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Un champion de la mémoire révèle ses secrets

Le reportage d'Anne-Louise Despatie

Retenir 140 chiffres en 5 minutes. C'est l'exploit qu'a accompli Francis Blondin au Championnat canadien de la mémoire, qu'il a remporté le week-end dernier à Montréal. Comment fait-il? Rencontre avec un champion de la mémoire.

Un texte de Laurence NiosiTwitterCourriel

L'enseignant de 33 ans a eu une révélation il y a un an et demi en lisant le livre Aventures au cœur de la mémoire de Joshua Foer. L'auteur et journaliste y raconte comment il est devenu champion américain de la mémoire en s'entraînant pendant seulement un an.

Francis Blondin, qui n'avait jamais participé à des compétitions de mémoire, s'est donné le même défi. Dimanche dernier, il a battu 16 autres participants pour devenir champion canadien.

Selon lui, ce genre de « sport » est à la portée de tous. Il suffit d'un peu d'entraînement et, surtout, d'avoir de bons aide-mémoire.


Radio-Canada : Comment fonctionne une compétition de mémoire?

Francis Blondin : La personne qui gagne une compétition est celle qui est capable de mémoriser la plus grande quantité d'informations durant la plus petite période de temps. Cette année, on avait quatre épreuves. Il fallait apprendre le plus de noms possibles reliés à des visages, le plus de mots aléatoires en 15 minutes, le plus de chiffres possible en 5 minutes et, finalement, il fallait mémoriser l'ordre d'un jeu de cartes mélangé le plus rapidement possible. Maximum 5 minutes. [...]

C'est un jeu strict, les erreurs sont sévèrement pénalisées. Si tu t'es trompé à la deuxième carte, tu n'as aucun point. Si tu as mémorisé une série de 20 mots et il y a 2 fautes, tu as 0 point. La nervosité joue beaucoup : on peut être le meilleur au monde et une fois sous pression, ça ne va plus.

R.-C. : Comment fait-on pour s'entraîner?

F. B. : En général, si on veut mémoriser quelque chose, il faut prendre une image drôle et marquante et la placer dans un lieu [NDLR : le palais de mémoire]. En général, on improvise pour les mots, mais pour les cartes et les chiffres, c'est plus difficile. Alors, il faut se préparer un système. Si vous me dites une série de chiffres, je peux vous dire rapidement à quelle image cela correspond.

C'est une technique qui existe depuis au moins 2000 ans. Les sénateurs romains s'en servaient pour se souvenir de leurs discours.

Francis Blondin, champion de mémoire, utilise un casque antibruit et un chronomètre pendant les compétitions.Francis Blondin, champion de mémoire, utilise un casque antibruit et un chronomètre pendant les compétitions. Photo : Radio-Canada/Laurence Niosi

R-C : Justement, comment créer un système d'avance?

F. B. : Mon système c'est le PAO – personnage, action, objet – et chaque chiffre de 0 à 99 et chaque carte est associé à un personnage, une action et un objet. Par exemple, pour les chiffres 65, 87 et 43 : 65 est pour moi un personnage de BD (Spawn), 87 c'est faire du diabolo (action) et 43, c'est une torche en feu (objet). Quand je veux les mémoriser, je ne pense pas aux chiffres, je pense à Spawn avec sa torche en feu.

R.-C: Faut-il s'entraîner souvent?

F. B. : Je m'entraîne une fois de temps en temps, mais il ne faut pas s'entraîner tous les jours. Il suffit de connaître les principes de base pour progresser. Quinze minutes une fois de temps en temps. [...] Mon entraînement, ce sont à la fois des choses inutiles, comme des listes de mots, des cartes à jouer, des chiffres mis au hasard, et des choses qui m'intéressent et que je veux retenir.

Francis Blondin travaille à la création d'un site web d'information sur l'art de la mémoire. Il sera bientôt en ligne ici : http://www.artdelamemoire.org/ (Nouvelle fenêtre)

Avec la collaboration d'Anne-Louise Despatie.

Cette entrevue a été éditée et condensée.

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