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Profilage racial au sein de la PPO : un rapport qui ne fait pas l'unanimité

Gerry McNeilly, directeur indépendant de l'examen de la police.
Gerry McNeilly, directeur indépendant de l'examen de la police. Photo: ICI Radio-Canada

Une association qui défend des migrants agricoles rejette les conclusions du directeur indépendant de l'examen de la police sur des allégations de profilage racial dans une enquête de la police provinciale (PPO) pour agression sexuelle à Tillsonburg en 2013. Le directeur Gerry McNeilly n'y a vu aucun cas de discrimination raciale après deux ans d'investigation.

Un texte de Jean-Philippe NadeauTwitterCourriel

Le directeur indépendant de l'examen de la police, Gerry McNeilly, avait ouvert une enquête à la suite d'une plainte de l'association Justice for Migrant Workers en 2014 au sujet d'une agression sexuelle dans le comté d'Elgin le 19 octobre 2013. La victime, qu'on ne peut nommer, avait dit à la police que l'homme qui l'avait agressée était un homme noir musclé d'une grande carrure, âgé d'une vingtaine d'années et avec un fort accent.

Or, la police provinciale avait demandé à une centaine de travailleurs migrants noirs de la région de se soumettre volontairement à des tests d'ADN. Une quarantaine d'entre eux y avaient consenti, mais aucun d'eux ne correspondait à la description de l'agresseur, mis à part le fait qu'ils étaient tous noirs.

L'agresseur, Henry Cooper, qui n'a jamais participé au test, avait été arrêté deux mois plus tard avant d'être condamné à sept ans de prison après qu'il eut plaidé coupable. Il avait en réalité 35 ans, mais il était bien un travailleur saisonnier originaire de Trinidad-et-Tobago.

Aucun profilage

Gerry McNeilly affirme que la police n'a agi ni par malice ni par racisme, mais qu'elle a commis plusieurs erreurs en ciblant sur la base de stéréotypes raciaux tout un groupe de migrants agricoles. Il ajoute que la police n'a pas reconnu la vulnérabilité de ces travailleurs et qu'elle n'a ni protégé leur sécurité ni la confidentialité de leur test d'ADN.

Le rapport du directeur indépendant de l'examen de la police sur les prélèvements volontaires d'ADN.Le rapport du directeur indépendant de l'examen de la police sur les prélèvements volontaires d'ADN. Photo : ICI Radio-Canada / Jean-Simon Fabien

Le directeur refuse toutefois de parler d'un cas de profilage racial, conscient ou inconscient, même s'il en présente toutes les caractéristiques. « La requête d'ADN visant à retrouver l'agresseur ne remplissait pas les critères qui permettent de définir le profilage racial. »

M. McNeilly admet néanmoins que la police aurait dû s'en tenir à la stricte description du suspect, plutôt que de sélectionner un aussi grand échantillonnage de migrants dont l'âge et le physique variaient, selon lui, de façon considérable.

Vive opposition

L'association n'a pas tardé à dénoncer et à condamner le rapport qui ne fait, selon elle, que perpétuer le racisme dans les corps de police. Une dizaine de ses membres ont bruyamment chahuté la conférence de presse, en disant que M. McNeilly devrait avoir honte d'en être arrivé à de telles conclusions.

Le porte-parole de l'association, Chris Ramsaroop, souligne en outre que « le directeur McNeilly se contredit dans ses conclusions et que son rapport donne carte blanche à la police pour violer les droits des travailleurs saisonniers. »

M. Ramsaroop dit qu'il y a bien eu profilage racial à l'époque et que les migrants ciblés n'ont pas obtenu justice dans le document du directeur. L'association ajoute que l'impact sur leur vie a été immense, parce que certains d'entre eux ont été renvoyés ou n'ont pas été réembauchés, parce qu'ils avaient refusé de se soumettre au test d'ADN.

Chris Ramsaroop de Justice for Migrant WorkersChris Ramsaroop et d'autres membres de Justice for Migrant Workers ont interrompu la conférence de presse pour faire entendre leurs critiques.

Faisant face à un barrage de critiques, le directeur McNeilly s'est défendu de faire le jeu des policiers. Il a répété qu'il prenait très au sérieux les allégations de racisme et de profilage racial dans les corps de police de la province.

Le rapport qui s'intitule Coup de filet suggère des recommandations pour éviter les apparences de profilage dans les enquêtes policières qui nécessitent, par exemple, l'utilisation d'ADN dans une communauté en particulier.

La commissaire des droits de la personne de l'Ontario, Renu Mandhane, a de son côté ouvert sa propre enquête, parce que le rapport possède assez de preuves qui suggèrent qu'il y a bien eu profilage. Mme Mandhane affirme que les corps de police et les agences provinciales doivent être tenus responsables de leurs actions en cas de discrimination raciale apparente ou non.

Ontario

Justice et faits divers