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Des producteurs dénoncent la perte de terres agricoles au profit de l'urbanisation

Le reportage de Marc-Antoine Lavoie
Radio-Canada

Des producteurs agricoles s'inquiètent des intentions de l'agglomération de Québec de réduire le territoire consacré à l'agriculture de 660 hectares. L'Union des producteurs agricoles (UPA) compte faire avorter cette démarche en accusant les villes de Québec, de L'Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin-de-Desmaures d'empiéter inutilement sur l'une des zones agricoles les plus productives au Québec.

Un texte de Marc-Antoine LavoieTwitterCourriel

Dans son schéma d'aménagement et de développement présenté en avril, l'agglomération justifie ses besoins d'urbanisation en estimant que 61 500 nouveaux ménages auront besoin d'un logement d'ici 2041. L'agglomération prévoit commencer le dézonage des terres agricoles représentant une superficie de 925 terrains de football dans les deux premières années suivant l'adoption du document.

Cette volonté révolte l'UPA de Québec Jacques-Cartier. Dans un mémoire déposé lors de la démarche consultative du projet en juin dernier, l'organisme a démontré que le potentiel d'accueil, hors de la zone agricole, est actuellement de 51 837 logements. « On est parti des chiffres qu'ils ont dans leur document », précise le président de l'UPA de Québec Jacques-Cartier, Alain Juneau.

L'UPA de Québec Jacques-Cartier avance que l'agglomération de Québec dispose de suffisamment d'espace pour combler ses besoins en urbanisation pour les vingt prochaines années. « Utilisez ces logements, ces emplacements-là pour faire le développement. Après ça vous irez dans la zone agricole, soutient Alain Juneau. On veut s'assurer qu'on utilise tous les espaces disponibles. On veut qu'ils développent où il y a moins d'impact pour l'agriculture », ajoute-t-il.

Une denrée rare

Le tiers des 660 hectares convoités par l'agglomération concernent les terres des Soeurs de la Charité, considérées comme étant parmi les plus fertiles de la province. Le vaste terrain de l'arrondissement de Beauport a été acheté en décembre 2014 par le Groupe Dallaire. Son PDG, Michel Dallaire, souhaite y développer une « mini-ville » de 6500 unités résidentielles.

Étant toujours dans une zone agricole, le projet de l'homme d'affaires pourra seulement se concrétiser si le dézonage est autorisé. Actuellement, les terres sont louées annuellement à Semican. L'entreprise de la région de Plessisville se spécialise dans le développement de semences.

« Les promoteurs ont déjà mis la main sur environ 85 % des terres agricoles qui sont concernées, déplore Denis Bédard, copropriétaire de la ferme Bédard Blouin. Tout se dit à bas mots entre nos élus, l'administration municipale et les promoteurs. »

Les projections sont faites depuis des années. Les promoteurs savent où le développement va se faire.

Denis Bédard, producteur agricole

La Ferme Bédard et Blouin est située à la limite du périmètre d'urbanisation pressentie. L'entreprise offre de l'autocueillette de framboises et des petits fruits à proximité de la zone urbaine. Denis Bédard se désole des intentions de l'agglomération. « Ça m'inquiète comme producteur agricole, mais ça m'inquiète davantage comme citoyen. Ce sont des terres nourricières d'excellente qualité, du paysage et de l'air pur », dit-il.

Le président de l'UPA de Québec Jacques Cartier, Alain Juneau, déplore pour sa part que la zone agricole ne semble pas être une priorité pour les villes. « La seule façon d'augmenter leurs revenus, c'est de mettre des maisons de plus », dit-il.

La majorité des terres agricoles achetées par des promoteurs sont laissées à l'abandon. De nombreux investissements de la part des producteurs seraient nécessaires pour qu'elles soient à nouveau exploitées.

Certaines terres agricoles au coeur de Québec sont parmi les plus fertiles au Québec.Certaines terres agricoles au coeur de Québec sont parmi les plus fertiles au Québec. Photo : Radio-Canada/Guy Gingras

Démarche consultative

Au total, 59 mémoires ont été déposés dans le cadre de la consultation sur le Schéma d'aménagement et de développement pour l'agglomération de Québec 2040.

La première version du projet a aussi été remise au gouvernement libéral et à la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) qui disposent de 120 jours pour réagir et formuler des commentaires.

Une nouvelle consultation publique est prévue au printemps 2017 dans le cadre légal des consultations exigées par la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.

Le projet de l'agglomération doit également être approuvé par la Commission de la protection du territoire agricole du Québec. Les élus devront démontrer que le dézonage des terres agricoles est devenu nécessaire pour répondre aux besoins d'urbanisation.

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