•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une histoire de monstre pour parler de violence sexuelle aux enfants

Un enfant et son doudou.

Un enfant et son doudou.

Photo : IStock/ambrozinio

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'auteure Fanny Robert a lancé officiellement, dimanche à Gatineau, son livre intitulé Le monstre aux longues mains. Elle a expliqué à Jhade Montpetit, lors d'une entrevue à l'émission Les malins plaisirs, d'où lui était venue l'idée d'un ouvrage sur les enfants abusés sexuellement.

En plus de s'adonner à l'écriture, Fanny Robert est aussi conférencière, maman de quatre enfants et assistante éducatrice de profession. Comme elle le dit si bien, les enfants, « c'est [sa] vie ».

Il faut savoir qu'elle n'a pas eu à chercher très loin pour pouvoir écrire sur ce sujet difficile. Elle a elle-même été victime d'abus sexuels dans sa jeunesse, tout comme sa mère.

« Ce n'était pas de l'inceste par exemple. C'était avec un copain. Mais dans 98 % du temps, c'est avec une personne qu'on connaît », précise-t-elle. « J'ai vécu les agressions sexuelles. Il faut dire les mots. C'est ça. Il n'y a pas de beau mot pour dire ça. »

Je l'ai vécu de l'intérieur, en le vivant moi-même. [...] Heureusement, ce n'était pas quelqu'un de ma famille, alors j'avais quand même des personnes de confiance. J'ai été capable encore de faire confiance à quelqu'un.

Une citation de :Fanny Robert, auteure

Plus tard dans son parcours, Fanny Robert a bénéficié de l'aide du Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS).

C'est là qu'elle a fait la connaissance d'une femme, qui lui a inspiré le titre de son livre Le monstre aux longues mains.

Cette dernière, qui faisait partie de son groupe, avait évoqué « le mononcle qui avait les mains longues » à propos de son agresseur.

La question du secret

Dans le livre, on rencontre deux petits garçons. Le lecteur finit par comprendre que l'un d'eux a entendu dire que chez sa tante vivait un monstre aux longues mains, puis il se confie à son ami.

Les enfants se demandent dès lors ce qu'ils doivent faire avec ce secret.

« C'est toute cette dynamique-là du secret. Cette partie-là, je l'ai écrite pour expliquer aux enfants ce que c'est un bon secret et un mauvais secret », explique l'auteure.

Je leur explique qu'un bon secret, c'est un secret qu'on a envie de dire, mais qu'il faut se retenir. [...] Un mauvais secret, c'est quand on a le goût de se refermer. Je donne l'image d'une huître. [...] Quand on a honte, qu'on a peur.

Une citation de :Fanny Robert, auteure

Le livre a été écrit au troisième degré, c'est-à-dire que si le lecteur n'a jamais été la victime d'abus, il y verra une « histoire de monstre comme les autres », indique l'auteure.

« À Ottawa, je suis allée récemment exposer mes livres au marché By. Il y a une dame, elle est venue et elle a dit : "Oui, mais ton monstre il sourit, il a l'air sympathique" », raconte-t-elle. « C'est voulu, parce qu'on n'attire pas des mouches avec du vinaigre. Souvent, la personne va être gentille, avenante, présente dans sa communauté. Souvent, la première réaction des gens c'est : "Je n'aurais jamais pensé cela". »

L'ouvrage a été rédigé en français, mais il a aussi été traduit en anglais. Le livre n'est pour le moment pas offert en librairie, mais disponible sur le site Internet de l'auteure.

Plus qu'un livre, un outil

Fanny Robert considère son ouvrage comme un « livre-outil », qui peut avoir une vocation préventive.

« C'est absolument dans ce sens-là que je l'ai fait [...] pour faire de la prévention auprès des enfants qui ne le vivent pas ou qui ne l'ont pas vécu, et on espère qu'ils ne vivront jamais cela », martèle-t-elle.

[C'est] un outil pour les enfants pour aider un ami qui pourrait leur confier ce secret. Et aussi pour aider les enfants qui l'ont vécu et leur dire : "Ce n'est pas vrai que tu ne peux pas en parler". Non seulement tu peux, mais il faut en parler".

Une citation de :Fanny Robert, auteure

L'auteure dit qu'elle a rencontré des adultes qui ont lu le livre et qui ont été troublés, parce que cela les a obligés à revivre des souvenirs qu'ils avaient choisi d'enfouir.

D'autres ont fait la démarche d'entrer en contact avec elle. Fanny Robert a pu les rediriger vers les ressources adéquates, ce dont elle se dit très fière.

« Je voulais aider et ma mission est déjà accomplie. Alors, tout le reste, c'est un plus pour moi. J'ai accompli ma mission en aidant », s'enorgueillit-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !