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Passeport pour l'inconnu à la City, à la suite du Brexit

Le blason de la City de Londres, le coeur financier de la capitale anglaise.

Le blason de la City de Londres, le coeur financier de la capitale anglaise.

Photo : AFP / CARL COURT

Reuters
Prenez note que cet article publié en 2016 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour les 2,2 millions de travailleurs du secteur bancaire et financier britannique, le vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) ouvre une longue période d'incertitude lourde de menaces sur l'emploi et sur la capacité de la City à rester la principale place financière européenne.

Les valeurs bancaires et financières britanniques ont plongé dès l'annonce des résultats du référendum, les cinq premiers établissements du pays chutant en moyenne de 13,4 % et de grands gestionnaires d'actifs comme Schroders, Aberdeen Asset Management ou St. James's Place abandonnant de 12 % à 14 %.

Elles ont entraîné dans leur sillage l'ensemble des valeurs bancaires européennes dont l'indice de référence perdait près de 14 % en fin de séance, une chute deux fois plus forte que celle de l'ensemble des valeurs européennes.

Le sort de l'industrie financière britannique dépendra des modalités de divorce négociées entre Londres et les 27 pays restants de l'Union, en particulier sur le « passeport européen », qui permet aux établissements implantés dans l'un des pays membres de proposer leurs services financiers dans tous les autres.

Londres a bataillé ferme depuis des années, y compris à l'intérieur des institutions européennes, pour tenter de protéger son système financier de régulations jugées potentiellement dangereuses pour la compétitivité internationale de la City.

Respect des règles de l'UE et passeport européen

La préservation des avantages liés au « passeport européen » pourrait désormais passer plus que jamais par le respect des règles définies par l'UE.

La Financial Conduct Authority, l'autorité de supervision bancaire et financière britannique, a d'ailleurs dit vendredi aux établissements dont elle a la charge de continuer à se préparer aux réglementations européennes qui doivent entrer en vigueur.

Le directeur des affaires institutionnelles de la City of London Corporation, qui défend notamment les intérêts de la communauté financière, a exclu que le vote en faveur du Brexit conduise à jeter la réglementation financière européenne aux orties.

« La City n'est pas très enthousiaste à l'idée de jeter aux orties la réglementation. La réglementation financière ne va pas changer », a déclaré Mark Boleat à Reuters.

Alors que les partisans du Brexit ont fait du contrôle de l'immigration l'un de leurs chevaux de bataille, la liberté de circulation pour les ressortissants de l'UE en Grande-Bretagne pourrait aussi figurer parmi les contreparties à la préservation du passeport européen.

La banque suisse UBS, dans le coeur financier de Londres.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La banque suisse UBS, dans le cœur financier de Londres.

Photo : AFP / CARL COURT

« Il n'y aura pas de liberté des mouvements de capitaux pour la City sans liberté de mouvement pour les gens à l'intérieur du marché commun. Peut-être faudra-t-il un peu de temps pour que tout le monde comprenne cela en Grande-Bretagne », a prévenu Sven Giegold, un eurodéputé écologiste allemand.

Pour l'heure, l'atmosphère dans les restaurants et les cafés du quartier de la finance à Canary Wharf, où se trouvent les tours des JPMorgan, Citi, HSBC et autres Barclays, est à la fois grave et inquiète, avec la sécurité de l'emploi en tête des préoccupations.

Les grandes banques d'investissement avaient dit avant le référendum qu'elles pourraient déplacer des milliers d'emplois en cas de Brexit tandis que la Banque centrale européenne a prévenu que la question de la localisation du marché de l'euro à Londres, la première place mondiale pour les transactions sur les changes, se poserait.

L'accès au marché unique critique pour l'emploi

Plusieurs dirigeants de banques ont cherché à dissiper les craintes en mettant en avant les plans de secours qui ont été élaborés depuis des mois et l'expérience accumulée au fil des années en matière de gestion des crises.

Lloyd Blankfein, le président de Goldman Sachs et Jes Staley, le directeur général de Barclays, ont souligné la capacité d'adaptation de leurs établissements et Douglas Flint, le président de HSBC, a estimé que les négociations pour définir les nouveaux termes des accords commerciaux avec les partenaires européens et internationaux seraient complexes et prendraient du temps.

Morgan Stanley a dit que la portée du vote ne pourrait pas être appréciée avant un certain temps. La banque américaine pourrait déplacer un millier de ses 6000 salariés en Grande-Bretagne ailleurs en Europe, avait toutefois dit une source au fait du dossier à Reuters avant le référendum.

Édimbourg, en ÉcosseAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Édimbourg, en Écosse

Photo : REUTERS/Suzanne Plunkett

À Édimbourg, deuxième centre financier britannique, certains voient dans les résultats du référendum l'occasion d'un nouveau départ, avec de possibles transferts de banques étrangères qui utilisaient Londres comme tête de pont en Europe.

« J'ai déjà des contacts à Londres qui me disent que certaines grandes firmes financières ont demandé à leurs avocats de s'intéresser à Édimbourg comme plaque tournante », a dit Gordon MacIntyre-Kemp, directeur général de Business for Scotland, ajoutant qu'il s'attendait à un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Écosse d'ici 2020.

Près de deux tiers des Écossais se sont prononcés en faveur du maintien dans l'UE et Nicola Sturgeon, la première ministre écossaise et chef du parti nationaliste a déclaré vendredi qu'un nouveau référendum sur l'indépendance était très vraisemblable.

La City of London Corporation a dit que la sortie de l'UE ne devrait pas entraîner un exode des banques. « Il n'y aura pas d'exode des banques et des institutions financières de la City », a dit Mark Boleat. Il a toutefois souligné que l'accès au marché unique européen serait crucial pour l'emploi dans le secteur bancaire britannique.

« En termes de pertes d'emplois, c'est l'accès au marché unique qui est vital. Si l'accès n'est pas sécurisé, il y aura des pertes d'emplois », a-t-il prévenu.

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