Vous naviguez sur le nouveau site

Aide à la navigation
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Maquette du stade de Montréal

Maquette du stade de Montréal

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'aventure olympique des Jeux de 1976 commence le 12 mai 1970. Le Comité international olympique est charmé par l'appel à la jeunesse du maire Jean Drapeau et préfère Montréal à Moscou et Los Angeles. Pour les organisateurs, la préparation des Jeux représentera un long marathon parsemé d'embûches, de politique et de béton précontraint.

Un texte de Jean-Patrick BalleuxTwitterCourriel

« Après 40 ans, comme les peines d'amour et les décès dans la famille, le temps fait les choses et on se met à apprécier », dit Michel Labrecque qui n'était pas très « olympien » en 1976. L'actuel président directeur général du Parc olympique se disait un cycliste militant dans les années 1970. « Je revendiquais des aménagements cyclables et l'administration municipale de Jean Drapeau disait ou prétendait qu'on n'avait pas de cyclistes et pas d'argent. »

Quarante ans plus tard, son travail consiste à diriger la destinée et à actualiser les installations qui ont somme toute bien vieilli. Un éléphant blanc le stade? Parmi tous les stades olympiques bâtis depuis 50 ans, il est l'un des plus utilisés avec environ 160 jours d'occupation par année. Davantage que le nid d'oiseau de Pékin et que les stades de Sydney et Barcelone, des Jeux cités souvent en exemple.

Michel Labrecque, président du Parc olympiqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Labrecque, président du Parc olympique

« On n'a aucune idée de l'effort collectif, peu importe les dépassements de coûts, causés par toute sorte de facteurs, honnêtes ou malhonnêtes. On n'a aucune idée en 1973, quand le chantier démarre, en 36 mois, du travail de génie des Québécois et Québécoises et du travail des architectes. Quand on regarde les structures, 40 ans après, c'est étonnamment en bonne santé. C'est vrai que ça s'est fait vite. Mais en même temps, tu regardes ça, tu te dis quelle puissance de réalisation », estime Labrecque, qui tentera à court terme d'obtenir les reconnaissances architecturales du stade au patrimoine contemporain mondial. « C'est quelque chose d'unique, on doit le protéger. Nos parents l'ont construit et il faut l'entretenir. »

Le génie québécois, Lise Simard l'a aussi vu dans l'organisation sportive des Jeux olympiques. Elle était la directrice adjointe du site de gymnastique. Elle et son équipe devaient préparer le Forum à accueillir l'un des sports les plus populaires en s'inspirant du rapport du comité organisateur des Jeux de 1972.

Lise Simard, directrice adjointe de la gymnastique aux Jeux de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lise Simard, directrice adjointe de la gymnastique aux Jeux de Montréal

« On avait déposé le rapport sur mon bureau. Je l'avais ouvert, mais c'était rédigé en allemand avec quelques photos. Deux semaines plus tard, cette bible s'est retrouvée sur une tablette. On partait avec une feuille blanche et il fallait monter tout l'événement », dit Simard, sourire en coin.

« On avait tous entre 25 et 35 ans au moment des Jeux. Il fallait avoir énormément confiance en nous et être inconscient à la fois. Je ne pense pas qu'on avait réalisé l'ampleur de l'événement. On l'a découvert au fur et à mesure où on y a travaillé », poursuit Simard, qui était aux premières loges lorsque Nadia Comaneci a reçu 7 notes de 10.

Des jeux modestes?

On ne reçoit pas 6084 athlètes de 92 pays aussi facilement. D'autant plus qu'en infrastructures sportives, Montréal est bien pauvre à cette époque. Le plan du maire Jean Drapeau est clair : des Jeux modestes qui serviront aussi à doter les Expos d'un nouveau domicile. Un stade couvert à la demande du baseball majeur, faut-il préciser.

Le projet de l'architecte français Roger Taillibert est choisi parce qu'il vient de signer le Parc des Princes à Paris, le stade le moins cher du monde par siège. Aurait-on dû bâtir un stade en acier à l'américaine comme Philadelphie venait de le faire pour les Phillies et les Eagles pour environ 50 millions de dollars? En 2004, le Veterans Stadium, démodé, a été démoli.

Alain Guilbert, directeur de l'information au COJOAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alain Guilbert, directeur de l'information au COJO

Était-ce risqué de concevoir un projet aussi cher? La crise de l'énergie de 1973, le coût des matériaux gonflé par l'inflation jusqu'à 40 % et les grèves des syndicats de travailleurs ont fait passer la facture des Jeux de 250 millions de dollars à 1,3 milliard. Les 155 jours de travail perdus seront repris au printemps 1976 à temps double pour combler le retard du chantier.

« Sur les plans, le prix du béton était de 200 $ en 1972. Mais en 1976, c'était 2000 $ et le camion faisait 10 fois le tour du stade, explique Alain Guilbert, qui était le directeur de l'information au Comité organisateur des Jeux (COJO). Je faisais faire les visites aux journalistes étrangers qui voulaient voir les travaux de construction au stade. J'avais arrêté d'aller au stade. Ça me déprimait trop. Ça n'avançait pas. »

Déjà qu'en 1974, Montréal avait dû accueillir les mondiaux de cyclisme sur une piste temporaire construite sur le terrain de football du CEPSUM parce que le vélodrome du Parc olympique n'était qu'un squelette. En novembre 1975, devant la menace du CIO de transférer les Jeux ailleurs, le premier ministre Robert Bourassa retire la gestion du projet à Jean Drapeau et la confie à la Régie des installations olympiques.

Vélodrome temporaire au CEPSUM en 1974Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vélodrome temporaire au CEPSUM en 1974

Le maire, qui avait promis de répliquer à cet affront, est mort avant de le faire. On se souviendra longtemps de sa phrase célèbre : « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceinte. »

À la demande du CIO, un plan B est déposé en février 1976 au cas où le stade ne soit pas prêt. Il est suggéré de transférer les épreuves de natation au complexe sportif Claude-Robillard, nouvellement construit, et l'athlétisme sur une piste temporaire à être bâtie sur un terrain vague aux intersections du boulevard Métropolitain et de l'autoroute Décarie. Le COJO est toutefois persuadé que le stade sera prêt à temps.

« Quand je suis arrivé au COJO en avril 1974, on était 250 employés. À la fin décembre 1975, on était 950. Pour les Jeux, on était 22 000 », relate Alain Guilbert, pour illustrer l'ampleur de l'opération.

Le directeur de l'information au COJO, de 1974 à 1976, donne l'exemple de la cérémonie d'ouverture pour illustrer à quel point rien n'a été facile.

« À Los Angeles et à Munich, le stade était prêt. Les répétitions avaient lieu dans le stade. Nous autres, on a fait les répétitions dans le parc Kent à Mont-Royal. Ça prenait 50 autobus chaque jour pour amener les jeunes gymnastes. On ne l'a jamais eu facile. »

Téléchargez le livre numérique Richard Garneau la voix du stade : Un demi-siècle d'histoire olympiques

Le flambeau mal aimé

Michel Dallaire non plus ne l'a pas eu facile. Le concepteur du flambeau olympique, un « outil à feu au bout d'un bâton de bois qui rappelait les quenouilles de notre enfance », le symbole des Jeux de Montréal, a essuyé un refus lorsqu'il a présenté son objet à Jean Drapeau. Le maire, très aristocrate par moment, s'attendait à une torche plus classique avec déesses grecques et grappes de raisin en métal ciselé.

Michel Dallaire et son flambeauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Dallaire et son flambeau

« M. Drapeau m'a demandé d'entrée de jeu : "Pouvez-vous faire autre chose?" J'ai dit à M. Drapeau : "J'ai fait le tour. Ça fait plusieurs mois que je travaille sur le projet. C'est mon projet le plus abouti selon moi. Si vous voulez autre chose, demandez à d'autres, vous aurez autre chose." »

Le lendemain, une délégation du COJO partait pour la Grèce pour faire une présentation sur les Jeux de 1976. Dans leurs valises, six exemplaires du flambeau rouge et noir, le premier de l'histoire à s'éloigner de la tradition. « Les Grecs sont tombés en amour avec ma torche. Ils ont communiqué avec M. Drapeau pour dire à quel point ils étaient séduits par cette proposition. C'est à ce moment que M. Drapeau m'a envoyé ses avocats pour que je cède les droits d'auteur », confie Dallaire.

Le designer industriel avait eu la bonne idée d'utiliser de l'huile d'olive comme carburant pour alimenter le flambeau... De l'huile « droguée », dit Dallaire, à l'heptane et au nitropropane pour obtenir une flamme orange et spectaculaire.

Lorsque Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine sont entrés dans le stade le 17 juillet pour allumer la vasque, Michel Dallaire était en état de panique. Il craignait que la flamme s'éteigne. Tout s'est finalement bien passé. « J'étais à la cérémonie d'ouverture et je peux vous dire que je suis sorti de là en pleurant et je n'étais pas le seul. Je voyais dans ma tête, tout ce qu'on avait dit, que les Jeux n'auraient pas lieu, que le stade allait tomber, que ça ne marcherait pas. Or, le monde entier était là. Dans ma tête, on avait réussi, on est passé au travers tout ça. »

Les Jeux pouvaient enfin commencer. 

(Ne manquez pas ce soir la suite de ce reportage aux TJ 18 h, 21 h et 22 h sur les deux semaines de compétitions et les scandales autour des Jeux.)

Montréal 1976

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !