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Les policiers américains sont-ils assez bien formés?

Des policiers
De nouveaux membres du service de police de New York participent à une cérémonie d’assermentation à Madison Square Garden, le 1er juillet 2016, à New York. Spencer Platt/Getty Images Photo: Getty Images / Spencer Platt
Radio-Canada

La mort de Philando Castile, abattu par des policiers devant sa fillette et sa conjointe, enflamme à nouveau les États-Unis. Son nom s'ajoute à celui de dizaines d'autres Noirs tués par les forces de l'ordre dans des circonstances plutôt troubles au cours des dernières années. Et si la formation des policiers était en cause?

Un texte de Ximena Sampson Courriel

Au Québec, les futurs policiers doivent obtenir un diplôme d'études collégiales en techniques policières d'une durée de trois ans avant de suivre une formation à l'École nationale de police.

Aux États-Unis, certains États exigent plus de formation que d'autres, et la situation varie encore entre les 12 500 services de police locaux, explique Francis Langlois, professeur au cégep de Trois-Rivières et associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

« Certaines villes, qui n'ont pas les moyens financiers d'embaucher des personnes qui ont beaucoup d'expérience, engagent des gens qui ont suivi des cours de maniement d'armes, quelques cours d'arts martiaux, qui ont des connaissances générales de la loi et ils les mettent dans la rue avec une arme », soutient Francis Langlois.

Réagissant à la controverse entourant l'action des policiers aux États-Unis, le Police executive research forum (PERF), une organisation de cadres de la police, reconnaît que la formation des policiers américains doit être améliorée, notamment en ce qui a trait à l'usage de la force.

Dans les incidents des dernières années, on a souvent critiqué la rapidité avec laquelle les policiers ont eu recours à leur arme pour maîtriser un suspect, même lorsque celui-ci était désarmé.

Des manifestants dans les rues de Baton Rouge tiennent des pancartes où il écrit : Justice pour Alton Sterling.Des manifestants se dirigent vers le Triple S Food Mart, où Alton Sterling a été tué, le 6 juillet 2016, à Baton Rouge, en Louisiane. Photo : GI / Mark Wallheiser

En fait, les policiers agissent comme ils ont appris à le faire, soutient Seth Stoughton, un ancien policier devenu professeur de droit. Dans un article publié dans le magazine The Atlantic, en décembre 2014, il explique qu'au cours des formations, on répète aux policiers que « chaque incident et chaque individu sont une menace potentielle ». Ils doivent donc toujours être sur leurs gardes et ne peuvent se permettre aucune hésitation.

Un rapport du PERF proposant de nouvelles lignes de conduite soutient qu'il faut mettre l'accent sur les techniques d'intervention qui permettent d'éviter l'usage de la force.
Dans près du quart des meurtres commis par des policiers en 2015, les victimes avaient des problèmes de santé mentale.

Or, les policiers sont mal formés pour faire face à ce genre de situation. Selon une compilation de l'organisme, au cours de leur formation, les policiers passent 58 heures à s'entraîner avec des armes à feu et 49 à apprendre des techniques défensives, mais seulement 16 pour pratiquer la désescalade et la gestion de crise.

Les policiers québécois, eux, ont des ateliers spécifiques, notamment sur la résolution de problèmes, la santé mentale et le profilage racial. « On leur apprend à négocier et à provoquer une diminution de la tension plutôt qu'à monter aux extrêmes immédiatement », précise Francis Langlois. La pratique répétée avec des acteurs vise à préparer les policiers à ces types d'intervention.

Aux États-Unis, ce ne semble pas toujours être le cas et l'usage de la force continue d'être privilégié.

Si les policiers ont une arme à la main, [la tension] va monter plus vite. Quand on a un outil et qu'on est habitué de le sortir, plus ça va aller, plus on va le sortir rapidement.

Francis Langlois, membre associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand

Préserver des vies

En fait, le problème majeur reste que la formation met surtout l'accent sur la protection de la vie du policier et non sur le respect de celle d'autrui, selon le PERF.

Certaines des fusillades controversées impliquant des policiers semblent refléter une formation dans laquelle les agents ne pensent qu'à leur sécurité plutôt que d'adopter une approche visant à protéger les vies de tout le monde.

Extrait du rapport du Police executive research forum

Une compilation des activistes du Projet sur l'utilisation de la force par la police (Police Use of Force Project) démontre que la préservation de la vie n'est pas une priorité clairement exprimée dans les lignes de conduite d'un grand nombre de services de police.

Pour le PERF, réaffirmer le caractère sacré de toutes les vies refléterait un changement nécessaire « dans la culture policière ». C'est ce que l'organisation recommande de faire.

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