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L’idéal inachevé de Barack Obama… et de Justin Trudeau

Barack Obama et Justin Trudeau
Photo: La Presse canadienne / Justin Tang
Radio-Canada

Un accueil dithyrambique, des ovations aussi soutenues qu'enthousiastes, pendant 54 minutes. Dans une Chambre des communes solennelle, face à des parlementaires et à des dignitaires qui buvaient ses paroles, c'est à se demander si Barack Obama n'a pas rêvé, l'espace d'un instant, d'avoir pu diriger le Canada.

Emmanuelle Latraverse
  Un texte d'Emmanuelle Latraverse
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« Nous avons besoin de plus de Canada », a lancé le président. Et il en a remis : « Peu importe qui nous sommes, peu importe notre nom de famille ou la foi que nous pratiquons, ici nous pouvons faire de nos vies ce que nous voulons. » Oui, le président a touché toutes les cordes sensibles... du moins pour un auditoire canadien.

L'anti-Trump

Barack Obama a plaidé pour l'ouverture sur le monde. Il a reconnu que les forces de la mondialisation et du changement font peur, qu'elles ont négligé des pans entiers de la société. Il a reconnu que le vent de colère qui a balayé le Royaume-Uni et qui pèse sur son propre pays ne peut plus être ignoré.

Pour le président, il ne faut pas se surprendre que la population s'indigne et s'oppose lorsque les bénéfices de la mondialisation n'ont favorisé que les plus riches et ainsi creusé les inégalités. Sans jamais le nommer, il a mené une charge à fond de train contre la politique et la rhétorique de Donald Trump.

Les politiciens, certains sincèrement, d'autres par cynisme, vont capitaliser sur cette colère et cette peur en faisant miroiter l'époque passée d'une certaine stabilité, d'une prévisibilité, d'une gloire nationale, en plaidant qu'il faut bâtir des murs, nous désengager d'un monde chaotique, nous débarrasser des supposés maux causés par les immigrants, tout ça pour reprendre le contrôle de nos vies.

Barack Obama

Barack Obama a plaidé que la démocratie n'est pas facile, surtout lorsque l'avenir est incertain. Voilà, dit-il, le moment que choisissent certains pour offrir une politique du « nous » contre « eux » et ériger en boucs émissaires les immigrants, les réfugiés, quiconque semble différent.

« Nous devons désigner cette mentalité par ce qu'elle est : une menace aux valeurs que nous embrassons, aux valeurs que nous cherchons à défendre. »

Au pays des « voies ensoleillées », Barack Obama a réconforté l'idéal canadien. Mais son plaidoyer en faveur de tous les idéaux qui rappellent l'enthousiasme et l'espoir de sa première campagne présidentielle a également illustré une partie de son échec.

Au sud de la frontière, les murs, le repli sur soi, la méfiance envers l'autre n'ont fait que gagner du terrain au cours des dernières années. Car, il ne faut pas se leurrer, si le discours de Donald Trump a eu l'effet d'un électrochoc mobilisateur auprès d'une part importante de la population, c'est que le fruit était mûr.

L'objectif d'une mondialisation généreuse, d'une éducation qui garantit l'égalité des chances, la tolérance et la célébration de la diversité ont été mis à mal par une Amérique polarisée par la crise économique de 2008, un Congrès où chaque compromis est une défaite, une montée de la radicalisation.

Barack Obama n'a pas pu aller au bout de son rêve.

Peut-être en effet aura-t-il voulu passer le flambeau au jeune premier ministre qui était assis à ses côtés, à ces parlementaires de toutes les origines et de toutes les religions qui étaient accrochés à ses lèvres.

Qui aime bien châtie bien

Dans la mer de compliments et de bons sentiments par ailleurs, le président Obama n'a pas manqué de rappeler au Canada certaines de ses obligations.

Le message était simple : pour être à la hauteur des grands idéaux et des valeurs communes célébrées par l'amitié entre ce président en fin de carrière et ce premier ministre à l'aube de son mandat, le Canada a des devoirs à faire.

Le Canada de Justin Trudeau doit en faire davantage pour être à la hauteur de la promesse de ses « voies ensoleillées ».

De l'ALENA au Partenariat transpacifique

C'est ainsi que Barack Obama n'a pas manqué de souligner à gros traits l'importance pour le Canada d'appuyer et de ratifier le Partenariat transpacifique conclu par le gouvernement Harper en pleine campagne électorale.

Après tout, si l'ouverture des marchés et l'intégration économique peuvent être mises à profit pour rendre la mondialisation plus équitable, forcer nos partenaires commerciaux à protéger l'environnement, protéger leurs travailleurs, assurer un climat juste et équitable pour les entreprises, le Canada, a subtilement plaidé le président, devrait appuyer le PTP.

Et donc, pour ceux qui croient que nos économies doivent profiter à tous, la solution n'est pas de se retirer d'un monde interrelié, mais plutôt de s'engager auprès du reste de ce monde, d'influencer les règles qui seront bonnes pour nos travailleurs et bonnes pour nos entreprises.

Barack Obama, président des États-Unis

En effet, l'ironie est de voir le premier ministre Trudeau vanter les mérites de l'intégration des marchés et d'une mondialisation plus juste, plus équitable, garante d'une nouvelle prospérité pour la classe moyenne, alors que son gouvernement demeure bien fermement assis sur la clôture en ce qui a trait à cette vaste entente commerciale qui a le pouvoir d'ouvrir les marchés de l'Asie tant convoités. Ironique aussi de voir le Canada défendre la pertinence de l'ALENA, alors que le Partenariat transpacifique se veut justement une bonification de certains éléments clés de l'accord nord-américain.

« Le point ici, c'est que nous devons regarder vers l'avant et non pas vers l'arrière », a conclu le président Obama.

Tant qu'à plaider le libre-échange, pourquoi ne pas être conséquent? La réponse du gouvernement Trudeau à ce chapitre devra venir bien rapidement.

Faire sa juste part militairement

À quelques jours d'un important sommet de l'OTAN à Varsovie, le président n'a pas manqué non plus de rappeler au Canada ses obligations sur la scène internationale.
Les pressions constantes de l'OTAN pour que ses pays membres bonifient leurs budgets de défense ne sont pas nouvelles. Stephen Harper et Jean Chrétien y ont fait face. Le Canada est bien loin de l'objectif que se sont fixé les membres de l'Alliance, qui est de vouer 2 % de leur PIB à leur budget militaire.

« Nous avons besoin de vous », a plaidé Barack Obama, ajoutant qu'il en va de la responsabilité commune du Canada et des États-Unis de s'assurer que leurs forces armées respectives soient bien équipées et prêtes à être déployées pour affronter les conflits du XXIe siècle.

En tant qu'allié et ami, laissez-moi vous dire que nous serons plus en sécurité lorsque chaque membre de l'OTAN, incluant le Canada, contribuera sa pleine part à notre sécurité commune.

Barack Obama, président des États-Unis

Si le président s'est permis d'être aussi catégorique, c'est peut-être parce que, à en croire le Toronto Star, le Canada s'apprêterait justement à déployer des troupes au sein d'une force multinationale pour protéger la Lettonie contre une menace russe potentielle.

Alors que le gouvernement Trudeau en est à redéfinir sa politique de défense, il est clair que la pression sur le Canada pour les prochaines années ne se limitera pas à quelques centaines de militaires aux confins de l'Europe de l'Est.

Idéaux d'ouverture et de tolérance, recherche d'une prospérité nouvelle pour la classe moyenne : l'espace d'une visite éclair, le président Obama aura donné un appui de taille à la vision qui anime le gouvernement Trudeau. Mais alors qu'il s'apprête à quitter la Maison-Blanche, il aura aussi rappelé au premier ministre et à son gouvernement le poids des responsabilités qui pèsent sur leurs épaules.

Être à la hauteur de nos idéaux est difficile, même dans les meilleures circonstances

Barack Obama, président des États-Unis

Politique