qu'après autant d'attentats, les Français sont plus habitués que les Canadiens à voir des militaires patrouiller dans les rues et les espaces publics. « Ça fait malheureusement partie du paysage. »

Ce qui a changé depuis les années 1980 et 1990, c'est la forme et l'ampleur des attaques, dit Mme Campana. « Les politiciens n'hésitent pas à utiliser des mots forts, comme "état de guerre" ».

Attentat à Nice - notre section spéciale

Pourquoi cette nouvelle vague?

Il n'y a pas qu'une seule raison qui peut expliquer pourquoi les attentats en France sont de plus en plus meurtriers, affirme Mme Campana.

Entre autres, certains réseaux qui avaient été démantelés dans les années 1990 et 2000 se sont réactivés et endoctrinés au cours des dernières années, explique-t-elle.

Ensuite, la participation de la France à une coalition internationale en Irak et en Syrie a mis le pays dans la mire des djihadistes.

De plus, il existe également des réseaux de recrutement très élaborés dans plusieurs villes françaises. La Tunisie et la France figurent d'ailleurs parmi les nations avec le plus de ressortissants au sein d'organisations djihadistes.

Mme Campana croit par ailleurs que les services de renseignement ont connu des ratés au cours des dernières années en ce qui concerne la surveillance de ces poches de radicalisation.

Et l'état d'urgence?

La professeure de sciences politiques ajoute que l'état d'urgence, en vigueur depuis 18 mois et qui a été prolongé par le président François Hollande, a une portée limitée et ne réussit pas à prévenir les attentats. « Honnêtement, est-ce que ça fonctionne? Non. Après tout, on n'a pas pu empêcher un attentat d'envergure. »

C'est un échec ironique que l'attentat se soit produit le jour même où François Hollande annonçait la fin des mesures d'urgence.

Une citation de :Aurélie Campana

L'état d'urgence a tout de même permis de surveiller un certain nombre de personnes qui auraient pu passer à l'acte ou qui pourraient en inspirer d'autres. Entre novembre 2015 et avril 2016, 3500 perquisitions ont été menées dans le cadre de l'état d'urgence, menant à plus de 400 interpellations.

Toutefois, la liberté civile a pris un coup, dit la chercheuse, et beaucoup de gens ont été mal ciblés. Certes, certains complots ont été déjoués, mais « il y a toujours un individu qui va échapper aux autorités », conclut Mme Campana.

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