•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pourquoi les terroristes s'attaquent-ils à la Turquie?

Plusieurs voyageurs attendent près de l'entrée de l'aéroport d'Istanbul après que des attentats-suicides y soient survenus.

Plusieurs voyageurs attendent près de l'entrée de l'aéroport d'Istanbul après que des attentats-suicides y soient survenus.

Photo : OZAN KOSE

Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le triple attentat-suicide qui a tué 41 personnes à Istanbul est la plus récente d'une série d'attaques terroristes en Turquie. Le pays, qui semblait jusqu'à récemment un bastion de stabilité et de sécurité dans une région troublée, est-il en train de subir la contagion du chaos du Moyen-Orient? Décryptage.

1. On a l'impression d'une déstabilisation du pays depuis environ un an. Qu'en est-il?

« Il y a effectivement une multiplication des attentats », affirme Jean Marcou, directeur du master Méditerranée-Moyen-Orient à Sciences-Po Grenoble et membre de la Chaire Raoul-Dandurand à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

« Ça a commencé le 20 juillet 2015 lors de l'attentat de Suruç, attribué au groupe armé État islamique (EI), qui a visé pour l'essentiel les Kurdes et la gauche turques. Cet attentat a été le point de relance de la guérilla dans le sud-est de la Turquie. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a accusé [le président turc] Recep Tayyip Erdogan d'être de connivence avec l'EI et [...] il a recommencé ses attaques contre les forces de sécurité. »

Carte des attentats mortels en Turquie depuis 2015.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Attentats mortels en Turquie depuis 2015

Photo : Radio-Canada

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Depuis, les extrémistes kurdes multiplient les attentats. Plusieurs ont été revendiqués par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe dissident du PKK. C'est notamment le TAK qui a revendiqué les attentats commis à Ankara en février et en mars 2016, qui ont fait une soixantaine de morts.

D'autres attentats sanglants, dont celui de l'aéroport d'Istanbul, ont été attribués par les autorités à l'EI.

Résultat : depuis juillet 2015, il y a eu plus de 250 morts dans ces différents attentats.

2. Le gouvernement turc a attribué la responsabilité de l'attentat au groupe armé État islamique, mais celui-ci ne l'a pas revendiqué. Pourquoi?

L'EI n'a encore revendiqué aucun attentat sur le sol turc, même si les autorités l'ont blâmé à plusieurs reprises. C'est leur mode opératoire qui permet de relier ces attentats au groupe djihadiste.

« Tous les attentats commis par des kamikazes avec une ceinture d'explosifs ont été attribués à l'EI, mais les autorités ont identifié les kamikazes, et la plupart d'entre eux avaient des liens prouvés avec l'organisation djihadiste, » explique Jean Marcou.

« [Dans le cas de l'attentat à l'aéroport], il pourrait s'agir d'une cellule locale qui a pris l'initiative sans consulter l'organisation », croit David Morin, codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent. L'autre option, selon le chercheur, est que l'EI tente d'envoyer un message au gouvernement turc tout en ménageant l'opinion publique. « L'EI ne veut pas être décrédibilisée », ajoute-t-il.

3. Pourquoi l'EI s'attaque-t-il à la Turquie?

Des personnes viennent en aide aux blessésAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'attentat du 12 janvier 2016 à Istanbul a fait une dizaine de morts.

Photo : Reuters Photographer/Reuters

La Turquie a longtemps été considérée la base arrière de l'EI, dans la mesure où on la soupçonnait de laisser transiter les armes par sa frontière et de permettre aux jeunes djihadistes qui voulaient rejoindre la Syrie de traverser par son territoire. Mais cette époque-là est révolue, soutient Jean Marcou.

« Dans les premières années de la crise syrienne, on a observé une sorte de convergence d'intérêts entre le gouvernement turc et l'EI », explique le chercheur, dans la mesure où, pour la Turquie, les Kurdes étaient le principal danger. « Tout adversaire des Kurdes devenait en quelque sorte un allié implicite. »

Après les premiers attentats commis par l'EI sur le territoire turc, l'attitude du gouvernement a cependant changé. Il a notamment lancé des raids policiers contre les cellules dormantes de l'EI, en plus de bombarder les positions des djihadistes en Syrie.

« Il y a eu une évolution assez nette qui fait que la Turquie est devenue une cible pour l'EI », affirme Jean Marcou.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !