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Le Brexit pousse David Cameron vers la sortie

David Cameron a annoncé qu'il quittera son poste d'ici les trois prochains mois.

Photo : Reuters/Stefan Wermuth

Radio-Canada

Le premier ministre britannique s'incline. Prenant acte des résultats du référendum, qui accordent 51,9 % des voix aux partisans du Brexit - soit la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) - contre 48,1 % à ses opposants, David Cameron a annoncé qu'il quitterait son poste d'ici les trois prochains mois. 

Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir comme premier ministre pour maintenir le navire à flot au cours des semaines et mois prochains, mais je ne crois pas qu'il soit opportun que je sois le capitaine qui mène notre pays vers sa prochaine destination.

David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni

David Cameron restera en poste jusqu'à la désignation d'un nouveau leader par son parti. Celui qui avait prédit le pire avant le référendum en cas de sortie s'est voulu rassurant sur la santé économique de son pays : « Je voudrais rassurer les marchés et les investisseurs sur le fait que l'économie britannique est fondamentalement solide. »

Ses paroles n'ont toutefois pas réussi à calmer les marchés. La livre sterling a perdu plus de 10 % en journée vendredi, atteignant son plus bas niveau en 30 ans.

Le politicien a voulu dissiper les craintes des Britanniques qui vivent dans des pays européens et celles des citoyens européens vivant au Royaume-Uni. « Il n'y aura pas de changement immédiat dans la manière dont notre population voyage, dont nos biens circulent et dont nos services sont vendus », a-t-il dit.

M. Cameron, qui est à l'origine du référendum, a ajouté qu'il appartiendrait à son successeur de lancer la négociation avec l'UE sur le processus de sortie de son pays du club des 28, devenu 27. Entré dans le bloc européen en 1973, le Royaume-Uni est le premier pays à le quitter après 60 ans de construction européenne.

Visiblement ému, le futur ex-premier ministre, qui s'exprimait avec sa femme Samantha à ses côtés, a déclaré qu'il n'annonçait pas sa démission « à la légère ». « Je ferai tout ce que je pourrai à l'avenir pour aider au succès de notre grand pays », a-t-il conclu avant de tourner les talons et de rentrer au 10, Downing Street.

Les résultats définitifs du référendum ont révélé que le camp du Brexit termine avec 51,9 % des voix, contre 48,1 % pour le camp en faveur du maintien dans l'UE. Le taux de participation a été de 72,2 %.

Une transition en douceur, promet le camp du Brexit

L'ancien maire de Londres et député conservateur Boris Johnson, qui dirigeait le camp du Brexit, a dit que la sortie de l'UE se fera sans « précipitation », si ce n'est que le travail devra « démarrer pour appliquer la volonté du peuple et sortir ce pays de ce système supranational » que constitue l'UE.

Nous pouvons enfin retrouver notre voix dans le monde, une voix à la mesure de la cinquième économie de la planète.

Boris Johnson, leader du camp du Brexit

Celui qui est pressenti pour succéder à David Cameron s'est adressé aux jeunes électeurs britanniques, majoritairement en faveur de l'Union européenne, en promettant que le Royaume-Uni resterait une « grande puissance européenne ». Il a indiqué que le pays ne pouvait pas tourner le dos à l'Europe, mais qu'un système de gouvernement fédéral basé à Bruxelles n'était pas justifié.

À sa sortie de son domicile après la publication des résultats, il a été hué par un groupe de partisans du maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE.

Honte à vous! Vous allez le payer!

manifestants pro-UE

Les explications de notre envoyé spécial Jean-François Bélanger

Le début de la fin pour l'UE selon un leader du Brexit

Pour l'autre figure de proue du camp de la sortie de l'UE, Nigel Farage, le résultat du référendum est comme la « victoire des gens ordinaires contre les grandes banques et entreprises et contre les grandes politiques. »

L'UE est en train d'échouer, l'UE est en train de mourir. L'aube se lève sur un Royaume-Uni indépendant.

Nigel Farage, chef du parti Ukip

« J'espère que nous avons fait sauter la première brique du mur. J'espère que c'est le premier pas vers une Europe des nations souveraines », a-t-il dit.

Le chef du parti anti-européen Ukip, Nigel Farage, célèbre la victoire du Brexit.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, célèbre la victoire du Brexit.

Photo : Reuters/Toby Melville

De la colère au sein du Royaume-Uni

Le résultat du référendum a été mal accueilli tant en Écosse qu'en Irlande du Nord, où la population appuyait le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE. 

La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a réagi en affirmant que l'Écosse voyait « son avenir au sein de l'Union européenne », entrouvrant ainsi la porte à un nouveau référendum sur l'indépendance.

L'ancien premier ministre et dirigeant indépendantiste écossais Alex Salmond est du même avis. « La chose intelligente à faire pour l'Écosse serait de ne jamais quitter l'Union européenne », a-t-il dit.

Ce référendum survient près de deux ans après un scrutin sur l'indépendance de l'Écosse, lors duquel 45 % de la population avait appuyé cette option.

En Irlande du Nord, le Sinn Féin a de son côté appelé à un référendum sur une Irlande unifiée.

Le parti nationaliste républicain a souligné que le référendum avait des « conséquences énormes sur la nature de l'État britannique ».

Le Brexit pourrait d'ailleurs créer une frontière entre l'Irlande du Nord et l'Irlande, ce qui pourrait ralentir les allées et venues.

L'ancien premier ministre britannique Tony Blair a averti que le Brexit aura d'« énormes conséquences » sur le Royaume-Uni. Cette décision pourrait notamment forcer la tenue d'un deuxième référendum sur l'indépendance de l'Écosse, qui souhaitait demeurer au sein de l'UE.

M. Blair a également avancé que le Brexit n'allait pas régler les problèmes qu'a fait naître la mondialisation. « C'est la tragédie dans cette histoire, a-t-il déclaré. Nous découvrirons dans les jours et semaines à venir que ce vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'UE ne réglera pas les problèmes que les gens croyaient régler. »

Le premier ministre anglais David Cameron et sa femme sortent du bureau de vote à Londres.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier ministre anglais David Cameron et sa femme sortent du bureau de vote à Londres.

Photo : Reuters/Stefan Wermuth

À la sortie des urnes

« Je vote "partir" parce que l'Union européenne avait une noble ambition et j'aimais ses principes, mais malheureusement je me suis rendu compte qu'elle gouverne de manière antidémocratique », a expliqué un homme à notre correspondant Jean-François Bélanger, dans le quartier de Kensington, à Londres.

« Pourquoi partir quand il y a une telle unité entre différents pays qui s'entraident et travaillent ensemble pour une meilleure Europe », se demandait une jeune femme croisée dans la rue.

« Même si je ne suis pas né ici, je crois en une Grande-Bretagne, pas en une "Petite-Bretagne"; je crois en un pays européen et cosmopolite. Je ne vois aucun argument convaincant en faveur d'un départ. Cela n'a aucun sens, selon moi. [L'Union européenne] est le seul chemin à suivre », a déclaré un autre passant.

Le directeur du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal, Frédéric Mérand, nous parle des scénarios à surveiller.

Le référendum est une promesse électorale de David Cameron. Aux élections législatives de mai 2015, il avait utilisé la promesse d'un scrutin sur l'appartenance à l'UE pour calmer l'aile eurosceptique de son parti. Il désirait aussi adoucir les ardeurs du Parti indépendantiste du Royaume-Uni de Nigel Farage.

En 60 ans de construction européenne, le Royaume-Uni est le premier pays à quitter l'Union. Il s'agit du troisième référendum dans l'histoire récente du pays.

Des expatriés britanniques hésitent à se définir comme Européens. Le reportage de Tamara Altéresco.

Avec les informations de Associated Press, et Reuters

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