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Un autre Afro-Américain tué par la police aux États-Unis

Radio-Canada

« La police vient juste d'abattre mon copain sans aucune raison apparente », déclare une femme noire dans une vidéo montrant un homme inerte et ensanglanté dans une voiture. L'homme de 32 ans est mort à la suite d'un contrôle routier au moment où il tentait, selon sa conjointe, de sortir son permis de conduire de ses poches, mercredi soir, à Falcon Heights, près de St. Paul au Minnesota.

L'homme, identifié par sa famille comme étant Philando Castile, a été abattu devant sa conjointe et sa fillette de quatre ans.

Le chef intérimaire de la police de St. Anthony, Jon Mangseth, a affirmé qu'un policier a ouvert le feu sur l'homme, sans préciser les raisons qui ont conduit à l'interception du véhicule ni celles pouvant justifier les tirs du policier. La coroner du comté a qualifié l'événement d'homicide.

Le département de Justice du Minnesota, responsable de l'enquête, rapporte que l'agent qui a tiré sur Philando Castile est Jeronimo Yanez, employé au service de police de St. Anthony depuis quatre ans.

Il a été placé en arrêt de travail avec son collègue Joseph Kauser, qui était aussi sur les lieux lors de l'incident.

Enquête fédérale

« Je n'émets pas un jugement définitif », a déclaré le gouverneur du Minnesota, Mark Dayton, « mais tout indique que la réponse de la police a été démesurée ».

M. Dayton a demandé au département de la Justice des États-Unis d'ouvrir une enquête sur l'incident, se disant « profondément outré que cela puisse arriver au Minnesota à quelqu'un qui est arrêté pour une question de phare défectueux ».

Est-ce que la même chose serait arrivée si ces passagers, le conducteur et les passagers étaient blancs? Je ne pense pas.

Mark Dayton, gouverneur du Minnesota

Le gouverneur répondait ainsi aux 200 protestataires qui s'étaient rendus à sa résidence en scandant « pas de sommeil sans justice », et « est-ce que tu t'en soucies, Mark Dayton? »

Le département fédéral de la Justice n'a pas encore ouvert d'enquête officielle, mais a indiqué, dans un communiqué, surveiller de près le travail effectué par l'équipe du département de la Justice du Minnesota, tout en restant prêt à ouvrir une enquête « si nécessaire ».

Une vidéo en direct

La conjointe de Philando Castile a diffusé en direct sur Internet les derniers instants de son copain pendant que le policier le tenait toujours en joue.

« Oh, mon Dieu, ne me dites pas qu'il est mort, ne me dites pas que mon petit ami s'en est allé juste comme ça... », affirme la jeune femme sur la vidéo qu'elle tourne pendant que son copain agonise à côté d'elle. « Vous lui avez tiré quatre balles dessus, monsieur, » poursuit-elle dans la vidéo diffusée en direct sur Facebook Live et qui a déjà été vue plus de 1,7 million de fois.

« Fuck », s'écrie le policier qui vient de tirer sur le conducteur de la voiture, visiblement désemparé dans la vidéo. « Je lui avais dit de ne pas aller le chercher. »

On entend la femme dire : « Nous avons été arrêtés pour un feu arrière défectueux », pendant qu'on voit un pistolet braqué par un policier, en direction du corps inerte de l'individu. La femme poursuit en affirmant que son copain, qui détenait un permis de port d'arme, tentait de sortir ses documents à des fins d'identification.

L'agent intime l'ordre à la femme qui filme de garder ses mains en l'air pendant qu'on entend un enfant pleurer en arrière-plan sans toutefois le voir.

« Il ne méritait pas ça », poursuit la femme de la vidéo pendant qu'on l'entend pleurer. « C'était un homme bon. »

Des proches ont identifié la victime comme étant  Philando Castile, âgé de 32 ans.Des proches ont identifié la victime comme étant Philando Castile, âgé de 32 ans.

« Je n'aurais jamais cru que mon fils serait tué par une personne qui était supposée le protéger et le servir », a déclaré la mère de la victime, Valerie Castile, au réseau CNN. Mme Castile a décrit son fils comme quelqu'un de « relaxe » et de travaillant.

Philando Castile travaillait comme superviseur dans une cafétéria scolaire et il aimait jouer à des jeux vidéo. Sa mère précise qu'il avait un permis de port d'arme.

« Ils disent qu'il n'y a pas de profilage, mais il y en a », a déclaré Mme Castile en entrevue à la télévision américaine.

Nous sommes pourchassés, tous les jours. C'est une guerre tacite contre l'ensemble de la population afro-américaine.

La mère de la victime, Valerie Castile

Un « grave problème », dit Obama

« Tous les Américains devraient être troublés par ces fusillades, pas seulement les Noirs ou les Hispaniques, parce que ce ne sont pas des incidents isolés », a souligné le président Barack Obama à son arrivée en Pologne, où il doit participer au sommet de l'OTAN.

Ces événements sont, selon lui, « symptomatiques de défis plus larges au sein de notre système judiciaire ». Ils révèlent aussi « des disparités raciales qui apparaissent dans le système année après année et le manque de confiance qui en résulte entre les forces de l'ordre et de trop nombreuses communautés ».

Barack Obama a appelé la police à entreprendre des réformes, déplorant le fait que son pays avait vécu « trop de fois des tragédies » comme celles-ci.

Ces deux morts coup sur coup sont le symbole d'un « grave problème » dans la société américaine, avait-il assuré plus tôt.

Un deuxième incident en deux jours

Un policier blanc a ainsi abattu un homme noir au cours d'une intervention policière pour une deuxième fois en moins de 48 heures. La mort de Philando Castile survient en effet moins de deux jours après celle d'Alton Sterling, à Baton Rouge, en Louisiane. Ce dernier vendait des CD dans le stationnement d'un dépanneur lorsqu'une intervention policière a mal tourné et lui a coûté la vie.

Ce nouvel événement intervient à la veille du procès d'un autre policier dans l'affaire Freddie Gray. Ce dernier, un autre homme noir, est mort après avoir eu le cou brisé au cours de son transport en fourgon cellulaire, en avril 2015, à Baltimore.

Le département de la Justice a institué une enquête fédérale sur la mort de M. Sterliing, 37 ans.

Avec les informations de Associated Press, et Reuters

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