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Le président Hollande sur la sellette après les attentats de Nice

Le président français François Hollande à sortie du Palais de l'Élysée après une rénion d'urgence, le lendemain de l'attaque à Nice.

Le président français François Hollande à sortie du Palais de l'Élysée après une rénion d'urgence, le lendemain de l'attaque à Nice.

Photo : Reuters/Philippe Wojazer

Reuters
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'attentat de Nice, sanglant contrepoint à l'Euro de football et à l'annonce, peu avant, de la levée imminente de l'état d'urgence par François Hollande, a relancé un débat sur la responsabilité des pouvoirs publics sur fond de précampagne présidentielle.

En janvier 2015, les attaques djihadistes contre Charlie Hebdo et un supermarché juif avaient provoqué un réflexe d'union sacrée qui avait survécu un moment aux rivalités politiques.

L'unité nationale n'avait tenu que quelques jours, à peine plus que le temps d'un discours du chef de l'État au Parlement réuni en Congrès à Versailles, dans la foulée des attentats plus meurtriers encore du 13 novembre à Paris et Saint-Denis.

Attentat à Nice - notre section spéciale

Après ce nouveau « Bataclan », un semi-remorque lancé dans la foule sur la promenade des Anglais après le traditionnel feu d'artifice du 14 juillet (84 morts) par un homme apparemment seul, les accusations ont été immédiates.

« Il y a des questions auxquelles il faudra répondre », a déclaré le président des Républicains de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et ancien maire de Nice, Christian Estrosi. « Combien de policiers nationaux étaient en poste et quels sont les moyens qui avaient été mis en oeuvre, alors que notre pays est encore en état d'urgence, pour éviter cela? »

Il a fait savoir qu'il avait écrit la veille de l'attentat au chef de l'État pour réclamer un « grand plan d'urgence » afin de renforcer les moyens des forces de l'ordre épuisées par 18 mois de mobilisation sans arrêt et victimes d'un « climat de haine ».

Selon le maire de Bordeaux, Alain Juppé, candidat à la primaire de droite pour la présidentielle d'avril-mai 2017, « il faut faire plus » et « mieux ».

Si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu.

Une citation de :Alain Juppé, maire de Bordeaux

Le soulagement exprimé par les dirigeants français après le bon déroulement d'un Euro sous très haute surveillance, malgré l'assassinat de deux policiers le 13 juin revendiqué par le groupe armé État islamique, a été de courte durée.

Des soldats ont établi un périmètre de sécurité autour de la zone où est survenue l'attaque au camion à Nice.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des soldats ont établi un périmètre de sécurité autour de la zone où est survenue l'attaque au camion à Nice.

Photo : Eric Gaillard / Reuters

La droite pousse à l'action

Dans son entrevue télévisée du 14 juillet, François Hollande avait confirmé la levée à la fin du mois de l'état d'urgence décrété après les attentats du 13 novembre et un allégement du dispositif militaire Sentinelle.

Douze heures plus tard, il faisait machine arrière et annonçait la reconduction de l'état d'urgence pour trois mois et le maintien de l'opération Sentinelle à un haut niveau.

Des mesures jugées insuffisantes par l'opposition de droite, qui s'appuie notamment sur le rapport rendu public au début du mois par une commission d'enquête parlementaire sur la lutte contre le terrorisme, présidée par le député LR Georges Fenech.

Alain Juppé demande ainsi la mise en oeuvre immédiate de ses recommandations. Exigence partagée par un de ses rivaux, l'ex-premier ministre François Fillon, tandis que l'ancien chef de l'État Nicolas Sarkozy, autre candidat probable à la primaire, a annoncé la réunion d'un bureau extraordinaire de son parti, Les Républicains (LR), lundi.

« Il est grand temps de passer à l'action », a renchéri le député LR Pierre Lellouche. « La France ne peut pas continuer à subir une guerre sans la mener pleinement. »

À l'extrême droite, la présidente du Front national, Marine Le Pen, accuse le gouvernement de n'avoir rien fait contre le fondamentalisme islamiste, dans des déclarations publiées par le site Internet du Figaro : « Maintenant, ça commence à bien faire! »

Comment voulez-vous qu'un type ni fiché ni connu comme radical, qui passe à l'acte avec un 18 tonnes, puisse être appréhendé par les services de renseignement?

Une citation de :Sébastien Pietrasanta, député socialiste français

Le député socialiste Sébastien Pietrasanta, spécialiste de la lutte antiterroriste et rapporteur de la commission parlementaire, ne voit pas comment cette attaque aurait pu être empêchée : « Quelle est la mesure proposée par la commission qui aurait empêché cet acte? Aucune. »

Cet élu qualifie de « vautours » les dirigeants de droite qui s'emparent de l'attentat de Nice pour critiquer le gouvernement et dénonce des « réactions malsaines » alimentées, selon lui, par une « course à la surenchère » des dirigeants de LR.

Des fleurs à Nice au bas d'un palmierAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des fleurs à Nice au bas d'un palmier

Photo : La Presse canadienne / AP/Luca Bruno

Responsabilité partagée

Il estime que les municipalités ont aussi une responsabilité dans la sécurité des manifestations qu'elles organisent. Un avis partagé par le secrétaire général d'Alternative Police-CFDT.

« On peut se demander pourquoi le camion a pu passer », a déclaré à Reuters Denis Jacob. « Mais s'il y a une faille, la responsabilité est partagée. Nice est une des villes les plus vidéosurveillées de France, avec une des plus grandes polices municipales, qui plus est armée. »

« Et quand bien même on déploierait les militaires, un fou peut prendre un camion et foncer dans la foule n'importe où à n'importe quel moment et faire autant de morts », a-t-il ajouté.

S'il plaide pour la création d'une grande direction du renseignement pour améliorer la coordination des différents services existants, il juge « malsain de faire de la récupération politique à quelques mois de la présidentielle ».

« La police n'a pas envie d'être prise entre le marteau et l'enclume dans un débat purement politicien », ajoute-t-il. Or, « ça fait un moment qu'on manipule les questions de sécurité, les policiers et les gendarmes dans un but électoral ».

En visite à Nice, François Hollande a riposté aux critiques de la droite en rappelant qu'il avait renforcé ces derniers mois des effectifs « parfois dégradés dans le passé ».

« Nous continuerons à mettre notre vigilance et notre protection au service des Français », a-t-il ajouté. « C'est ma responsabilité [...] de ne pas m'abaisser à je ne sais quelle outrance [...] quand il s'agit de répondre [...] aux défis qui nous sont lancés en y mettant tous les moyens nécessaires. »

Le chef de l'État risque cependant d'être aussi la cible de critiques sur son aile gauche, comme le montre une réaction d'Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) au prolongement de l'état d'urgence.

« Prolonger un état d'urgence qui limite les libertés individuelles et monopolise des forces de l'ordre épuisées par des mois d'occupation du terrain, sans malheureusement pouvoir garantir un risque zéro, ne constitue plus une réponse », a déclaré EELV dans un communiqué.

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