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Racisme : l'heure de la vérité aux États-Unis

Des gens se recueillent à Dallas, vendredi, au lendemain de la tuerie.

Des gens se recueillent à Dallas, vendredi, au lendemain de la tuerie.

Photo : AP/Eric Gay

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Plus de 150 ans après la fin de l'esclavage aux États-Unis, la question des relations entre Blancs et Noirs n'a jamais cessé de diviser le pays.

Un texte de Christian LatreilleTwitterCourriel correspondant à Washington

Après le mouvement des droits civiques dans les années 60, lorsque les Afro-Américains se sont battus pour leurs droits fondamentaux, plusieurs croyaient à une possible réconciliation.

Mais les événements de la semaine dernière en Louisiane, au Minnesota et au Texas s'ajoutent à une longue liste d'affrontements violents qui empoisonnent les relations entre Blancs et Noirs depuis des décennies. Est-ce le temps pour les États-Unis de mettre sur pied une commission de la réconciliation et de la vérité?

L'Afrique du Sud, le Chili, l'Argentine et le Canada font partie d'une trentaine de pays dans le monde qui ont eu le courage de mettre sur pied ce type de commission. Un exercice difficile qui permet à certains pays qui ont vécu la dictature, un génocide, ou du racisme institutionnalisé de confronter leur passé douloureux.

Dans leur rapport sur la Commission de vérité et réconciliation concernant les sévices dans les pensionnats autochtones, les commissaires canadiens écrivaient en 2015 : « La réconciliation exige une volonté politique, un leadership conjoint, l'établissement d'un climat de confiance, de la responsabilisation et de la transparence, ainsi qu'un investissement important de ressources. »

Ces commissions ne règlent pas tout, mais elles permettent au moins aux victimes de s'exprimer dans un climat de respect. Elles servent souvent à rétablir les faits et à trouver des pistes de solutions. Et, à l'occasion, les responsables expriment des regrets et présentent même des excuses. C'est une forme de guérison collective.

Consultez notre série de reportages « Mississippi, sur les traces du racisme ».

Les États-Unis sont-ils prêts?

Les États-Unis sont-ils prêts à investir pour faire la paix avec leur passé raciste? Aucun politicien n'a osé s'engager dans cette voie jusqu'à maintenant. Depuis l'abolition de l'esclavage par Abraham Lincoln en 1865, jamais un président n'a présenté des excuses officielles à la communauté noire pour les sévices subis.

Selon l'historien Ibrahima Seck, directeur de la recherche à la Whitney Plantation, à Wallace, en Louisiane, - le premier musée dédié à l'esclavage - la violence raciale que vivent les États-Unis est une des séquelles de la période esclavagiste.

« Les descendants des esclaves sont les plus pauvres. Ils ont les plus mauvaises écoles. »

[Pour régler le problème], il faut aller à la source, apprendre et comprendre. Sinon, les gens vont grandir avec les idées racistes. Le Blanc aura toujours peur du Noir. Parce que la communauté n'a pas été éduquée pour les comprendre... on aura toujours une attitude de méfiance envers le Noir.

L'historien Ibrahima Seck

Mais les Américains, et particulièrement les Blancs que nous avions aussi rencontrés pour notre série de reportages sur le racisme le long du Mississippi diffusée en janvier, ne sont pas prêts à rouvrir cette vieille blessure de l'esclavage. Nous avons constaté que les Noirs et les Blancs communiquent très peu. Et la difficile question du racisme est encore tabou.

John Cummings, un avocat blanc de La Nouvelle-Orléans, propriétaire de la Withney Plantation, affirme que les Américains vont devoir un jour faire face à leur passé.

Il y a plus de 200 musées et monuments dédiés à l'Holocauste en Allemagne. Ici, aux États-Unis, nous sommes le seul musée qui explique et expose sérieusement cette horrible période de notre histoire.

John Cummings, propriétaire de la Withney Plantation

Qui dit reconnaissance du passé dit aussi réparations. L'intellectuel noir de l'heure aux États-Unis, Ta-Nehisi Coates, a publié, en juin 2014, un long article dans la revue The Atlantic démontrant que les Noirs américains devaient être dédommagés financièrement par le gouvernement et les institutions américaines.

Un peu de la même manière dont l'Allemagne l'a fait avec Israël en versant 7 milliards de dollars en dédommagement pour les crimes nazis.

Pour l'instant, la réconciliation, la vérité et encore moins les réparations ne font partie des solutions aux graves problèmes raciaux que vivent les États-Unis. En fait, aucune solution ni aucun plan d'action ne semble vouloir émerger de toute cette violence.

Et le premier président noir ne trouve plus les mots pour redonner un peu d'espoir. Ironiquement, il laissera derrière lui une Amérique encore profondément divisée sur le plan racial et qui refuse toujours de confronter ses vieux démons.

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